Homme de réseaux s’il en est, Hervé Lassalas nous raconte, au moment de plier bagage pour les dunes d’Arcachon avec son épouse Laurence, son parcours émaillé de rencontres et de passions humaines. Fondateur du Club Enteprendre, il nous raconte… Et quelque chose nous fait dire que l’histoire est loin d’être terminée.

Il y a 20 ans, vous avez proposé à Robert Lafont de créer le Club Entreprendre. Comment cela s’est-il passé ?

Hervé Lassalas : Par le réseau bien-sûr. Une amie commune nous a présentés, c’était le 22 décembre 2000, il y a donc presque vingt ans (!) et nous ne sommes plus séparés. Le premier Club que j’ai créé a d’ailleurs été Entreprendre Le Club dont le principe était déjà de réunir des entrepreneurs et de leur faire rencontrer des personnalités connues et reconnues et de traiter, avec des experts qualifiés, des sujets qui les concernaient sur la finance, le droit, les ressources humaines, etc. Le mensuel Entreprendre se faisait le porte parole de ce Club et nous abritait déjà dans ses colonnes.

Ce principe s’est prolongé avec le Club des Dîners Décideurs d’Entreprendre que j’ai créé avec mon épouse Laurence fin 2011 et qui a fêté son 100ème Dîner le 12 octobre dernier en présence de la Ministre Elisabeth Moreno en charge de l’égalité homme/femme. Plus de deux cents personnalités connues du monde des affaires, des media, de la politique, du spectacle et un fichier d’environ plus de deux mille participants constituent la richesse de ce dernier club.

Comment percevez-vous l’évolution d’Entreprendre Lafont presse, groupe cote sur Euronext Growth et que vous avez côtoyé presqu’au quotidien ?

Une exception à plus d’un titre dans la presse papier d’aujourd’hui. En vingt ans je l’ai vu se développer, connaître des moments difficiles, mais toujours rebondir et surprendre et ce ne sont pas les prises de participations de ces derniers mois qui nous démentiront. Beaucoup de pragmatisme – si un titre ne fonctionne pas et ne trouve pas son public, on l’arrête – et « en même temps» une grande fidélité aux partenaires – je suis bien placé pour l’affirmer – mais aussi aux collaborateurs et Entreprendre, le vaisseau amiral date de 1984, ce qui est une référence… L’avenir nous dira si cette agilité se confirmera au travers d’évolution nécessaires, sur le net, ou d’autres media.

Pourquoi vous appelle-t-on « Président» ?

Réponse courte : par ce que, quand, dans une soirée, on me présente une personne et qu’elle me gratifie d’un empathique «Bonjour Monsieur», je réponds systématiquement « Ah! Non, appelez-moi Hervé ou Président !». Dans 99% des cas mon interlocuteur (surtout : trice) répond avec enthousiasme « Président». Alors, comme je rencontre beaucoup de monde, cela a fait son chemin… Réponse longue : Quand j’avais quatorze ans, j’ avais demandé à mes parents de m’acheter un bureau, un fauteuil et… deux petites chaises « visiteurs » et, dans ma chambre, je m’inventais des scénettes où je recevais des gens imaginaires et traitais des affaires non moins imaginaires…

C’ est à ce moment que j’ ai décidé – le mot plus que le concept devait me plaire – que je serai Président à quarante ans. Je l’ai été – d’une petite filiale du Groupe Sacilor – à trente-neuf ans… Ça ne m’a pas quitté puisque, depuis l’âge de quarante-sept ans je n’ ai vécu que des « boîtes » que j’ ai créées ou des clubs que j’ai… Présidés.

Vous avez organisez de nombreu événements et lieu de rencontre, d’ o vous vient cette passion des gens ?

En complément de la réponse précédente, j’ ajouterai que j’ étais enfant unique. C’est ce qui explique sans doute ma « richesse imaginative », mais aussi et surtout cette soif inextinguible de rencontrer et connaître de nouvelles personnes. Evidemment, ma mémoire – un don naturel (merci !) que j’ai probablement bien exploité – m’a continuellement aidée puisque je crois que je suis capable de reconnaître plus de mille, voire deux mille personnes depuis mes années de collège, d’université et bien sûr de ma vie professionnelle et personnelle. Cela dit, a se cultive et c’est un travail permanent qui est indispensable si on veut animer convivialement des clubs d’ affaires entre-autres.

Les relations d’affaires ont elles changé et dans quel sens ?

Oui, indubitablement. Quand j’étais dans le business – plus de vingt-cinq ans dans le commerce des biens industriels – le plus important était la qualité de la relation « acheteur vendeur » et la confiance était le maître mot pour qualifier et quantifier cette relation en plus, bien sûr, des critères minimum requis de compétences dans les domaines de la technique qu’il fallait posséder et de la crédibilité qu’elles engendraient. Puis dans les années 90, est apparue une forme de « financiarisation » et de « judiciarisation » du monde des affaires. Ce qui n’était qu’accessoire est devenu principal.

Je l’ai souvent ressenti comme un frein à l’ innovation et la relation de confiance entre les hommes. Si je me laisse aller une seconde, j’ajouterai que le fameux « Principe de précaution » (merci Jacques Chirac) a malheureusement légitimé et aggravé cette tendance au point, qu’à grand peine, on essaye de palier cette situation à l’ aide du rétablissement des relations de confiance au travers des clubs. Mais a ne suffit pas toujours

Est ce si important de faire partie d un réseau ?

Ce n’est pas moi qui vais vous dire le contraire ! Après avoir écrit deux bouquins sur les réseaux (« réussir grâce aux réseaux sociaux » avec Michelle Jean-Baptiste en 2011, chez Larousse, et « jamais sans mon réseau » avec Eric Legendre en 2018, chez Première impression), fait d’innombrables conférences sur ce thème et surtout créé ou présidé des dizaines de clubs d’affaires, la conclusion est évidente : on ne peut pas se passer de réseau et ce pour toutes les composantes de la vie personnelle comme professionnelle ! De chercher un bon plombier à trouver le meilleur lycée pour ses enfants, de rechercher un job à « rencontrer l’âme soeur », tout n’est que réseau.

Ou, à minima, tout est plus facile si on passe par le réseau. Si on en a un. C’est là qu’il faut faire de la pédagogie : avoir un réseau n’est pas qu’une affaire de classe sociale, de famille, d’école. Chacun, pour autant qu’il en adopte l’esprit, peut se construire un réseau à sa mesure. Pas à pas. En lisant mes bouquins par exemple…

Les clubs d’entrepreneurs sont-ils utiles ?

Au regard des réponses précédentes, « il n’ a pas photo »! Que ce soit pour constituer son réseau ou pour « sécuriser » par la confiance ses relations d’ affaires, l’appartenance à un, voire plusieurs, clubs d’ affaires est, sans pour autant s’y disperser, une sage décision et efficace pratique. L’offre étant vaste (surtout à Paris, mais de plus en plus aussi en province), l’entrepreneur n’aura que l’embarras du choix. Des clubs « ouverts » (multi origines des membres) seront préférés aux clubs « fermés» (par professions, écoles ou autre) en prenant soin d’adapter sa fréquentation au temps dont on dispose pour ne pas « entrer en concurrence » avec les autres plages de la vie : boulot, famille, relations, distractions, etc.

Les clubs d’entrepreneurs sont aussi souvent de merveilleux vecteurs de « déstressement » par la possibilité qu’ils offrent de partager des problèmes et donc des solutions, mais ils sont aussi de grandes sources d’ opportunités de développement pour leur membres, l’information y circulant librement et confidentiellement. « jamais sans mon réseau », il est évident d’ ajouter : « Jamais sans mon club » !

Vous avez rencontré des milliers de dirigeants, quelles sont pour vous leurs principales qualités ?

Les mêmes que pour tout autre individu en contact avec les hommes, qu’il soit professeur ou conducteur de bus : Qu’ils aiment les gens. Il y a mille autres qualités indispensables : le courage, la résilience, l’honnêteté, la créativité, la force, la santé, la fidélité, l’intelligence bien sûr, mais s’il n’aime pas les autres, le dirigeant ne marquera pas son entreprise, son époque et il risque même, en cas de vague submersive, de couler avec l’eau du bain. Il faudrait aussi faire une analyse plus fine et distinguer l’entrepreneur et le manager.

Nos grands groupes (en France, contrairement à l’Allemagne) sont dirigés par des managers et on voit à quel point ils sont parfois remis en cause, s’ils n’ ont pas ces qualités, tant par leurs actionnaires que par leurs collaborateurs, voire leur personnel. C’est moins le cas, semble-t-il, pour les entrepreneurs, héritiers, créateurs ou repreneurs de leur propre société.

Comment voyez vous l’ avenir avec l’omniprésence du numérique ?

En décembre 2001, j’écrivais dans les colonnes d’ Entreprendre : « A l’ère d’ internet, rien ne vaut une poignée de main ! » La réponse est là. Le numérique, l’intelligence Artificielle, les GAFA et les ordinateurs sous toutes leurs formes peuvent emplir nos vies, nos bureaux et nos foyers, il restera toujours l’impérieuse nécessité de se rencontrer, de partager, de vivre en somme. La période de confinement que nous vivons démontre bien, par les manques qu’elle suscite, à quel point nous pouvons mourir de l’absence de contacts. Le numérique est une aide puissante, souvent sécurisante et libératrice dans bien des moments de la vie, mais, en aucun cas elle ne se substitue au contact avec l’autre. Heureusement.

Qu’allez-vous faire maintenant ? Quels sont vos projets, Hervé, on ne vous voit pas arrêter même à Arcachon ?

La particularité de cette question c’est que… Je ne me la suis pas posée. D’ abord, le Club des Dîners Décideurs, hors restrictions dues à la Covid, ne s’arrête pas et que nos repreneurs, Ludovic Baumgartner en tête, ont un programme ambitieux et attractif. Ils m’ont demandé de les accompagner pendant un an et donc la sphère parisienne continuera à nous accueillir, Laurence et moi, pendant encore quelques belles soirées, du moins je l’espère. Quant aux projets arcachonnais, on n’en manque pas.

Créer des clubs locaux en valorisant notre réseau « parisien » de « célébrités », créer des « packages » touristiques autour du Bassin pour accueillir nos « aficionados », voyager un peu, accompagner Laurence dans ces nouvelles activités autour du « bien-être », mais aussi mieux rencontrer mes quatre enfants et découvrir mes six petits-enfants (ce que les emplois du temps des années précédentes ont peu facilité), bref, feront que ce ne sera pas l’oisiveté qui nous guettera ! Et puis pour ne rien vous cacher, je crois que je vais, outre les bouquins plutôt techniques que j’ ai jusqu’à présent écrits, me lancer enfin dans ce que je porte depuis si longtemps : l’écriture, la vraie, celle du coeur, et là il y a tant de choses à écrire.

Propos recueillis par Gérard Meftah

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