Au départ, rien n’indiquait que ce Grenoblois deviendrait l’un des entrepreneurs phares dans le domaine des nouvelles énergies, l’hydrogène. Son aventure industrielle avec HRS montre que tout est toujours possible.

Natif de Grenoble dans une famille de neuf enfants dont les parents sont originaires d’Algérie, un CAP de chaudronnerie en poche, le jeune homme commence à travailler en intérim en tant que tuyauteur. Cela va durer plus d’une quinzaine d’an-nées avant qu’il ne finisse par accepter un CDI dans une entreprise de tuyauterie dont le patron va détecter son potentiel et changer sa vie durablement.

Hassen Rachedi voit alors la vie sous un autre jour. « Tu as un sens inné du commerce, m’a, un jour, dit un responsable dont les conseils me sont restés précieux. Il m’a alors permis de gravir les échelons dans son entreprise jusqu’au poste de responsable du développement commercial – alors que je ne détenais qu’un CAP de chaudronnerie et plusieurs années d’intérim dans des postes techniques en guise d’expérience. Je lui dois beaucoup. »

2004 : HASSEN RACHEDI ENTREPREND

L’entreprise ferme suite au décès du dirigeant, Hassen Rachedi, mis en confiance, décide de réinvestir ses indemnités dans la création d’une entreprise. Ce sera TSM, spécialiste de la tuyauterie industrielle complexe qui intervient notamment en centrale nucléaire. Il ajoute à cette activité la fabrication de stations d’hydrogène pour un client d’importance, Air Liquide qui lui sous-traite un temps la maintenance de ses installations en Rhône-Alpes.

L’entrepreneur comprend tout l’intérêt de ce nouveau secteur, se passionne et décide de modifier l’activité pour devenir concepteur et fabricant de stations sous sa propre marque à présent qu’il maîtrise les savoir-faire nécessaires. Il emprunte pour se consacrer à ce secteur encore émergent. TSM devient donc quatre ans plus tard Hydrogen Refueling Solutions, HRS, dont il possède 75% des actions. Il transforme son activité pour devenir un spécialiste des stations de ravitaillement en hydrogène.

« MA SECONDE FAMILLE »

Hassen Rachedi a de ses équipes une vision particulière. Il n’a certainement pas oublié ce qu’il avait reçu et il est prêt à en faire autant. Il est d’ailleurs un signe qui ne trompe pas, le turnover de son entreprise est extrêmement faible, alors que la situation est plutôt compliquée en ressources humaines.

Dès les débuts, il a souhaité instaurer une relation de confiance avec ses équipes, sachant également les récompenser lorsque les succès sont au rendez-vous. Le fait d’évoluer sur le marché de la décarbonation où HRS souhaite jouer un rôle majeur est évidemment un facteur de motivation.

LA CONSTRUCTION D’UN LEADER

Avec l’introduction en bourse de février 2021, HRS passe à la vitesse supérieure. L’entreprise a réussi à lever une somme record sur Euronext Growth, 97,3 millions d’euros ce qui la valorise à ce moment-là à plus de 350 millions d’euros. Cela permet à l’entreprise d’avoir les moyens de ses ambitions.

Cette opération a également provoqué l’entrée au classement d’Hassen Rachedi dans les 500 fortunes de France, une ascension qu’aurait eue du mal à imaginer le chef d’entreprise alors qu’il commençait sa carrière. Le fait d’être un acharné du travail y est pour beaucoup. Le chiffre d’affaires était de 10,5 millions en 2020/2021 et de 16,7 millions en 2021/2022. L’objectif pour 2025 est de 85 millions d’euros, le temps de mettre en place la nouvelle usine. L’entreprise emploie 86 collaborateurs, et vient de lancer un plan de recrutement d’une cinquantaine de personnes.

Un élément assez rare pour être noté, l’entreprise est rentable depuis ses débuts, le chiffre d’affaires est constitué par l’installation des stations, mais aussi par la maintenance. L’international fait également partie des projets de la marque, en Europe comme aux États-Unis. HRS a d’ailleurs été sélectionné par Euronext pour intégrer en juin dernier le nouveau segment Euronext Tech Leaders, dédié aux entreprises à forte croissance.

Hassen Rachedi n’a pas oublié ses salariés dans cette opération, il a prévu de distribuer 5% de son capital à ses collaborateurs actuels, soit 600 actions gratuites chaque année pendant dix ans.
La nouvelle usine au sud de Grenoble aura une capacité énorme pour la filière de l’hydrogène, avec une production de 180 stations hydrogène par an au lieu de 60 à l’heure actuelle. L’usine va démarrer son activité cet automne, le fondateur est impatient car le marché va fortement se développer, la tendance est de 15 000 stations en Europe en 2040, l’hydrogène doit atteindre d’ici trente ans 15% du mix énergétique européen.

Anne Florin

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