François Rivolier et Fanny Letier, cofondateurs de GENEO

Spécialiste reconnue des PME et ETI en France, Fanny Letier souhaite avec GENEO réconcilier capital investissement et capitalisme familial, en développant le « capital entrepreneur » capable de soutenir les grandes aventures de croissance à long terme.

Pourquoi avoir cofondé avec François Rivolier GENEO, votre outil de capital investissement, sur le modèle durable de l’evergreen ?

Fanny Letier : Pour développer une finance positive. Vous me direz, c’est quoi une « finance positive » ? Ce sont en fait quatre ingrédients. Premièrement, une finance qui maîtrise le temps, capable de penser à long terme. C’est pour cela que nous sommes une société de capital investissement à 99 ans. Deuxièmement, c’est une finance qui apporte non seulement du capital financier, mais aussi et surtout du capital humain, dont ont besoin les entreprises de croissance. Troisièmement, c’est une finance qui partage équitablement la valeur avec l’ensemble des parties prenantes. Et quatrièmement, c’est une finance qui a un impact sociétal positif.

Pourquoi vous être lancée dans ce défi de la « finance positive » ?

F.L. : Parce que la finance positive, c’est la clé de la croissance durable, mais aussi en raison de nos parcours croisés avec François Rivolier, qui est pour sa part un professionnel complet de la finance et un vrai développeur de projets et de talents. Moi, je suis une spécialiste de la PME et de l’ETI à l’origine. Je suis née dans le Nord-Pas-de-Calais et ma vocation professionnelle depuis toujours est de créer des emplois. Je considère que la meilleure façon de le faire, c’est de permettre aux PME et ETI à potentiel de révéler ce potentiel et de grandir.

J’ai commencé à Bercy, au ministère des Finances, où je me suis aperçue pendant la crise financière de 2008 de la nécessité d’avoir d’un côté des financiers à long terme qui aident à passer les crises, et de l’autre côté des entrepreneurs qui aient plus de capital humain dans leurs entreprises pour mettre en œuvre et avoir les moyens de leurs ambitions. Ensuite, chez Bpifrance, j’ai d’une part repris de 2013 à 2018 les fonds d’investissement PME, en faisant 400 investissements en six ans dans toutes les régions, et d’autre part créé les accélérateurs de PME et ETI, soit 700 entreprises qui ont eu en moyenne 25% de croissance.

Vous avez un profil atypique puisque vous êtes une haut fonctionnaire devenue entrepreneur. Pourquoi ce choix de l’entrepreneuriat et quel est votre regard trois ans plus tard ?

F.L. : Je suis ravie car je peux d’autant mieux accompagner les entrepreneurs parce que je suis entrepreneur moi-même et que je puis passée comme eux par les différentes phases de création et de montée en puissance d’une aventure de croissance, avec ses hauts et ses bas. Quand on l’a vécu, il y a des choses qui raisonnent encore plus. Ça a conforté ma vision, car je considère que les entrepreneurs sont les héros de notre économie, ce sont eux qui se lèvent tous les matins pour donner du boulot à leurs salariés, créer des emplois et répondre à des besoins non satisfaits de la société.

Dans mon parcours, j’ai successivement travaillé pour l’intérêt général à Bercy, puis par vocation chez Bpifrance où je me suis mouillée aux côtés des entrepreneurs, et aujourd’hui avec GENEO, c’est ma mission de créer le capital entrepreneur, cette finance positive qui fera que plus de PME et d’ETI ouvriront leur capital parce qu’elles auront confiance et qu’elles se retrouveront dans l’ADN de cette nouvelle forme de capital investissement qui n’existait pas jusqu’à présent. Avec François Rivolier et notre équipe de 14 personnes, nous avons voulu satisfaire ce besoin en créant un outil qui combine la maîtrise du temps et qui apporte du capital financier comme du capital humain.

Vous dites que GENEO a un ADN entrepreneurial à tous les étages. C’est-à-dire ?

F.L. : Inspirer confiance quand on est à la fois fonds d’investissement et qu’on apporte du conseil, ce n’est pas donné. Il y a un différentiel réel de culture entre les dirigeants, les consultants et les fonds. Pour faire ce pont entre ces différents mondes, on s’est dit qu’il fallait avoir autour de nous une communauté d’entrepreneurs très forte. Aujourd’hui qui nous ont été apportés par 170 familles ou entrepreneurs de France ou d’Europe (Suisse, Italie, Grande-Bretagne et Allemagne).

Et ça, c’est génial, parce que ça veut dire que ceux qui ont réussi par l’entrepreneuriat, c’est-à-dire des entrepreneurs qui ont construit de grandes aventures de croissance – celles qui font briller les yeux – ont choisi d’investir leur argent dans GENEO pour réconcilier performance et sens, en se disant d’une part que c’est un bon placement pour leur argent et d’autre part qu’ils vont pouvoir ainsi participer à l’essor de nouvelles pépites.

Un tiers des rémunérations sous forme de dividendes de vos actionnaires sera reversé aux entreprises de quartiers difficiles ou de zones rurales. C’est aussi cela concilier finance positive, performance et sens ?

F.L. : Oui, c’est tout à fait cela, car on espère voir émerger pour 2025 une nouvelle génération d’entrepreneurs à la fois dans les quartiers difficiles et les territoires ruraux, mais aussi agir pour la réinsertion par l’emploi de publics qui ont des difficultés. Les 14 membres de l’équipe ont déjà signé leurs promesses de dons. Le fonds de dotation a été créé le 11 mai 2020, afin de commencer par financer une école de production de maintenance automobile à Lens (EPAL) qui présente 100% de taux d’embauche à la sortie. La fédération installée à Lyon qui réunit ces écoles de production dans différents métiers a un plan pour créer 100 écoles dans les trois prochaines années sur tout le territoire. Et les 170 familles qui ont investi dans GENEO ont décidé de soutenir ces écoles. GENEO a donc aussi des effets de levier et d’entraînement sur la philanthropie.

Dans vos statuts sont mis en exergue « parité, diversité, pluridisciplinarité ». Ce sont des valeurs essentielles pour vous aujourd’hui ?

F.L. : Oui, totalement. Je partage avec mes associés la conviction que la diversité est facteur de performance, donc j’ai toujours veillé à la diversité des équipes qui s’exprime de diverses manières : la diversité hommes-femmes avec une totale parité, la diversité intergénérationnelle juniors-seniors, la diversité des parcours professionnels et la diversité internationale. Le capital investissement n’étant pas une science exacte, il est très important de croiser les regards de profils différents les uns des autres.

Vous venez de mettre en place un comité de parties prenantes visant à garantir la transparence de GENEO. Expliquez-nous.

F.L. : Quand on adopte une raison d’être autour d’un concept de finance positive, il est important de dire et surtout de montrer en toute transparence ce qu’on fait, car sinon, on peut vous demander : « Qu’est-ce qui prouve que vous allez faire ce que vous dites ? » Pour cela, la gouvernance est essentielle, car c’est une hygiène de vie, c’est là où on rend compte de nos actions. J’ai donc trouvé intéressant de mettre en place un « comité de parties prenantes » (avec nos investisseurs, nos sociétés investies, le fonds de dotation, les experts GENEO, les salariés, etc.) pour faire évaluer au moins une fois par an que nous avons bien rempli nos objectifs sur les quatre piliers de notre finance positive.

Ce comité, dans lequel il y a un représentant de chacune de nos parties prenantes, présidé par Delphine Gény-Stephann, investisseur auprès de GENEO et ancienne secrétaire d’État déléguée aux PME auprès du ministre de l’Économie et des Finances, remettra chaque année à notre Assemblée générale des investisseurs un avis sur les quatre piliers de notre raison d’être. Le premier rapport du comité sortira au mois de juin prochain.

Vous avez publié en 2021 un nouveau livre intitulé « Carnet de rebond pour PME et ETI ». Par quoi passe ce rebond essentiellement ?

F.L. : Evidemment, il n’y a pas une solution miracle, c’est pour cela que ce guide propose neuf clés et de nombreux conseils. Mais si je devais retenir un point essentiel à mes yeux, ce serait « donner du sens à un projet d’entreprise ». C’est se demander qu’est-ce qui fait que l’entrepreneur et ses équipes aiment se lever le matin pour aller travailler. Et c’est là que la dimension humaine prend tout son sens, de la raison d’être de l’entreprise à des questions aussi importantes que le bien-être au travail, la RSE, les transports verts, etc. C’est cela le cœur du rebond. Parce que c’est ce point qui permet de garder les équipes engagées, quels que soient les aléas et les situations de crise. Il faut un cap, un fil directeur très clair.

Sans oublier trois points business très forts. Premièrement, la marque employeur, c’est-à-dire attirer les talents. Deuxièmement, l’innovation pour le client. Nos clients ont besoin d’innovations sociétales. Troisièmement, la transformation pour l’impact positif. Nous sommes tous en BtoB ou BtoC et le «C», pour moi, plus que le client ou le consommateur, c’est le citoyen, donc même quand on bosse en BtoB, on doit avoir un discours et une vision du produit qui vont jusqu’au citoyen.

Un impact sociétal positif passe donc par une finance positive ?

F.L. : Oui, tout à fait, mais pour cela, du temps est nécessaire. Quand on est une société industrielle, ça va prendre 7, 8 ou 10 ans pour qu’un projet soit incarné dans des produits et services. Il faut du temps, du sens, des moyens financiers, de la constance et des équipes engagées. C’est ce que GENEO Capital Entrepreneur veut accompagner.

Propos recueillis par Valérie Loctin

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