La vie d’entrepreneur n’est pas un long fleuve tranquille, échouer est souvent inévitable… et nécessaire !

Ce jour de 2004, Philippe Rambaud n’en croit pas ses oreilles. Lui qui, à 53 ans, a tout réussi (25 ans d’une brillante carrière chez Danone et fondateur de l’association 60.000 rebonds) est qualifié de «junior» par des investisseurs américains, alors qu’il tente de lever des fonds !

Sa réussite… c’est bien ce que les Américains lui reprochent : «Tu es un super-manager… mais tu seras un véritable entrepreneur le jour où tu te seras planté une ou deux fois ! À ce moment-là seulement, reviens nous voir, et nous te donnerons tout l’argent que tu veux». Une réflexion inaudible en France. «En France, on m’a appris à réussir, mais jamais à échouer !», réagit-il.

La loose française

Effectivement, l’échec est mal vu dans l’Hexagone, perçu comme un signe d’incompétence, alors que pour les Anglo-Saxons et même les Chinois, c’est un passage obligé !

Philippe Rambaud, qui aide les entrepreneurs fragilisés par une faillite à rebondir avec son association, en explique les raisons. D’abord, le goût de l’aventure est inscrit dans l’ADN des pays «jeunes», comme les USA peuplés de personnes qui ont fui l’Europe et des situations souvent catastrophiques, avant de rebondir.

Ensuite, un système scolaire à la recherche de l’excellence, avec des professeurs qui privilégient le «peut mieux faire», rarement bénéfique pour la confiance et l’estime de soi, et bien loin du «good job». Enfin, alors que notre culture populaire manque d’icônes fortes qui échouent avant de rebondir, comme pourrait l’être Sisyphe si la mythologie grecque était plus enseignée, on nous fait croire qu’en haut de la pyramide, personne ne se trompe.

«Fail better, fail intelligently»

Pas sûr que les pays anglo-saxons perçoivent l’échec d’un bien meilleur œil qu’en France, mais la façon de l’aborder et de le vivre est plus constructive. Le Français qui lance sa boîte «prend un risque», l’Américain «take a chance». De même, aucun grand entrepreneur français n’évoque ses échecs en public, alors que les géants américains le font sans complexe. Mieux, ils l’encouragent !

En 2011, Alan George Lafley, aujourd’hui P-DG de Procter & Gamble, s’est confié à la Harvard Business Review dans un entretien décapant, où il confie prendre «tous ses échecs comme un cadeau», pour coller à la théorie de Darwin : «Quand on arrête d’apprendre, on arrête de se développer et de grandir. Pour un patron, c’est juste le début de la fin».

L’ancien boss de Google, Éric Schmidt, déclare même «célébrer ses échecs». Bill Gates aime embaucher des gens qui ont failli. «La réussite est une mauvaise maîtresse, car elle fait croire aux personnes intelligentes qu’elles sont à l’abri d’une erreur», explique-t-il. Steve Jobs, fondateur d’Apple, affirmait, dans l’un de ses derniers discours : «Parfois, la vie vous flanque un bon coup sur la tête.

Mais ne baissez jamais les bras ! Soyez insatiables, soyez fous !». Développant le concept de «Fail better, fail intelligently» (échoue mieux, échoue intelligemment), les Américains ont compris que le meilleur moyen de rebondir est de travailler ses échecs… simplement pour éviter de les reproduire. D’ailleurs, dans la Silicon Valley, une personne qui échoue plusieurs fois est qualifié de serial entrepreneur. 

Vers un «fail management»

Un constat amer pour la France, même si les mentalités changent. «Depuis 2 ans, les lignes bougent positivement. Face à un véritable sujet de société, de plus en plus de leaders acceptent de venir souffler sur les braises.

Mais les mentalités n’évolueront véritablement que lorsque les élites feront leur “coming-out” de l’échec !», indique Philippe Rambaud. Aujourd’hui, face à de mauvais résultats, peu d’entreprises se remettent en question, produisent des analyses collectives professionnelles de leurs échecs.

«On a fait du marketing management, du financial management, du data management… Bientôt, on fera du “fail management”, parce qu’il y a sous nos pieds un gisement incroyable. Les entreprises et les entrepreneurs qui seront capables de manager l’échec, de le travailler individuellement et collectivement, dégageront une puissance phénoménale !», anticipe Philippe Rambaud, lui qui, comme le lui avait conseillé les investisseurs américains, a fini par échouer, son entreprise faisant faillite.

Après une période difficile, l’homme s’est reconverti dans le consulting et, via son association, conseille désormais les créateurs d’entreprises. «Un général qui n’a pas de cicatrices n’est pas très crédible. Désormais, j’en ai une belle. Alors aux jeunes entrepreneurs, je leur conseille d’échouer… d’apprendre de leurs erreurs et de recommencer encore et encore».

Les 3 conseils de Partick Rambaud pour rebondir après un échec

1. Se protéger.

Dans un monde globalisé, de haute compétition, on ne conduit pas une voiture de sport sur le verglas, sans s’assurer. Donc, souscrire une assurance chômage, ce que les entrepreneurs n’ont pas l’habitude de faire (seul 4% le font).

Éviter de prendre des risques inconsidérés : pas de caution bancaire personnelle ! Les banquiers utilisent souvent un argument dangereux : “Si vous croyez vraiment à votre projet, prouvez-le en vous engageant personnellement”. Une catastrophe ! Difficile de se reconstruire quand on a tout perdu.

2. Se distancier pour garder sa lucidité.

Toujours avoir un plan B ! Avoir un plan B est rassurant, permet de prendre de la hauteur et évite le mauvais stress. Avoir un plan B ne signifie pas que l’on envisage déjà d’échouer. Cela permet de lister les alternatives pour se donner un peu d’air.

Dans un monde imprévisible, ne pas avoir de plan B, c’est se bercer d’illusions. Être bien entouré pour éviter l’isolement du chef d’entreprise, néfaste pour la lucidité. Seul, l’entrepreneur s’enferme dans des schémas de raisonnement qu’il croit justes. Il a aussi tendance à penser que personne n’est en mesure de le conseiller ni de comprendre son problème. C’est un élément qui favorise l’échec.

3. Entretenir sa forme.

L’entrepreneuriat, comme le sport de compétition, est une aventure extraordinaire, même lorsqu’elle se termine mal, et demande un investissement de chaque instant. Il faut donc savoir se reposer… même en dormant que 4 heures par nuit. J’ai déjà vu des sportifs qui dormaient peu gagner des compétitions, jamais des sportifs épuisés. Connaître son capital physique et psychique, et apprendre à le gérer, est donc fondamental.

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