Créateur de génie, personnage atypique et entrepreneur hors pair, Christian Louboutin n’a pas hérité sa fortune : il a construit un empire du luxe en partant de rien. Fondée il y a 30 ans, sa marque est aujourd’hui le symbole de l’excellence française en matière de luxe. Plongée dans l’univers de l’homme à la semelle rouge.

À 57 ans, le chausseur de luxe à la francaise conquiert la planète avec ses escarpins rouges. C’est le dernier gros coup de Christian Louboutin. Le créateur de la marque éponyme a réussi le tour de force de faire rentrer la famille Agnelli, propriétaire notamment de Ferrari et de la Juventus de Turin, au capital de son entreprise. En mars, la firme italienne, par l’entremise de sa holding Exor, a signé un chèque de 541 millions d’euros, pour s’offrir le droit de devenir actionnaire à 24 %.

Le chausseur de luxe, dont la valorisation a désormais dépassé les deux milliards d’euros (2,3 milliards d’euros exactement), ne pouvait rêver plus bel allié. Dans un document commun, les deux structures ont salué cette alliance qui représente un « potentiel important pour développer la pré sence de la marque Christian Louboutin, notamment par une expansion géographique plus poussée, en particulier en Chine ». Mais la marque aux semelles rouges n’a pas attendu l’arrivée des Agnelli pour s’ouvrir à l’international.

Elle dispose déjà d’un vaste réseau de distribution à travers notamment ses 150 boutiques réparties dans une trentaine de pays. Mais ce petit empire du luxe à la française n’est pas né du jour au lendemain. Il est tout droit sorti de l’esprit disruptif d’un créateur de génie : Christian Louboutin.

Amoureux de la culture dès son plus jeune âge

Le moins que l’on puisse, c’est que Christian Louboutin n’est pas né avec une cuillère d’argent dans la bouche. Il a vu le jour à Paris, à la Salpêtrière. Le futur entrepreneur n’a appris qu’à l’âge de 10 ans la véritable identité de son père, comme il l’a révélé en 2017. «Vers 9 ans, je pensais que j’étais un enfant adopté, car j’étais beaucoup plus foncé que mes sœurs, blondes aux yeux bleus. Mon vrai père est Égyptien. Je suis le fils de l’amant de ma mère. »

Cadet d’une fratrie de quatre enfants (il a trois soeurs), dont les parents sont originaires de Bretagne, Christian Louboutin grandit dans le logement familial, un appartement situé rue de Fécamp. Très vite, il s’évade et s’intéresse à la culture, au théâtre notamment. Adolescent, il trouve des astuces pour assister aux pièces sans payer. Il n’a que 12 ans et affiche une curiosité débordante. Une curiosité qui le pousse, déjà, à imaginer des modèles de chaussures. Ce sens de l’esthétique et des formes, Christian Louboutin l’attribue à l’influence de son père adoptif qui était ébéniste.

Quelques années plus tard, il affirmera : « Je me rends compte de l’importance et de l’influence de mon père. Il m’a appris à regarder les objets. » A l’aise sur les bancs de l’école, il interrompt sa scolarité alors qu’il est au lycée Paul Valéry. Sa passion pour le dessin le mène en Inde, puis dans une école de dessin où il brille ensuite par son… absence.

Il se construit un réseau en fréquentant le Palace

On raconte que ses premiers talons étaient en peau de maquereau… C’est là que la légende commence à prendre forme. Pas encore majeur, Christian Louboutin fréquente les danseuses des Folies Bergères, à qui il propose ses chaussures. De quoi vit-il à cette époque ? Essentiellement de petits boulots. Très vite, il rentre dans le milieu de la nuit et fréquente les établissements les plus avant-gardistes de l’époque (La Main bleue, Le Sept…).

Vient ensuite l’époque du Palace, la boîte de nuit la plus réputée du moment, et la rencontre avec des personnalités de la nuit parisienne : Fabrice Emaer, Paquita Paquin, ses mentors, mais aussi Arielle Dombasle, Thierry Ardisson, Farida Khelfa ou Eva Ionesco…

En parallèle, il murit son idée, sa marque. Il fourbit ses armes au sein de grandes maisons spécialisées dans la chaussure (Charles Jourdan, Roger Vivier), mais aussi au sein d’institutions de la mode française (Chanel, Hervé Léger). Mais le déclic de la saga Louboutin vient d’une visite dans un musée. Au cours de cette visite, Christian Louboutin découvre une pancarte interdisant formellement le port de talons. L’idée de créer une chaussure atypique était née. Si la marque du créateur français est aussi réputée à travers le monde, elle le doit en grande partie à sa couleur iconique, le rouge, qui habille les semelles de ses talons.

Les idées Louboutin vont se transformer en coups de génie

L’idée du rouge, Christian Louboutin l’a eue en 1992 alors qu’il avait reçu un prototype de chaussure qu’il jugeait fade. C’est en voyant l’une de ses secrétaires utiliser du vernis à ongles rouge qu’il eut l’idée de peindre la semelle en rouge pour donner plus de mordant au modèle. Ce rouge instantanément reconnaissable, c’est désormais la marque de fabrique de Louboutin, un symbole de la réussite de l’industrie française du luxe.

Christian Louboutin, qui a un temps abandonné le monde de la chaussure pour découvrir le métier de paysagiste, n’a que 27 ans lorsqu’il crée la marque qui portera son nom. Nous sommes en 1991. Il est accompagné par un ami d’enfance qu’on ne présente plus : Henri Seydoux. L’homme d’affaires qui a cofondé Parrot et dirige Pathé est l’un des premiers investisseurs de Louboutin. En tout, le chausseur aura amassé 800000 francs pour se lancer. Pour l’anecdote, sa première boutique voit le jour en novembre 1991. Située rue Jean-Jacques-Rousseau, dans le 1er arrondissement, elle vend 300 paires la première année.

C’est le début d’une formidable aventure entrepreneuriale qui le conduira au sommet. Des plus grands défilés de mode aux couvertures des plus prestigieux magazines, les chaussures iconiques de Christian Louboutin sont partout. Sa notoriété a explosé aux Etats-Unis où les stars du show-biz s’arrachent ses escarpins rouges.

Victoria Beckham, Uma Thurman ou Kate Moss en raffolent. Durant les années 1990 et 2000, il collabore aussi bien avec Yves Saint Laurent qu’avec le cinéaste David Lynch. Bref, Christian Louboutin est devenue en deux décennies une référence mondiale dans le milieu de la mode. L’entrepreneur s’est même offert le luxe de refuser une offre de rachat de la part de… LVMH.

L’homme à la semelle rouge va-t-il céder son empire ?

Encore aujourd’hui, le succès de cet autodidacte ne se dément pas. Son entreprise est présente aux quatre coins du monde, son chiffre d’affaires est estimé à 1,7 milliards d’euros, tandis que sa fortune personnelle avoisine le milliard. En dépit des changements de mode de consommation dans le secteur de la haute couture et les effets dévastateurs de la pandémie de Covid-19, la marque Louboutin continue de surfer sur la vague du succès. Christian Louboutin, qui vient donc d’accueillir les Agnelli au capital de son entreprise, vendra-t-il un jour son joyau ? Voici ce qu’il répondait en 2018 : « On ne peut jamais dire pour toujours, mais cela fait 27 ans et pour moi, c’est une chose importante d’ être libre. » À bon entendeur.

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