Charles Beigbeder : « Le marché spatial, c’est 1000 milliards de dollars d’ici 2040 »

Charles Beigbeder (Berzane Nasser/ABACA)

Créée en 2006 par Charles Beigbeder, la société de gestion indépendante Audacia a investi près de 750 millions d’euros dans les PME non cotées et des ETI, sociétés familiales traditionnelles, puis dans le « Coliving », la conception et l’équipement d’habitat partagé. Aujourd’hui, le rapprochement entre Charles Beigbeder et François Chopard (accélérateur Starburst) donne lieu au lancement du fonds Expansion dans le domaine de l’Aérospatiale et de la Défense.

Comme Elon Musk, vous rêviez d’aller dans l’espace ?

Charles Beigbeder : Oui, totalement. Je suis né en 1964, j’avais 5 ans en 1969, je ne me souviens pas que mes parents m’aient per-mis de voir l’alunissage, mais en tous les cas, j’avais été fasciné par cet univers, je lisais les dossiers spéciaux des magazines de l’époque, je rêvais de devenir astronaute, mais j’ai dû rapidement y renoncer, étant myope. Je voulais ensuite devenir astrophysicien, j’ai fait des études d’ingénieur, mais la vie a fait que j’ai bifurqué et quitté l’industrie, même si j’ai commencé à travailler chez Matra Espace qui fait partie d’Airbus aujourd’hui. Puis, j’ai trahi mes idéaux de jeunesse pour devenir banquier d’affaires et entrepreneur !

Avec Audacia, nous avons identifié trois univers dans le domaine de l’espace que nous voulons investir : le quantique, le New Space et un troisième fonds pour les nouvelles sources d’énergie dont le nom n’est pas encore défi-ni. Je reviens à mes amours de jeunesse par procuration ! Nous sommes à la veille de très grandes avancées en ce domaine. Il faut faire tant de choses, jusqu’à imaginer une vraie industrie en orbite, et pourquoi pas une vraie conquête lunaire et solaire.

Vous venez de vous associer avec François Chopart de Starburst pour créer le fonds Expansion dans le secteur du New Space disposant d’une taille critique suffisante pour accompagner les jeunes pousses au-delà de la série A. Que visez-vous ?

Starburst n’est pas n’importe quel accélérateur. Il est l’accélérateur spécialiste mondial en matière d’aérospace, tous les projets de New Space et d’aéronautique innovante dans le monde passent par ses mains, il a des filiales partout dans le monde pour découvrir tous les projets innovants. En combinant nos forces, nous avons les moyens de nous montrer plus ambitieux, de viser plus grand, car il n’y a pas de fonds de grande taille en Europe sur ce secteur.

Pourtant, l’Union Européenne dispose de tous les atouts scientifiques, de leaders mondiaux avec Ariane entre autres, mais l’écosystème des startups accuse un sérieux retard du fait de cette absence de fonds suffisamment puissants. Face à ce manque, nous nous sommes dits : créons-le ensemble pour être crédible.

Quelle est votre vision à 5-10 ans ?

Plus d’une centaine de startups seront accompagnées. Nous investissons en cocréation et amorçage et allons jusqu’en série A, voire B, parfois C. Nous pouvons aller loin, car si pour la phase amorçage, il y a une centaine de pousses, ensuite se crée un phénomène d’entonnoir.

Le fonds disposera de plus de 300 millions, à 10 ans, certaines startups auront des sorties industrielles, des introductions en bourse, d’autres resteront indépendantes, il y aura aussi des échecs, et des fusions, car nous les faisons se rencontrer et travailler ensemble. Ces entreprises ont pour vocation d’être européennes et de proposer leurs services dans le monde entier y compris aux États-Unis.

Quels sont nos atouts (français et européens) face aux Américains ?

Nos atouts sont nos ingénieurs, leur qualité, les savoir-faire, n’oublions pas que la France est la 3e nation spatiale, le lance-ment de la fusée Véronique en 1952 à partir du Sahara intervenait juste après les USA et les Russes. L’Europe a deux leaders dans la fabrication et le lancement des satellites, et de nombreux sous-traitants, des agences nationales et européennes qui collaborent ensemble.

Nous disposons aussi d’avantages comparatifs : des coûts salariaux raisonnables par rapport à la surchauffe américaine, plus de talents disponibles, ce qui est un vrai atout pour rattraper notre retard. Aujourd’hui, de très nombreux ingénieurs pensent qu’il est temps de se mettre à leur compte, car les lancements sur orbite basse sont moins onéreux. Cela est aussi le cas aux Etats-Unis. Ce qui nous manque, ce sont les grands fonds.

Quel est le rôle d’accompagnement de l’État (ou de l’Europe) ?

Il y a un manque de commandes publiques, contrairement à ce qui se fait depuis longtemps aux Etats-Unis. Le CNES (Centre National d’Études Spatiales) a mis en avant le fait qu’il était important que les grandes agences fassent confiance aux startups, afin de créer du chiffre d’affaires. Sur le terrain politique, il faudrait de grands projets européens comme en ont les Chinois ou les Indiens. J’aimerais bien que l’on ait des projets de ce type qui fédèrent des énergies, pourquoi pas des capsules habitées 100% européennes ?

C’est possible, je vais rencontrer le président de l’ESA (l’Agence Spatiale Européenne) et je crois que cela va venir. Il y a un grand RV de l’Europe spatiale en octobre à Paris. Si l’on ne veut pas rester les sous-traitants ou les simples partenaires des Américains, de grands projets permettraient de stimuler les ingénieurs, les entrepreneurs, les jeunes et les investisseurs.

Que pensez-vous d’Elon Musk ?

J’ai une grande admiration depuis très longtemps, je le suivais déjà avec PayPal, et Space X me fascine totalement. Elon Musk est incroyable, un personnage de bande dessinée, un Mandrake, jusqu’où ira-t-il ? Il réveille le New Space, je cite souvent la petite phrase de ce presque inconnu face à tous les grands de l’espace, et qui dit « Hello, I’m Elon Musk, and in 10 years, your’re all dead ». Mon but est de trouver les Elon Musk européens, au moins 1, soyons raisonnable, et de mettre un ticket dans cette boite. Il faut oser, nous sommes un peu complexés en Europe, j’espère qu’Expansion va compenser en partie ce déficit, donner des ambitions, donner le cap pour que les entrepreneurs soient un peu plus mégalos sans être mythos. On le voit avec la French Tech, c’est en train de venir. Il y a dix ans, on s’auto-dénigrait. Maintenant, c’est un succès.

Anne Florin


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