Ce fabricant leader français de couvertures naturelles est ancré dans sa Provence depuis plus de 200 ans, mais n’a rien perdu de sa modernité.

L’Isle-sur-la-Sorgue est plus connue pour ses antiquaires que pour ses industries. Pourtant Brun de Vian-Tiran fait exception, présente depuis bien longtemps avec ses couvertures, plaids, tapis et autres châles.

La route de la Soie

L’imaginaire se met au galop lorsque l’on évoque la route de la Soie. On sait moins qu’Isle-sur-la-Sorgue était une belle ville textile située sur la fin de la route, spécialiste de la soie et de la laine. Si l’on ajoute à cela la célèbre source de Fontaine de Vaucluse, les moutons élevés dans la région, la garance, les teintures naturelles, sans oublier la terre de foulon, le tableau est planté pour que tous ces paramètres se rejoignent afin de créer une fabrication textile. Les dénommés Charles Tiran et Laurent Vian, beau-père et gendre, créent à cette époque un moulin, le tout début de l’histoire. La famille Brun entre dans l’entreprise à compter de 1886, via un mariage.

8 générations sur plus de 200 ans

En plus de 200 ans, 8 générations se sont succédées à la direction de l’entreprise, Jean-Louis Brun a ainsi rejoint l’entreprise en 2002 pour succéder à son père Pierre, biologiste de formation, toujours présent dans l’entreprise. Pour la reprise, rien de mieux que d’apprendre de son père, ingénieur textile et acteur incontournable du secteur. Tous deux sont fortement complémentaires. La matière est au cœur du métier de Brun de Vian-Tiran depuis toujours : cachemire, poil de chameau, bébé lama, laines des Alpes de Nouvelle-Zélande parmi tant d’autres seront choisis en fonction de leurs qualités intrinsèques pour des usages diversifiés.

Voici une marque quasiment seule survivante de toute une époque. Bien que survivante ne décrive pas le dynamisme bien contemporain de la manufacture. La poursuite de l’activité s’appuie sur deux bases solides, d’une part le savoir-faire acquis depuis des siècles, de l’autre l’acquisition de nouvelles connaissances techniques.

Un œnologue aux manettes

Jean-Louis Brun, représentant de la huitième génération n’a pas rejoint l’entreprise immédiatement. Ingénieur agronome de formation, diplômé en œnologie et docteur en linguistique, il a eu le temps de bourlinguer des années en tant que spécialiste du vin en charge de l’export, du marketing ou de l’élaboration de produits. On comprend mieux son appétence pour son nouveau métier dont les caractéristiques répondent à deux critères importants qui lui sont familiers.

L’assemblage au cœur du métier

Depuis tant d’années, le travail du tissage tel qu’il est pratiqué par Brun de Vian-Tiran s’apparente à celui des vignerons français. Il s’agit d’un savoir-faire ancestral qui requiert des compétences en matière d’assemblage. Des assemblages de fils en provenance du Moyen-Orient et de la région à l’époque afin que le matériau final corresponde au mieux à son usage. De même qu’avec le vin, il est également possible de faire du monocépage, du 100% soie, cachemire… L’élaboration par étapes, la recherche du grand cru sont des facteurs de séduction essentiels.

La chasse au trésor

Si les dirigeants gardent leur passion intacte, c’est aussi qu’elle est une sorte d’aventure, la recherche d’un trésor, celui des plus belles fibres au monde. Un régal pour cet amateur de voyages qu’est Jean-Louis Brun. Difficile de l’imaginer a priori, mais ce métier est celui de la découverte, celle qui fait partir au bout du monde pour trouver la laine magique ou qui met en place une collaboration avec des éleveurs provençaux. Brun de Vian-Tiran s’est ainsi allié à des bergers de Camargue, pour élever le Mérinos d’Arles Antique, une espèce qui donne « la laine la plus fine d’Europe » selon Jean-Louis Brun. Mais il est aussi parti chez les éleveurs nomades du désert de Gobi pour y découvrir le poil du bébé chameau de cette zone.

De la Camargue à la Mongolie

Lorsqu’il est parti en steppe mongole en 2012, Jean-Louis Brun dit avoir été « stupéfait par la finesse des poils de chamelon de Mongolie » qu’il compare au cachemire. Sept ans plus tard, le directeur de l’ONG Takh s’est déplacé jusqu’à l’Isle-sur-la-Sorgue pour voir les premiers plaids et écharpes fabriqués avec la précieuse matière. Les éleveurs nomades livrent quelques 150 kilos de laine par an, permettant à 300 familles de mieux vivre que par le passé ; le prix payé par la manufacture française étant bien plus élevé que celui des clients chinois. Un moyen pour l’ONG de lutter contre la désertification, préserver les espèces et le mode de vie des nomades.

Entre classicisme et modernité

Qui dit tradition ne dit pas immobilisme bien au contraire. Ainsi, l’entreprise travaille en association avec l’Ecole Nationale Supérieure de Création Industrielle pour les produits complexes, ce qui a permis de créer des plaids mérinos d’exception. Les employés sont expérimentés, un élément primordial pour élaborer des produits qui nécessitent une fabrication en quinze étapes. Et quand on a la chance de visiter le musée ouvert par la manufacture, on approche ainsi de plus près le vrai métier de la filature Brun de Vian-Tiran. Qu’il s’agisse de matières premières, de produits ou de marchés, voilà une entreprise bicentenaire qui se bat pour une production bien française de grande qualité et de tradition.

V.D.

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