Par Jean-David Haddad, professeur agrégé d’économie, rédacteur en chef de Francebourse.com, et co-auteur de « Bourse de Paris, 10 grands patrons, 10 grandes histoires » chez JDH EDITIONS.

Les performances de la France et son rayonnement dans le monde ne sont pas liées uniquement au football ! Bien loin de la médiatisation grand public, et loin de déchainer les passions ou l’admiration, hélas, force est de constater que nous avons la chance d’avoir en France de grands patrons brillants, à l’instar de Bernard Arnault (LVMH). 

Bernard Arnault a été classé récemment par Forbes, en tête des grandes fortunes mondiales, devant Elon Musk qui a pourtant beaucoup plus déchainé les passions avec son rachat de Twitter. Et quelques jours après Forbes, c’est Bloomberg qui vient de placer le français de 73 ans en tête des fortunes mondiales.  

Cela ne serait-il pas à célébrer au moins autant qu’une deuxième place à la Coupe du monde de football ?

Bernard Arnault et LVMH : un destin commun

Le destin de Bernard Arnault est lié à celui de son empire LVMH. Il en détient en effet plus de 47%, ce qui, à ce niveau-là est tout simplement énorme. C’est cette immense participation qui le classe régulièrement dans le TOP 5 des hommes les plus riches du monde, un classement qui varie en fonction des cours de bourse. La France peut être fière que l’un de ses citoyens figure ainsi dans le haut du palmarès mondial. D’autant plus que LVMH représente la « french touch », l’art de vivre à la française, dont le seul nom évoque l’avenue Montaigne, le champagne, et tout ce qu’il reste encore à la France pour faire rêver les voyageurs venus d’Asie ou d’Outre-Atlantique. 

En effet, LVMH est aujourd’hui, tout simplement, le leader mondial des produits et services de luxe. Il reste cela à la France. Citons quelques marques détenues et exploitées par le groupe : Louis Vuitton, Kenzo, Celine, Fendi, Marc Jacobs, Givenchy, Moët & Chandon, Mercier, Veuve Clicquot Ponsardin, Dom Pérignon, Château d’Yquem, Christian Dior, Guerlain, Loewe, Kenzo, Bulgari, TAG Heuer, Zenith, Hublot, Chaumet, Fred, etc. 

La force du groupe consiste aussi à détenir et donc pouvoir contrôler les circuits de distribution de ces marques puisque la distribution est assurée à travers plus de 5000 magasins dans le monde, dont certains noms connus comme Le Bon Marché ou Sephora. Evidemment, LVMH n’a pas l’exclusivité de sa propre distribution et d’autres enseignes distribuent les produits du groupe. La distribution représente tout de même 22% du chiffre d’affaires, ce qui montre à la fois son importance dans le périmètre de LVMH, et la possibilité pour la direction du groupe d’avoir très vite les remontées du terrain concernant les réactions des consommateurs. Donnant ainsi une capacité de réaction très rapide face aux campagnes de publicité, au marketing, au packaging, etc. 

Jean-David Haddad est co-auteur de « Bourse de Paris, 10 grands patrons, 10 grandes histoires » chez JDH EDITIONS.

L’autre force du groupe réside en un modèle décentralisé avec une autonomie managériale de chaque « maison ». Ainsi, bien qu’intégrée au groupe, chaque entité garde sa propre culture et ne se voit pas dissoute dans un tout informe et uniformisant. Si l’on devait comparer LVMH à un pays, je dirais que ce serait clairement un état fédéral respectueux des cultures et traditions, et non uniformisant. 

La qualité du management fait que le groupe LVMH est en position de force sur ses marchés, sans avoir besoin de « forcer » et de se mettre en situation d’abus de position dominante. D’ailleurs, le Comité Exécutif du Groupe LVMH a publié une Charte de conformité au droit de la concurrence, envoyée à toutes les sociétés du Groupe, et demandant à chacune d’elles de sensibiliser ses équipes opérationnelles aux règles du droit de la concurrence. Pour un groupe de cette ampleur, on voit peu LVMH dans les salles d’audience des tribunaux, et cela aussi reflète la qualité du management. C’est cette qualité, ainsi que la part de rêve véhiculée par les activités du groupe, qui sont très internationales (la France ne représente que 7% du chiffre d’affaires), que la bourse adule comme nous allons à présent le découvrir. 

Bourse et finances

Le groupe LVMH grossit d’année en année, à la fois par croissance interne et par croissance externe. Récemment, tout le groupe hôtelier Belmond, disposant d’une quarantaine d’hôtels de prestige comme le Cipriani à Venise, le Copacabana Palace à Rio de Janeiro ou encore le Grand Hôtel Europe à Saint-Pétersbourg, a été acheté et intégré au groupe. 

Cotée en bourse, et faisant partie du CAC 40, LVMH est une société très bien considérée du marché. L’aura de Bernard Arnault dans les milieux d’affaires, dans les milieux financiers, y est pour quelque chose, tout comme le portefeuille prestigieux de marques détenu par le groupe.

Mais les chiffres, de plus en plus solides d’année en année, y sont aussi pour quelque chose. Et pas qu’un peu ! 

Ils parlent d’eux-mêmes… 

ANNEE20052009201320182021
CHIFFRE D’AFFAIRES (en milliards d’euros)13.91729.1546.864.2
RESULTAT NET (en milliards d’euros)1.441.73.46.312

Ce qui est extraordinaire c’est que depuis plus d’une dizaine d’années, le résultat net double tous les 4 ans en moyenne…

Il suit le chiffre d’affaires, mais croit même plus vite, ce qui fait augmenter la marge nette. Celle-ci était de 10.3% en 2005 et de 18.7% en 2021. Il faut dire que les produits fabriqués par LVMH sont à forte marge en raison de l’effet de marque. Le modèle de croissance de la marge nette va néanmoins être confronté à des limites… Un marge nette de 40% ou 50% n’est pas envisageable. Mais la croissance du chiffre d’affaires est désormais liée à la démographie d’une part (plus il y a de monde sur terre, plus il y a d’acheteurs potentiels de ces produits), et de la part de « riches » et de personnes « aisées » dans le monde. Or, ce taux a tendance à augmenter d’année en année. La part des 1% les plus riches dans le monde ne fait que croitre, tout comme celle des 10% les plus riches… les inégalités se creusent aux USA et en Chine qui sont deux pays aux forts débouchés pour LMVH (respectivement 25% et 34% du CA du groupe). Et les classes moyennes ayant tendance, par effet de distinction, à vouloir imiter les classes supérieures au niveau de leurs biens de consommation, il est courant de casser la tirelire pour acheter un sac Vuitton par exemple… 

La bourse a bien pris conscience de la force du modèle et c’est pour cela que LVMH est tout simplement la société qui pèse le plus lourd de la bourse de Paris.

Elle pèse plus de 360 milliards de capitalisation boursière actuellement !

Voilà ce qui fait de Bernard Arnault une des personnes les plus fortunées au monde. 

Jean-David Haddad

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