Le rêve de cet entrepreneur hors du commun se réalise. En lançant Flying Whales, en Gironde, Sébastien Bougon révolutionne le fret aérien pour les charges volumineuses.

Mais quelle mouche a donc piqué Sébastien Bougon ? A vrai dire, ce n’est pas une mouche, ce doit être un gros bourdon, car cet entrepreneur passionné est convaincu que le dirigeable a l’avenir devant lui. Il n’est pas un rêveur pour autant, loin de là. Il connaît par cœur le sujet, dispose d’arguments imparables qui ont convaincu ses investisseurs. Sa société Flying Whales existe depuis 2012 et va ouvrir son usine en 2022 en Gironde, le lieu qui assemblera le dirigeable LCA60T (Large Capacity Airship 60 Tons).

L’Office National des Forêts a involontairement été à la racine du projet en évoquant avec Sébastien Bougon la question de l’économie de la forêt française et ses difficultés. En effet, la France importe du bois alors qu’elle dispose de ressources très importantes. L’un des grands problèmes du secteur est l’inaccessibilité de nombreuses zones forestières, particulièrement en montagne.

5 ans de préparation

Il a beau être motivé, Sébastien Bougon a dû faire preuve de patience. Dans un domaine aussi technique que l’aérien, cela s’impose. Etudes préalables, analyses de marché, recherche de partenaires, autant d’étapes indispensables avant d’aller plus loin, un step by step bien connu de cet ingénieur en génie civil de 52 ans. Le concept des Flying Whales a été créé pour répondre à un besoin de transport de grosses charges tels que pylônes ou pales d’éoliennes. Le dirigeable dispose sur le papier de nombreux atouts : 60 tonnes de charge utile qu’il peut charger et décharger.

Il peut ainsi livrer ce type de fret dans des zones difficilement atteignables par ailleurs, et ce, grâce à une solution de propulsion hybride à l’hélium et à l’électricité (produite par du kérosène aéronautique). Il est possible que dans le futur, l’énergie soit modifiée et que les piles à hydrogène soient utilisées en fonction de l’avancée sur ce secteur. L’engin imaginé par Sébastien Bougon ne sera pas renié par les écologistes, car il consomme 50 fois moins qu’un avion ou un hélicoptère.

Une idée aussi verte qu’innovante

Là où le projet est innovant, c’est que les dirigeables de Flying Whales resteront en stationnaire : ils ne se poseront pas, pas de décollage, pas d’atterrissage et une consommation d’énergie évidemment moins vorace. Mais cette véritable bonne idée permet surtout de se positionner partout, pas besoin de zone terrestre pour arriver et repartir. Il s’agit d’une différence majeure par rapport à tous les projets et réalisations précédents. Ils peuvent ainsi accéder à des zones quasi inaccessibles avec leurs 154 mètres de long et 42 mètres de hauteur et des charges très supérieures à celles de l’hélicoptère (4 tonnes maximum). La vitesse maximale prévue est de 150 kms/h.

Un profil de startupper idéal

Au-delà de la conviction du bien-fondé et des chances de réussite d’un tel projet, il est évident que l’expérience de l’entrepreneur a joué à plein dans le lancement de la startup. On le dit et le répète, et les statistiques le prouvent, le profil type du startupper n’est pas Mark Zuckerberg. Il s’agit plutôt d’un quarantenaire pour une raison simple : monter un projet de l’ampleur de celui de Flying Whales exige des compétences confirmées et un réseau établi. Sébastien Bougon répond à ces prérequis.

Huit années passées dans la conception et le financement de grands projets, huit ans dans la finance chez TF1, quatre ans dans le fonds commun de Bouygues et Artemis, voici comment on se retrouve en 2012 à créer une société de baleines géantes. Il ne faut pas non plus oublier qu’il faut avoir du souffle, pas de souci non plus pour ce marathonien. Huit années supplémentaires ont été nécessaires pour concrétiser son projet, chose faite l’an prochain avec la construction de l’usine.

Des actionnaires motivés

Avant de se lancer, Sébastien Bougon a donc engrangé une solide expérience. Lors de son passage chez Bouygues, il a appris les secrets et difficultés des mises en place financières des grands chantiers. Une compétence précieuse pour son projet de dirigeable, qui a mobilisé plus de 250 millions d’euros pour la phase de développement. D’où viennent les fonds ? D’actionnaires que le projet et le parcours de l’entrepreneur ont su convaincre.

La moitié des actions est détenue par un pool français incluant des partenaires publics comme la région Nouvelle-Aquitaine (ou sera assemblé le dirigeable) et Bpifrance, et des structures privées potentiellement utilisateurs ou fournisseurs, tels que l’ONF, Air Liquide, Bouygues, ADP… Par ailleurs, 24,9% sont détenus par le gouvernement québécois et autant par Avic, l’Airbus chinois. La Chine comme le Québec seront des lieux de production du dirigeable ; le Québec ayant pour projet d’utiliser ce mode de transport pour le bois de ses grandes forêts.

Objectif 2024 !

Le premier convoyage de tronc d’arbres est déjà prévu. Ce sera en 2024, une date butoir pour la quelque centaine de personnes qui travaillent déjà pour l’entreprise. Les différentes certifications devront être obtenues d’ici là, car il s’agit d’un transport aérien soumis aux autorisations de vol de l’Agence européenne de la sécurité aérienne. Le seul bémol quant à l’utilisation du dirigeable est évidemment la météo, essentiellement le vent qui peut limiter son utilisation. Le business plan s’appuie sur environ 150 engins volants dans le monde sur les dix premières années, avec trois sites de production, en France, en Chine et au Québec. Que demander de plus ?

A.F.

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