Alsace : Anne Leitzgen veut faire de Cuisines Schmidt un champion de l’innovation

À 48 ans, Anne Leitzgen, petite-fille du fondateur et actuelle dirigeante des Cuisines Schmidt, met le pied sur l’accélérateur. Le cuisiniste de Sélestat investit 150 millions d’euros pour atteindre le milliard de chiffre d’affaires d’ici 10 ans. Un modèle industriel comme on a tant besoin. Schmidt est l’un des deux principaux français, avec le savoyard Fournier (Mobalba).

Au départ, en 1934, c’est dans la Sarre qu’Hubert Schmidt crée son entreprise de meubles, spécialisée dans la fabrication de buffets. Lors du rattachement de la Sarre à l’Allemagne, l’entrepreneur décide de déménager l’entreprise à Lièpvre, non loin de Sélestat, du côté français.

Un ancrage profond

Sa fille, Antonia, épouse Karl Leitzgen en 1967. L’entreprise poursuit sur sa lancée, mais un tournant va changer son destin dans les années 70 : les meubles de cuisine font leur apparition. En 1983, finis les buffets, et terminée l’appellation « Cuisines Schmidt », voici la SALM : la Société Alsacienne de Meubles. L’histoire entrepreneuriale se poursuit avec le lancement de Cuisinella. Karl Leitzgen décède, son épouse reprend la direction, elle marquera son temps notamment par l’industrialisation des process. Il y a 15 ans, c’est leur fille Anne qui lui succède au poste de direction. Dans la foulée, la SALM devient Schmidt Groupe.

Une entreprise familiale solide

Voici un qualificatif qui va comme un gant tant à l’entreprise qu’à sa dirigeante actuelle. Car reprendre une société familiale n’est jamais facile et certains disent que lorsque l’on est une femme, cela peut devenir une gageure. Dans le cas d’Anne Leitzgen, cela s’est fait sans véritable à- coups, même si elle a dû faire preuve de souplesse pour s’imposer dans un milieu, non pas hostile, mais simplement peu habitué à voir des femmes à des postes de présidence et de direction générale. Dans ce cas précis, sa mère, Antonia Leitzgen avait su prouver son savoir-faire en matière industrielle, le challenge était donc clair à l’époque pour cette jeune trentenaire qui faisait alors carrière chez Publicis.

Elle décide de rejoindre le bercail à la veille de l’an 2000 au service marketing dans un premier temps. Elle part ensuite en Suisse pour découvrir les magasins afin de comprendre de l’intérieur les différents métiers, avant de remplacer sa mère à la direction de l’entreprise.

À l’écoute des tendances

Entreprise familiale ou pas, Anne Leitzgen a su être suffisamment à l’écoute des tendances managériales actuelles pour décider de valider les valeurs fondatrices qui permettent encore de rassembler l’ensemble du personnel des dizaines d’années après sa création. Des mots sont ressortis de cette vaste « enquête » réalisée auprès de toutes les équipes, qui en disent long sur le ressenti des salariés. « Confiance », « bienveillance », « coopération » désignent un tissu relationnel existant ou souhaité alors que « responsabilité » permet d’aller vers un mode de fonctionnement clair pour chacun.

« L’agilité » quant à elle est une notion plus récente, même si les grands pas stratégiques de l’entreprise, comme un déménagement, l’abandon des buffets ou le lancement d’une marque sur un segment prix plus compétitif ont déjà été des actes posés de cette souplesse aujourd’hui plus que jamais nécessaire.

Discrétion, dynamisme et assurance

Si Anne Leitzgen est la dirigeante d’une des rares ETI françaises et à la tête de milliers de salariés, elle est aussi d’une grande discrétion. Née le 18 septembre 1973, elle ne semble pas avoir eu d’état d’âme particulier à mener sa vie privée de front avec les responsabilités qui sont les siennes. Mariée et mère de deux filles de 10 et 12 ans, elle a quand même confié qu’elle apprécie les bons repas accompagnés de vin entre amis, la nature, le ski, les voyages et … le rock.

En bref, une femme presque comme les autres. En l’écoutant parler, un élément de son caractère apparaît nettement, c’est son dynamisme, sa passion pour son industrie et ses collaborateurs. Elle parle vite, ses mains vire-voltent, et elle fait preuve d’une certaine décontraction qui n’est pas si courante dans le patronat français.

Des recettes de n°1

Cette rousse aux yeux bleus avoue ne pas être conventionnelle. Le fait d’avoir parfois été sous-estimée à ses débuts a été un atout qu’elle a su utiliser. Sa recette pour prendre ses marques ? Échanger pour apprendre, prendre les conseils d’un coach, réseauter avec d’autres dirigeants, être membre du conseil d’administration du groupe Beneteau, participer au groupe Women Entrepreneur Program de Stanford, sans oublier l’écoute vis-à-vis des « anciens » et du travail qu’ils ont effectué. Autre élément : apprendre à déléguer. Chose faite avec la nomination en 2019 de Laurent Blum au poste de directeur général. Son autre conseil est « l’Audace ». Oser et ne pas hésiter à imaginer un nouvel équilibre professionnel/privé, une nouvelle vie loin des modèles et stéréotypes anciens.

Le milliard en visée

Il n’y a pas le choix, il faut de l’énergie, de l’intelligence, du travail et de bons collaborateurs pour faire passer un groupe de 245 millions lorsqu’elle en prend la direction à 640 millions d’euros aujourd’hui. Cela s’est fait grâce à différentes initiatives, telles que l’internationalisation, le groupe est en effet présent dans 27 pays aujourd’hui, et la construction de nouvelles usines, à Sélestat ou à Canton en Chine. Autres axes stratégiques, l’élargissement de l’offre (dressings, rangements, espaces de travail, etc.), et le digital surtout depuis l’an dernier.

Sans oublier l’atout de la personnalisation, toujours plus poussée. Et ce n’est pas fini ! Car Anne Leitzgen vise le milliard d’euros d’ici à 2030. Après tout, les Français recapitalisent sur leur foyer, la demande est vive, Schmidt doit l’accompagner.

Des projets, encore des projets

L’année 2020 fut « une année historique », comme l’a qualifiée la dirigeante de Schmidt Groupe. Si la situation a pu être stabilisée l’an dernier, c’est aussi parce que l’entreprise avait une démarche stratégique à part. Sa fabrication se fait principalement à partir de matériaux sourcés en Europe, et non pas en Asie, ce qui a permis de poursuivre la fabrication à peu près normalement. Un choix parfois critiqué qui s’est avéré judicieux.

Cette année, la croissance est assez extraordinaire, de l’ordre de +25% versus l’année précédente, grâce notamment à l’ouverture d’une quarantaine de magasins. Son prochain challenge ? « Demain, Schmidt Groupe sera RSE ou ne sera pas », voici qui est clair. Innovations éco-responsables, et démarche visant à obtenir la certification « B Corp » qui implique toute la chaîne de valeur de l’entreprise.

Valérie Loctin

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