Agnès Verdier-Molinié

La chronique d’Agnès Verdier-Molinié, Directrice de la Fondation iFRAP

Les prévisions du rapport Arthuis qui viennent de tomber pour les années qui viennent sont encore plus préoccupantes que ce qui était dit jusqu’à maintenant. A l’horizon 2030, la dette se situerait entre 130 et 150% du PIB et bien pire en 2040… Et ce avec des prévisions de croissance entre 1 et 1,5% en moyenne sur la période.

Plus de 51% de notre dette est détenue par des investisseurs étrangers. Soit environ 1300 milliards d’euros. Ce qui est énorme. Le rapport Arthuis reconnait d’ailleurs que le sujet de la dette peut devenir un sujet de souveraineté avec ces mots : « nous avons déjà vu des pays devenir dépendants de leurs créanciers ».

Les positions de principe s’additionnent : « oui on fera la réforme de retraites, oui on va décentraliser, oui on va donner plus de pouvoirs au Parlement pour évaluer les dépenses publiques… » Quand ? On ne sait pas !

Les dépensiers expliquent à longueur de journée que le sujet de la dette n’en est pas un, que la soutenabilité est là, que la charge de la dette n’est pas élevée (36 milliards par an). Ils ajoutent qu’une grande partie de la dette est achetée en réalité par la BCE (600 milliards depuis 2008). Leur seule perspective est de continuer à creuser les déficits sans contrôle. La réalité risque de les rattraper (surtout si l’importation partielle de l’inflation née outre-Atlantique oblige la BCE à réagir).

Nous devons nous réveiller et nous donner dès à présent des objectifs : reprendre le contrôle de nos finances publiques, freiner la dette, revenir autour de 100% d’endettement par rapport au PIB d’ici 2027 ou 2030. Et expliquer au plus vite le calendrier de la réforme des retraites avec le report de l’âge de départ, d’une vraie décentralisation, de la baisse du coût de production de nos services publics, de la fusion des aides sociales…

Inutile diront certains ? Urgent en réalité car les taux d’intérêts frémissent partout dans le monde et cela pourrait faire très mal à la France. Un taux de 4% ? Et la charge de la dette est multipliée par 2… Nous devons avoir une stratégie claire de réformes qui associe une baisse durable des impôts pour sauver la croissance et l’emploi tout en freinant la dette. Il en va de notre avenir économique et social mais aussi de notre souveraineté et de notre démocratie. A bons entendeurs.

Agnès Verdier-Molinié
Directrice de la Fondation iFRAP, Fondation indépendante qui évalue les politiques publiques
Auteur de La France peut-elle tenir encore longtemps ?  aux Editions Albin Michel

LAISSER UN COMMENTAIRE

Tapez votre commentaire
Entrez votre nom ici

4 × cinq =