Le Président de la RDC Congo Felix Tshisekedi et son épouse accueillant la Reine Mathilde de Belgique et le Roi Philippe de Belgique (photo Polet Olivier/ABACA)

Essentiellement abordée dans la presse sous l’angle du travail de mémoire et de la réconciliation entre la Belgique et son ancienne colonie, la première visite en RDC du roi des Belges Philippe témoigne tout autant d’une volonté de Bruxelles de renforcer ses liens économiques avec le Congo. Une petite victoire diplomatique pour son président Félix Tshisekedi, qui a su jouer la carte de l’apaisement, préalable à des relations décomplexées entre les deux pays.

Activisme diplomatique

Le roi Philippe et la reine Mathilde séjournent en RD Congo du 07 au 13 juin 2022. Reportée trois fois depuis 2020 pour cause de pandémie, cette visite répond à celle de Félix Tshisekedi en Belgique en septembre 2019. Au programme de ce déplacement : renforcement des relations entre le pays d’Afrique centrale et l’ancienne colonie, sur fond de devoir de mémoire. Le roi Philippe avait déjà profité du 60e anniversaire de l’indépendance de l’ex-Congo belge, en 2020, pour adresser dans une lettre à Félix Tshisekedi ses « plus profonds regrets » pour les « blessures » de la colonisation. Mercredi 8 juin à Kinshasa, il a de nouveau exprimé ses regrets et reconnu que le régime colonial, « basé sur l’exploitation et la domination », était « celui d’une relation inégale, en soi injustifiable, marqué par le paternalisme, les discriminations et le racisme ». Des regrets mais pas d’excuses formelles, comme l’ont souligné certains observateurs.

Premier officiel belge à reconnaitre les torts de la Belgique durant l’époque coloniale, le roi Philippe a également souhaité profiter de sa venue pour restituer au Musée national de la République démocratique du Congo (MNRDC) un masque géant kakuungu. Une feuille de route a été définie par le gouvernement belge en 2021 pour la restitution progressive des œuvres subtilisées par le colonisateur. Autant de gages de repentance à mettre au crédit du roi Philippe, mais également de l’activisme diplomatique déployé par Félix Tshisekedi. Le chef de l’État congolais n’a jamais fait mystère de sa volonté de réintégrer la RDC dans le concert des Nations, en rouvrant le dialogue tous azimuts.      

Ainsi, dès son arrivée au pouvoir en 2019, Félix Tshisekedi se lance dans une refonte de la politique étrangère de la RDC, qui passe par un activisme continental et international. Multipliant les déplacements à l’étranger, le successeur de Joseph Kabila souhaite rompre l’isolement diplomatique dans lequel ce dernier a plongé le pays en 2016, après s’être brouillé avec les États-Unis, la Belgique et l’Union européenne en raison du blocage de l’Accord de la Saint-Sylvestre et du glissement du calendrier électoral. Objectifs assumés : promouvoir l’intégration régionale en tant que levier de développement économique et mettre en place « une véritable approche de partenariat stratégique au bénéfice de la population congolaise » en matière de politique étrangère.

Au nombre des chantiers prioritaires afin de rendre à la RDC sa « vocation naturelle » de pays ouvert sur le monde, pour paraphraser l’actuel locataire du palais de la Nation, le resserrement des liens avec les pays frontaliers, avec l’Union africaine, avec les organisations régionales, avec les organismes internationaux mais aussi avec l’Union européenne et singulièrement la Belgique. Le réchauffement des relations bilatérales avec la monarchie doit jeter les fondations d’une coopération économique plus étroite, alors que les liens se sont distendus entre les deux pays ces dernières années.  

Climat des affaires

Si la Belgique demeurait le premier fournisseur européen de la RDC en 2021, la même année, le Congo pointait à la 71e place des clients de la Belgique (373,3 millions d’exportations de biens vers la RDC) à l’échelle mondiale, et à la 93e de ses fournisseurs (84,9 millions d’importations), selon les chiffres de l’Agence belge pour le commerce extérieur. Pour attirer davantage d’investissements en provenance de Bruxelles, Kinshasa ne manque pas d’atouts.

Plus grand pays d’Afrique subsaharienne, la RDC possède neuf frontières, ce qui en fait une porte vers « un vaste marché potentiel de 250 millions d’habitants », selon le Premier ministre Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge. Le pays jouit par ailleurs de nombreuses richesses naturelles : un massif forestier de 155,5 millions d’hectares, un fleuve (le Congo) d’un potentiel hydroélectrique de 44 000 MW, capable d’alimenter toute l’Afrique centrale en électricité renouvelable, mais également des réserves minéralogiques importantes (cuivre, cobalt, manganèse, uranium, etc.), essentielles à la fabrication de nombre de technologies de pointe nécessaires à la transition énergétique, comme les batteries électriques.

Pour valoriser ces ressources, Kinshasa s’est lancée dans une vaste campagne de lutte contre la corruption visant à améliorer le climat des affaires et à rassurer les investisseurs. De quoi obtenir les satisfécits de l’administration Biden, qui soulignait les efforts de la RDC dans un récent rapport – même si beaucoup reste à faire. De quoi, également, inciter la Belgique à courtiser son ancienne colonie pour en redevenir un partenaire commercial de premier plan. En plus de son épouse et du Premier ministre,  le roi des Belges a choisi de faire le déplacement en compagnie de la ministre de la Coopération au Développement, du secrétariat d’État aux investissement stratégique et d’une forte équipe de journalistes belges accrédités pour ce voyage,  Tout sauf un hasard.

Alexandre Bodkine

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