Il y a urgence pour la vénérable société qu’est Jacob Delafon. Ce spécialiste de sanitaires dispose d’une usine à Damparis qui se trouve dans une phase difficile de son histoire en dépit de son ancienneté.

1889, un siècle après la révolution française, il y a 132 ans, Emile Jacob et Jean Delafon créent une première usine en Côte d’Or destinée à fabriquer des sanitaires en grès émaillé. En 1898, ils s’intéressent au marbre de Belvoye, un calcaire de couleur beige rosé qui va obtenir un succès international. L’occasion de racheter une usine sur place à Damparis dans le Jura. L’avenir de la marque s’est ensuite inscrit dans l’univers de la salle de bains essentiellement, mettant en avant une véritable élégance dans un espace qui était vu auparavant comme une commodité.

Une marque française sous pavillon américain

Jacob Delafon est une marque française, mais elle est la filiale du groupe américain Kohler depuis 1986. Ce groupe a finalement signifié l’an dernier que la rentabilité n’était pas au rendez-vous et qu’il ne prévoyait pas d’investissement supplémentaire ; Jacob Delafon n’étant plus considéré comme intéressant pour sa stratégie future. Elle avait ouvert en 1980 une usine de céramique à Tanger où au fil du temps de plus en plus de transferts de production se sont effectués. Kohler avait pourtant investi de façon importante en 2015 avec 7 millions d’euros.

L’éternel problème des coûts de production

Le groupe s’est trouvé cependant confronté à un problème bien connu. S’il est vrai que la marque française intervient sur le haut de gamme, elle a perdu des parts de marché, car des usines de céramique peuvent produire de beaux produits en sanitaire à des coûts moins élevés, notamment au Maroc où le groupe fabrique déjà. La délocalisation semblait donc une option économiquement intéressante. Kohler avait déjà fait un premier pas dans ce sens en fermant une usine de robinetterie qui n’avait pas fait la une des journaux, peut-être parce qu’elle n’employait que 29 salariés. La crise sanitaire a accéléré la décision. Le groupe américain a donc décidé de vendre l’usine française en septembre 2020 et a mis en place un plan de sauvegarde de l’emploi en décembre dernier.

Une belle histoire qui tourne court

Le groupe américain a pourtant fait faire un bon bout de chemin à Jacob Delafon et permis à la marque de rayonner un peu partout dans le monde. Des showrooms ont été installés à Dubaï comme à Shanghaï ou Abidjan. Dans un objectif clair, celui de faire de l’enseigne française une marque leader non seulement en France, mais aussi en Afrique francophone, tout en favorisant le développement en Russie et ailleurs. La French Touch est utilisée à plein avec une signature « Là où commence l’élégance ».

Mais que l’offre se situe sur le haut de gamme comme sur les autres segments du marché, les professionnels, distributeurs tout comme les clients finaux, veulent aussi du prix une fois que la qualité est au rendez-vous. L’histoire du fameux serpent qui se mord la queue. Payer plus cher pour une fabrication made in France a souvent ses limites une fois qu’il s’agit de mettre la main à la poche, à moins que le principe en tant que tel ou le différentiel produit soient ressentis comme suffisamment significatifs.

Avortement de la proposition Kramer

Le groupe Kramer, une PME familiale de Moselle spécialisée en robinetterie, s’est penché sur le dossier de reprise du site de Damparis, et son président Manuel Rodriguez a manifesté son intérêt mi-février avec la reprise de 91 emplois sur 146. Hélas, il s’est retiré la semaine suivante provoquant la déception. Il a mis en avant dans son communiqué que « L’opacité dont a fait preuve le groupe Kohler en matière d’informations emporte aujourd’hui la conviction de l’impossibilité de mener à bien le projet ».

Une soixantaine d’ouvriers de l’usine Kohler avait également manifesté leur opposition au rachat par le groupe Kramer, seul candidat sur les rangs. Sur le papier, le groupe Kramer avait en effet la possibilité de renforcer sa présence sur le haut de gamme, car sa distribution s’effectue principalement sur le moyen de gamme avec un fabrication importante en marque de distribution.

Vers un recours à l’Etat ?

Le site de Damparis est le dernier en France qui fabrique des sanitaires en céramiques, c’est aussi le berceau historique de la marque. La présidente de la région Bourgogne-Franche-Comté avait évoqué le sujet avec le président de la République lors de sa visite en Côte d’Or pour aider à la reprise par le groupe Kramer. Aujourd’hui, le recours à l’Etat-providence semble être l’unique voie possible pour le site et surtout pour les employés, inquiets pour leur avenir. A moins qu’un repreneur providentiel vienne sauver cette belle entreprise et son savoir-faire plus que centenaire.

A.F.

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