Par Aude Guéneau, CEO et Fondatrice de Plume

Tribune. Dans sa conférence de presse du 26 août, Jean-Michel Blanquer a rappelé la nécessité du numérique et combien ces outils avaient été secourables pendant la première vague de Covid-19. Et de fait, ni les enseignants, ni les entreprises du secteur de la Edtech, ni même les parents n’ont ménagé leurs efforts pour mettre en place, coûte que coûte et vaille que vaille, la bienheureuse « continuité pédagogique ». Pour autant, faut-il construire notre projet de rénovation pédagogique en réaction à la vague de Covid-19 ? N’a-t-on d’autre vision pour l’éducation que celle qui consiste à faire face à une crise sanitaire sans précédent ?

Il est bien-sûr évident que celle-ci nous a montré les affres de la vétusté de nos équipements, qu’elle a mis en exergue notre frilosité face aux investissements edtech. Adoptons un plan ambitieux sans précédent pour les enseignants, donnons les moyens au marché edtech d’être financé. Non seulement nous pourrons faire face à n’importe quelle crise sanitaire, mais en prime nous aurons une école inclusive, audacieuse, des parcours d’enseignement personnalisés, des usages rénovés et pertinents.

Face à la possible deuxième vague de Covid-19 qui pourrait mettre à mal cette rentrée scolaire « presque normale », le ministre n’a pas manqué de rassurer les collègues et les parents. Qu’à cela ne tienne nous dit le ministre, nous avons 2 000 ordinateurs et deux territoires qui vont passer au 100 % numérique. En dépit des circonstances malheureuses, on ne peut que se réjouir de l’accélération de l’équipement des classes, de la rénovation des pratiques pédagogiques des uns et des autres. Cela se fait, certes, dans un contexte extrêmement stressant.

Quel cap pour l’école de demain ?

Mais ne vous y trompez pas. Nous ne devons pas équiper nos écoles et nos enseignants pour faire face au Covid-19. L’essentiel n’est pas là. L’essentiel n’est pas de permettre à des enseignants et leurs élèves de communiquer en distanciel. Il est de proposer de réels dispositifs innovants pour faire progresser nos « apprenants ». Et la différence n’est pas mince.

Nos enfants, nos élèves seront-ils armés pour relever les défis sociétaux qui s’offrent à eux ? Aurons-nous une école plus juste et plus fraternelle qui prend en charge tous les enfants de la manière la plus performante qui soit ? Quels sont les résultats attendus des nouveaux outils mis en place ? Nous n’avons pas besoin d’outils numériques à l’école pour faire face à la Covid-19. Nous avons besoin d’une vision pour l’éducation.

Quatre actions concrètes pour ouvrir nos écoles à l’innovation

  1. Former les enseignants pour penser la refonte de la pédagogie

Des rapports de la Cour des Comptes, du Sénat, de la Caisse des dépôts, de la DGE avertissent depuis 2018 sur les insuffisances graves de l’éducation numérique dans le pays, et concluent à la nécessité d’un effort sérieux d’investissement dans l’innovation pédagogique et la formation des professeurs. L’investissement en matériel peut s’avérer intéressant mais celui-ci devient vite obsolète. C’est la refonte de la pédagogie et des bonnes pratiques dans lesquelles il faut investir.

  1. Stimuler la pédagogie numérique (qui n’est pas faire la même chose à distance)

Il s’agit de consacrer un vrai budget aux ressources pédagogiques. Que représentent 10 millions sur 250 milliards ? Un euro par élève et par an. C’est simplement dérisoire. Les 40 millions consacrés aux photocopies mériteraient d’être réellement mieux employés dans des ressources pérennes. Donnons un réel pouvoir d’achat aux enseignants (sous forme de chèques à dépenser dans le secteur, par exemple) pour libérer l’innovation, stimuler le secteur de la Edtech en faisant ainsi un marché plus mature.

  1. Aider la frange d’enfants « déshérités du numérique »

La Cour des comptes considère que l’effort pour réduire la fracture du numérique n’est pas aussi conséquent que cela au regard du taux d’équipement qui existe déjà et que la frange des « déshérités du numérique » est « petite ». Ne nous engageons donc pas dans une distribution systématique d’équipements mais ciblons ceux qui en ont le plus besoin.

  1. Proposer des formations hybrides pour s’adapter à tous les enfants

L’école doit répondre au défi de l’inclusion et permettre à tous les enfants de progresser et de révéler leur talent. La France compte aujourd’hui 100 000 décrocheurs et se retrouve 23ème dans le classement PISA qui dresse le bilan chaque année des compétences des lecture et d’écriture de nos élèves. Nous devons construire de nouveaux modèles de formations hybrides entre le présentiel et le distanciel pour organiser la montée en compétences de ses jeunes, quel que soit leur profil.

Ainsi, nous n’aurons ni à craindre la Covid-19, ni le classement PISA. Nous aurons rénové nos pratiques pédagogiques. Nous pourrons permettre à nos élèves d’affronter sereinement les défis de demain. Nous aurons investi dans notre avenir.

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