L’incroyable Charles Kloboukoff, en accord avec sa famille organise en effet la transmission progressive de son entreprise au « Fonds de soutien aux Initiatives Citoyennes Utopiques et Solidaires ». Le ficus étant une plante très résistante, espérons que le F.I.C.U.S Fondaction sera à la hauteur de cette réputation. Ce fonds de dotation d’intérêt général va en effet recevoir peu à peu le contrôle du capital de Léa Nature, dont le siège est à La Rochelle.

Une véritable leçon de vie

Une démarche réfléchie, en cours depuis plusieurs années, originale… et diablement séduisante. Surtout lorsque l’on écoute le président-fondateur : « Après la réussite des 20 premières années de l’entreprise, nous avons engagé une réflexion familiale autour de l’entreprise du bien commun, de son futur et de sa transmission et succession. Avec mon épouse Catherine, nous ne voulions pas que nos enfants soient nantis avant d’avoir tracé leur propre chemin ». Une telle fidélité à certains principes d’éducation, parfois oubliés, ne peut qu’inspirer le respect.

Voire à servir de modèle. Pourtant cela n’a pas été facile comme le souligne l’entrepreneur : « Se déshériter de son vivant est une démarche profonde, d’abord déstabilisante, puis enthousiasmante ». Mais c’est aussi une leçon de vie qui s’exprime par cette décision « J’ai découvert dans la vie que toute richesse ne vaut que si elle est partagée ». Voici qui met un grand coup à l’image caricaturale que certains ont encore de l’entrepreneur.

Un processus cohérent, des principes forts

L’opération se fait en plusieurs temps, la donation progressive des titres pouvant s’effectuer au plus tard à la disparition du président-fondateur, mais in fine FICUS Fondaction sera bel et bien l’actionnaire majoritaire du groupe en tant que fondation-actionnaire. Économie et Écologie ont été les maîtres mots de l’aventure créatrice de Léa Nature.

La société est devenue société à mission, il y a deux ans, inscrivant ses engagements dans ses statuts. Les enfants du couple sont associés à cette action. Emma Kloboukoff, l’une des filles, sera d’ailleurs en charge d’administrer le fonds et d’animer les comités philanthropiques en tant que présidente du conseil d’administration.

Un entrepreneur modèle

Le parcours de Charles Kloboukoff n’a rien d’extravagant, mais le moins que l’on puisse dire est qu’il est réussi. Après des études à l’ESG, il commence sa vie professionnelle dans une bonne école du travail, la grande distribution. Pour lui, ce sera donc Intermarché qu’il intègre en 1986, dans des rayons qui lui parlent comme la diététique, l’alimentation ethnique et la parapharmacie. Jusqu’à ce qu’il décide de passer à la concrétisation du concept qu’il a en tête. Le Laboratoire d’Équilibre Alimentaire, LEA-Institut Vital, voit ainsi le jour il y a 28 ans à Paris, avant de s’installer deux ans plus tard en Charente Maritime, avec pour devise « Engagée de nature ».

L’offre se concentre sur des produits naturels et biologiques, des compléments alimentaires au départ, avec un investissement personnel : 300 000 francs d’économies. L’essor est rapide grâce à des enseignes telle que Leclerc, Décathlon et Marionnaud qui distribuent rapidement la gamme de produits.

Le tournant stratégique de 2009

En 2009, il crée Compagnie Biodiversité, holding de Léa Nature, à caractère familial. Avec onze sites de production en France, il s’agit du premier fabricant français indépendant de produits biologiques qui vend ses produits tant en grande distribution, qu’en magasins bio ou en parapharmacies. On le voit, la santé, tout comme l’environnement, font partie des obsessions du fondateur. Tout comme l’action. Ses idées ont pour objet d’être mises à l’épreuve et non pas de rester dans le monde théorique. Cet attrait pour la santé n’est pas vraiment nouveau pour l’entrepreneur, parents et grands-parents étaient déjà très favorables aux médecines et au soins naturels, il a été sensibilisé sur ce point dès son plus jeune âge. De là à devenir un véritable entrepreneur écologiste, il n’y avait qu’un pas, allégrement franchi.

Un militant pur jus

L’entrepreneur n’hésita pas à alerter le public sur la toxicité des pesticides dans l’alimentation, à s’investir dans la municipalité de la Rochelle, à lancer une pétition contre les sacs plastique jetables, à s’élever contre l’usage des perturbateurs endocriniens. Et pour conforter cet ensemble extrêmement cohérent d’engagements, il est depuis 2016 le président de l’antenne française de 1% pour la planète. S’il fallait compléter le tableau, n’oublions pas l’aspect sportif, Charles Kloboukoff est en effet président du conseil d’administration de la SAS Stade Rochelais Basket. Ce club est loin d’être la seule association à être soutenue par le groupe qui a toujours amplement participé à la vie locale.

De l’intuition à la conviction

Charles Kloboukoff ne milite pas que pour la santé et l’environnement, mais aussi, comme il le disait dans son livre « Itinéraire d’un entrepreneur engagé », « pour redonner à l’intuition la place qu’elle mérite ». Il est convaincu qu’au-delà des critères habituels de logique et de raisonnement, il convient d’écouter notre « part d’irrationnel ». Rien de plus normal pour ce fils d’un père qui avait aussi des dons de magnétiseur. Selon lui, cette intuition est parfaitement complémentaire de la conviction, colonne vertébrale de son action. Charles Kloboukoff l’exprime ainsi « les racines du courage, c’est la conviction. Et les racines de la conviction, c’est l’intuition ». A 58 ans, il sait depuis longtemps que si la réussite économique est indispensable à la survie d’une entreprise, il ne s’agit pas du seul critère essentiel. La responsabilité sociale, environnementale et citoyenne de cette même entreprise est tout aussi importante.

Il semble bien que nous ayons ici à faire à un exemplaire rare de l’Homo Sapiens, un rêveur réaliste, un homme connecté aux autres et à lui-même, qui a une haute idée de l’action entrepreneuriale dans le respect de l’éthique et de l’intérêt général. Ilyena!

A.F.

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