Steinberg Protocol : après les bateaux volants Aqualines, le fonds de Guillaume Catala mise sur la mer

Christian Buchet, directeur du Centre d’études et de recherche sur la mer de l’Institut catholique de Paris, et Guillaume Catala, P-dg d’Aqualines et président du fonds ESG Steinberg Protocol, devant les 1 700 exemplaires du livre « Osons la mer » envoyés à tous les sénateurs, députés, ministres, préfets et présidents de région, sans oublier le Président de la République et le Premier ministre.

Guillaume Catala préside ESG Steinberg Protocol, un fonds hybride qui prend une nouvelle orientation, cohérente avec ses valeurs liées à la protection de la planète et l’investissement dans le domaine maritime, en liaison avec Christian Buchet.

Le fonds affiche clairement son ADN autour de quelques principes clairs : Créativité, Impact Social, Durabilité, Entreprenariat, Innovation et Fusion des Cultures. Les quatre principaux associés du fonds Steinberg Protocol, dont le siège est à Singapour, se sont donnés pour mission de créer de la valeur de façon durable, éthique et respectueuse. Au total, l’écosystème de Steinberg Protocol représente une centaine d’experts, professionnels et entrepreneurs localisés dans différentes régions de la planète.

Pouvez-vous nous en dire plus sur la genèse du fonds ?

Guillaume Catala : Il y a près de quatre ans, nous avons monté ce que l’on peut désigner comme un family office couplé d’un venture studio, Steinberg Protocol à Singapour. C’est un fonds d’amorçage à impact dans le secteur de l’innovation durable et sociale. Mais à nos yeux, la volonté d’avoir un impact positif en matière écologique n’efface évidemment pas la notion de profit.

Comment êtes-vous organisés ?

G.C : Notre holding est pilotée au quotidien par huit personnes clés, et au niveau du capital, nous sommes quatre associés principaux, deux Français et deux Asiatiques. Un certain nombre de nos filiales dispose de différentes expertises dans différents domaines de consulting. Pour faire simple, nous avons une cinquantaine de projets sur 18 secteurs d’industrie dans une dizaine de pays à travers une vingtaine de filiales. En mai, Steinberg Protocol sera listé sur une bourse privée à Singapour, sous l’autorité du MAS (Monetary Authority of Singapore). Il s’agit d’une étape importante pour nous et pour l’assise du groupe.

Votre fonds a décidé de s’orienter un peu plus vers la mer. Expliquez-nous.

G.C : Nous sommes convaincus que le prochain chapitre de développement global sera et se doit d’être tourné vers la mer. Steinberg Protocol veut être un acteur de ce changement. Car aujourd’hui, il y a de très nombreuses discussions sur le sujet, mais très peu d’actions ni d’explorations sous-marines en vue d’une croissance ayant un impact social et durable.

Comment rentabiliser des recherches de ce type ?

G.C : Dans le concept, et dans l’ADN même de Steinberg Protocol, nous ne sommes pas dans une démarche d’investissement, mais plutôt dans une mission, une responsabilité, qui est celle d’aller vers une prise de conscience de certains enjeux, et principalement l’aspect marin. Sans aucune prétention, il s’agit plus de philosophie que d’économie, d’altruisme que de profit, notre énergie nous pousse à favoriser le changement car il est quelque part inacceptable que l’on ait fait si peu au niveau du monde sous-marin.

Les phases d’explorations peuvent en effet prendre des années, comment préparer
l’avenir ?

G.C : Il y a des moments où un nouvel horizon se profile pour une Nation, il faut regarder au-delà des frontières, regarder plus loin, construire une sorte de New deal. On en parle très peu, mais le territoire maritime de la France représente 20 fois la taille de sa métro- pole, soit environ 11 millions de kilomètres carrés, ventilés sur trois océans différents et deux hémisphères. Pour la plupart d’entre nous, ces îles françaises sont des lagons et des plages, il y a tellement de coins insoupçonnés, méconnus autour de nous.

Lorsque l’on s’intéresse à ce domaine, on s’aperçoit que tous les secteurs économiques peuvent trouver une nouvelle dynamique si nous avançons dans notre découverte du monde marin. On sait déjà qu’il y a des ressources possibles en matière de santé, de nutrition, de métaux, d’énergie, mais aussi de nouveaux matériaux.

Vous n’hésitez pas à dire que le potentiel de la mer est essentiel pour le futur et la puissance de la France ?

G.C : Oui, nous sommes convaincus que ce potentiel n’a jamais été mis en valeur et qu’il est temps que cela change car cela va participer à la transformation de notre monde. « L’archipel France » doit se réveiller, nous devons faire notre révolution maritime afin de faire de la France la première puissance économique mondiale dans ce domaine, et cela est possible. Il ne s’agit pas bien évidemment de se lancer dans une exploitation du type que l’on connaît à la surface de la terre. L’exploration doit être conçue dès le départ à partir de concepts écologiques.

Et il y a fort à faire, car nous ne connaissons que 2 à 5% maximum de l’univers de la biologie marine, or nous venons de la mer. Nous sommes des « poissons desséchés » comme le dit l’auteur de l’ouvrage « Osons la Mer », action à laquelle nous participons sensiblement et dont nous étions à l’initiative avec Christian Buchet. Je suis ébahi que l’on ne se passionne pas totalement pour ce qui se passe à moins de 10 kilomètres en dessous de nos pieds.

Vous avez évoqué l’énergie ?

G.C : Oui, nous rentrons dans une belle crise énergétique, or avec une exploitation raisonnée, il est possible de découvrir toutes sortes de nouvelles sources, des gaz rares, et apprendre de ces organismes qui supportent l’obscurité, la pression, le froid, le manque d’oxygène de façon inimaginable, et encore méconnue. Les fonds marins représentent 70% de la planète bleue. Il est temps de mieux comprendre ce qui se passe autour de nous plutôt que d’aller dans l’espace. De véritables trésors biologiques nous entourent.

Quelles sont vos actions concrètes sur le sujet ?

G.C : Nous participons à la mobilisation autour de l’ouvrage « Osons la Mer », et à la campagne de sensibilisation qui a été lancée. Steinberg Protocol soutient cette campagne de façon concrète, car il faut absolument que la puissance politique se réveille. Nous voyons bien que le monde n’est pas prédictible, nous devons compter sur nos propres forces, et la mer est un atout pour notre pays. La campagne est lancée auprès des politiques, mais les citoyens également se doivent de rebondir sur ces actions.

Nous sommes à un croisement, et nous avons plus que de l’or en main. Au-delà de cet engagement, nous agissons déjà à travers Steinberg avec le projet Aqualines, un projet de nouveaux transports maritimes ultra rapides et respectueux de l’environnement qui propose une solution alternative aux ferries actuels et à l’aviation de courts trajets. Nous avons soutenu également Waves of Change, un événement qui a lieu à Biarritz tous les ans en juin.

Votre retour en France se focalise donc sur ce thème ?

G.C : Cela fait 18 mois environ que je suis rentré en France, après 28 ans à l’étranger, et il faut tout réapprendre, se familiariser à nouveau avec la France et les Français pour saisir cette formidable chance que nous avons. Je me projette à long terme, pour mon fils, pour mes petits-enfants. Même si ce que je vais dire n’est pas politiquement correct, le problème des démocraties est que notre système est construit sur des échéances assez courtes d’élections. Cela pose problème pour des prises de décision dont on ne verra les bienfaits que quinze à vingt ans plus tard. Hélas, les pays moins démocrates agissent eux sur des cycles bien plus longs, avec des budgets et ressources alloués différemment.

Un message à adresser aux dirigeants et entrepreneurs ?

G.C : Notre dernière chance est la mer, même si nous la polluons déjà. Notre planète a environ 4 milliards d’années, et nous ne l’habitons que depuis environ 10 000 ans. L’évolution des 150 dernières années a été fulgurante et dense, mais aujourd’hui, elle s’accélère encore bien plus, de nouveaux cycles émergent. Mais nous sommes comme un tanker, une fois le moteur arrêté, il lui faut encore une dizaine de kilomètres avant de s’arrêter, afin de reprendre une toute nouvelle direction.

Propos recueillis par Anne Florin

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