Sept entrepreneurs qui ont tout plaqué pour changer de vie

Les régions en sont les grandes bénéficiaires. Enquête sur celles et ceux qui créent et s’installent dans les territoires.

Parmi les nombreux Français qui souhaitent changer de vie, il y a ceux qui pensent à leur vie privée, ceux qui préparent un déménagement et ceux qui envisagent un changement de vie professionnelle, qui passe très souvent par une création ou une reprise d’entreprise. Parmi ceux-ci, on retrouve Monsieur et Madame tout le monde qui le font en toute discrétion, ne surprenant que leurs proches, et ceux qui vont vers la lumière et parviennent à la notoriété. En voici sept exemples, tous représentatifs de la France entrepreneuriale d’aujourd’hui.

Wemaintain : l’ascension d’une juriste

Jade Francine est encore très jeune, mais n’a pas attendu pour être très active. Des études de droit rondement menées, puis un poste de juriste à Shanghaï où elle accompagne les entrepreneurs étrangers qui viennent visiter les start-ups chinoises. Shangaï est une très grande ville, mais la communauté française a vite fait de se mettre en relation. C’est qu’elle rencontre Benoît Dupont, qui travaille chez Otis. Parlant tous deux le mandarin, ils ont une connaissance approfondie de ce marché chinois. Benoît connait bien son métier, et voit les manques inhérents au marché en matière de maintenance d’ascenseurs, quant à elle, à force d’accompagner des personnes qui sont toutes porteurs de projets ou à la tête de leur entreprise, l’envie de créer à partir d’une idée bien à elle la taraude. Elle connaît les circuits de financement et leur idée prend peu à peu corps. Un troisième associé se joint au projet, Tristan Foureur pour aller de l’avant.

La startup « WeMaintain » voit le jour à Paris grâce aux économies des fondateurs (pas de droit au chômage en Chine). C’était il y a quatre ans, elle parvient à lever rapidement des fonds pour financer son lancement. Le concept ? Mettre directement en relation des syndics, des responsables d’immeubles avec des professionnels de maintenance, sans être prisonnier d’un contrat. Car seules quelques grandes entreprises tiennent le marché. Une vraie opportunité à la fois pour les clients, mais aussi pour les techniciens qui sont indépendants. Un progrès technologique aussi avec des solutions de maintenance connectée. Aujourd’hui, l’entreprise emploie plus de 60 personnes principalement à Paris et Londres. Après avoir levé 1,8 million d’euros en 2017 et 7 millions en 2018, WeMaintain vient de lever 30 millions d’euros en juin et de s’installer à Singapour. L’Asie est en ligne de mire, un marché absolument énorme.

Des ressources humaines… au Yoga

De nombreux enfants veulent devenir astronautes, prix Nobel ou sportifs célèbres. Sarah Colmant a, quant à elle, choisi de suivre un cursus classique. Après ses études de droit, elle commence en 2013 à travailler dans un cabinet de recrutement spécialisé dans le digital. Un travail de chasseuse de têtes qui lui va comme un gant. Compétente, elle gagne bien sa vie, démontrant son savoir-faire dans un métier qui est loin d’être facile. Les deux fondateurs du cabinet décident d’ailleurs de lui montrer leur satisfaction en lui proposant de devenir associée. Survient un événement totalement inattendu, les attentats de 2015 qui sont un choc pour la jeune femme. A tel point que les cours de yoga qu’elle suit ne suffisent plus à lui donner la sérénité nécessaire, elle décide de faire une retraite l’année suivante, sans contact extérieur.

C’est au cours de cette mise en retrait qu’il lui est apparu que sa voie était ailleurs. Ni une ni deux, à son retour, Sarah Colmant refuse la proposition d’association et annonce son départ pour une formation au yoga, afin de devenir enseignante dans cette discipline. Financièrement, elle sait qu’elle peut compter sur l’aide familiale, mais quelques économies, la rupture conventionnelle qu’elle signe avec son entreprise ainsi que les allocations chômage lui permettent de mener à bien son projet.

Après sa formation d’enseignante de yoga, qui inclut également la méditation et l’hypnose, elle commence à donner des cours. Cette nouvelle activité donne du sens à son existence, car elle se sent enfin « utile ». Depuis, elle a également pris l’initiative de co-créer une application pour parents et professeurs « lili.coo/ fr » ayant pour but d’aider les enfants à mieux gérer leurs émotions.

La géopolitique appliquée à l’entreprise

On se lance parfois dans des études sans vraie vocation pour le futur. Nathalie Belhoste sait qu’elle a envie de bouger et de découvrir le monde. Elle fait le cursus de l’EM Lyon, et décide de faire son master à Dehli, un choc à la fois psychologique face à la misère et une découverte culturelle. Diplômée, elle trouve un emploi dans le service marketing d’une grande marque, Bourjois, un univers qui a tout pour séduire la jeune femme. Mais non, sa vie ne la satisfait pas. Elle décide de suivre un autre cursus qui emprunte la voie de Sciences-Po Paris, et la fait revenir en Inde afin de finaliser sa thèse dont le sujet est centré sur les relations franco-indiennes via le prisme des entreprises expatriées.

Il a fallu une grande persévérance pour que Nathalie Belhoste parvienne enfin à ses fins : devenir enseignante, mais pas seulement. Après un premier poste à Reims, elle part enseigner à la Grenoble École de Management où elle devient un professeur de renom grâce à son approche originale. Elle est devenue une référence en matière de géopolitique, non pas entre États, mais entre entreprises. La diplomatie ne se résume pas pour elle aux ambassades, bien au contraire. Elle met en avant le rôle essentiel, parfois stratégique, d’entreprises dont les cadres ne sont pas formés à cet aspect. La docteur en sciences politiques et enseignante chercheur à la GEM a fait le buzz lors du dernier Festival Géopolitique organisé à Grenoble au cours duquel elle a mis en exergue l’influence, positive ou négative, des multinationales sur leurs territoires d’implantation.

Des grands groupes… aux petits bidons

Statistiquement, il apparaît que les envies, et les concrétisations de changements de vie se font fréquemment entre 35 et 40 ans. Parfois, cela va plus vite, comme pour Cyril Neves. Rien ne dépasse dans le curriculum vitae de ce jeune homme qui sort diplômé d’Audencia Nantes École de Management, et démarre comme nombre de ses copains étudiants dans un grand groupe. Quelques mois chez Danone produits frais, puis quatre années chez L’Oréal dans les produits de beauté pour homme, avant un retour chez Danone en tant que senior manager. La voie professionnelle est ainsi tracée, sauf que… cela ne lui va pas.

Sa fibre écolo le titille, et même plus que cela. Il fait un choix qui n’est pas toujours si facile à assumer, celui de lâcher le solide pour aller vers ce qui n’existe pas encore. Et ce, dans un univers très compétitif. A la maison, c’est souvent lui qui fait la lessive, et il n’aime pas vraiment utiliser des produits dont il ne connaît pas exactement la composition. Il se renseigne, s’intéresse, expérimente des produits maison, jusqu’à décider de mettre en place un véritable concept produit. Recherche R&D, tests nombreux, un premier financement participatif permet de passer à une première production plus ou moins artisanale. Et le projet se concrétise au jour le jour, pas à pas autour d’une équipe soudée. Aujourd’hui, son entreprise, Les Petits Bidons, vient de dépasser son premier million de chiffre d’affaires. Reconversion réussie avec le succès en ligne de mire.

La belle histoire de Michel et Augustin

Ils sont amis d’enfance. Michel de Rovira et Augustin Paluel-Marmont ont partagé leur adolescence sur les bancs du même collège avant de partit au Burkina Faso, en Équateur, en Colombie pour des missions humanitaires ; un choix qui leur tenait à cœur. Mais il faut aussi gagner sa vie. Michel devient un très sérieux analyste financier au Crédit Lyonnais à New- York ; Augustin, quant à lui, a du mal à trouver sa voie. Il enchaîne différents boulots au fil des années sans véritablement se fixer, du Club Med à la tech. Et puis, il en a assez, il veut du concret et décide de façon assez surprenante de se lancer… dans une formation de boulangerie-pâtisserie. Qui le mène en droite ligne chez Air France.

Inutile de chercher la logique dans ce parcours quelque peu chaotique, mais qui prouve aux futurs entrepreneurs que la voie vers la création d’entreprise n’est pas toujours un chemin tranquille et rectiligne. Après quelques voyages qui le mèneront un peu partout avec son épouse, la boulangerie finit par revenir au premier plan. Six ans pour finalement fêter les retrouvailles entre Michel et Augustin, et l’occasion d’écrire en duo un « Guide des meilleures boulangeries de Paris » qui rencontre un vrai succès. Michel et Augustin font connaissance avec la marque Ben & Jerry, ce qui leur donne une idée…

La marque des « Trublions du Goût » est en gestation, les bons produits de la marque vont voir le jour dans la cuisine d’un logement de Montmartre. Nous sommes en 2005, aujourd’hui, leurs produits sont présents dans plus de 8 000 magasins et ils réalisent plus de 50 millions d’euros. Danone avait pris une participation de 40% dans l’entreprise et est aujourd’hui propriétaire de la marque depuis 2019, les deux entrepreneurs ont quitté les manettes opérationnelles après avoir fait preuve d’une créativité hors normes.

Du sport de haut niveau… à la pâtisserie

On le sait, le sport mène à tout. La preuve avec Johanna Le Pape. Elle a parcouru les terrains de basket pendant des années, puis arpenté les rings, devenant une pro de la boxe française. On dit que les Bretons ont la tête dure, les Bretonnes aussi semble-t-il. Johanna a été pendant dix ans meneuse dans une équipe de basket à Lorient, et a également fait partie de l’équipe de boxe française en équipe en montant trois fois sur le podium. Mais vient un jour où il faut se reconvertir, chose qui n’est pas toujours aisée. Johanna choisit d’abord de voir du pays. Elle part au bout du monde en Australie, et travaille dans une boutique de pâtisserie.

Ce voyage lointain a éveillé en elle une nouvelle vocation, elle revient en France pour y passer son CAP, puis la formation Alain Ducasse. Comme pour ses entraînements, il ne s’agit pas d’une démarche qui se fait à la légère, d’autant qu’elle ne connaît pas le milieu. Elle travaille beaucoup jusqu’à entrer dans des lieux prestigieux qui lui permettent de monter en compétences et d’engranger un grand savoir-faire, jusqu’à remporter en 2014 la Coupe du monde des Arts sucrés, et participer à l’émission « Le Meilleur Pâtissier ». Cette mince jeune femme a depuis lors construit son image dans une pâtisserie qui a trouvé son public auprès des clients qui aiment se faire plaisir tout en maitrisant l’index glycémique.

Cette option santé est complétée par une volonté clairement exprimée de jouer avec des ingrédients locaux de saison dans un processus zéro déchet. L’avenir lui appartient.

L’appel de la création après 50 ans

On peut aussi créer son activité après 50 ans. Fabienne travaille dans la logistique, et passe beaucoup de temps sur les écrans, dans les papiers, tout comme son mari d’ailleurs. Elle voudrait faire quelque chose de ses mains, mais il faut aussi gagner sa vie. Son mari est dans le même état d’esprit, ils habitent la Drôme à Grane. Une famille comme les autres avec deux enfants. C’est décidé, ils cherchent à créer leur propre activité ensemble. Mais que faire ? C’est une vieille photo qui va décider du tournant de leur vie. L’ancien hôtel restaurant de la mère de Fabienne sur laquelle tous les serveurs Les voici partis sur ce projet un peu fou de créer des nœuds-papillons, eux qui ne savent même pas coudre.

Peu importe, ils prennent des cours, créent des modèles, s’entraînent, sélectionnent des tissus français, élaborent les fiches produits et lancent leur site de e-commerce. L’aide de la famille a été précieuse pour gérer l’aspect internet et la création d’effetnoeudpap.com. 300 modèles ont été développés, le sur-mesure est proposé, des commandes qui arrivent de toute la France et des pays francophones. L’âge de la retraite officielle arrive, mais le couple n’envisage pas le moins du monde de cesser son activité, bien au contraire !

A.F.

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