Tanguy Robert, cofondateur et CEO de la startup SAMI

Créée en 2019, Sami est une plateforme climat spécialisée dans la mesure et réduction de leur empreinte carbone. Sami accompagne déjà plus de 200 entreprises dans leur transition durable. Rencontre avec le cofondateur et CEO de la startup, Tanguy Robert.

Pour la jeune pousse, le changement climatique, c’est l’affaire de tous et certainement le plus grand défi de nos entreprises.

Une étude du New Climate Institute vient de passer en revue les engagements de neutralité carbone de 25 grandes sociétés internationales. Les conclusions du rapport sont sans appel : leurs engagements ne permettent de réduire que de 40 % leurs émissions au lieu de 100 %.

Sami a pour objectif de sensibiliser et d’accompagner tout d’abord les PME/TPE, ces moyennes structures qui représentent en fait 96% des entreprises et plus de 50 % d’employés en France.

Quelles solutions les entreprises peuvent-elles mettre en place pour atteindre la neutralité carbone ?

Il faut d’abord définir précisément ce qu’on entend par neutralité carbone. En réalité, il n’y a qu’une seule échelle de neutralité carbone qui soit rigoureusement définie par la science : la neutralité carbone planétaire, c’est-à-dire l’équilibre entre les émissions humaines et la séquestration carbone.

A l’échelle de l’entreprise, la neutralité carbone n’est pas définie. Or des entreprises ont annoncé leur neutralité carbone simplement en finançant des crédits carbone à hauteur de leur bilan carbone, voire même dans certains cas à hauteur des scopes 1 et 2 uniquement, qui ne représentent qu’une minorité du bilan carbone.

Cela pose problème, car derrière l’annonce “neutre en carbone” se cachent des réalités très différentes et le consommateur est incapable de s’y retrouver.

La multiplication de ces annonces a conduit à une remise en cause logique du concept de neutralité carbone à l’échelle de l’entreprise. En France, l’ADEME a d’ailleurs récemment pris position : une entreprise ou un produit ne peut pas être “neutre en carbone” ou “zéro carbone”.

Un décret d’application de la dernière loi climat qui définit les règles d’utilisation des termes “neutre en carbone” dans les publicités est en attente de parution.

Quels objectifs doit se fixer une entreprise pour faire sa part dans la lutte contre le changement climatique ?

Des cadres méthodologiques émergent pour définir le chemin à suivre pour une entreprise dans sa contribution à la neutralité carbone planétaire. Le récent référentiel Net Zero Initiative porté par le cabinet Carbone 4 fondé par Jean-Marc Jancovici, est selon nous le plus pertinent. C’est celui que nous appliquons chez Sami.

Il définit plusieurs niveaux d’actions pour une entreprise :

  • D’abord, mesurer son bilan carbone, qui comptent les émissions directes et indirectes (scopes 1, 2 et 3)
  • Réduire ses émissions
  • Réduire les émissions d’autres acteurs soit via les produits ou services qu’elle offre – par exemple la vente de travaux de rénovation énergétique – soit via le financement de projets carbone de réduction comme le déploiement d’énergies renouvelables
  • Séquestrer du carbone, en général via le financement de projets carbone de séquestration naturelle voire industrielle.

Une fois qu’on a défini les différents leviers d’action, se pose la question des objectifs chiffrés. Évidemment, le mieux est de réduire ses émissions “au maximum”, mais quel est ce maximum ? Combien une entreprise doit-elle financer de projets carbone pour être “dans les clous” ?

Là aussi, des méthodologies existent mais sont encore imparfaites – notamment les Science Based Targets pointés du doigt par l’étude.

Chez Sami nous nous efforçons de construire des grilles d’objectifs adaptés à la taille d’entreprise – une PME n’a pas la même marge de manœuvre qu’une grande entreprise – et au secteur d’activité.

Comment ne pas être accusé de greenwashing ?

Le greenwashing, c’est quand on communique sur son impact environnemental de façon disproportionnée par rapport à la réalité, trompant ainsi le consommateur. La communication sur ses engagements n’est donc pas interdite, mais il faut le faire de manière humble, à la bonne échelle.

Par exemple, si pour l’instant vous ne faites pas grand-chose mais que vous mettez en place un plan climat ambitieux, dites le exactement de cette façon !

Si vous lancez un produit fortement éco-conçu sur tout son cycle de vie, la tentation est grande d’un point de vue marketing d’y accoler un “zéro carbone”, “zéro émissions”, mais ce ne sera jamais la réalité physique. Dites précisément en quoi votre produit est éco-conçu, avec des chiffres réels.

Aussi, il est très important que la stratégie climat d’entreprise soit vérifiable en étant le plus transparent possible par rapport à son bilan carbone complet et son plan d’action. Pas via des systèmes de notation RSE ou climat opaque, qui répondent souvent à une logique dépassée d’une RSE de formalisation. Mais via la divulgation open-source de toutes les données afférentes à son action climat : bilan carbone scopes 1, 2, 3 et trajectoire, plan d’action de réduction d’émissions, financement de crédits carbone, etc.

Ce que nous faisons chez Sami avec la publication optionnelle d’une page publique qui détaille la stratégie climat de l’entreprise cliente.

Aujourd’hui, comprendre la stratégie climat d’une grande entreprise demande encore trop de travail d’archéologue. Il faut fouiller dans des rapports RSE interminables qui mélangent de la communication interne, externe et de véritables données chiffrées.

Quelle est la législation en vigueur pour les entreprises en matière de politique climatique ?

Aujourd’hui, les entreprises de plus de 500 salariés doivent réaliser un Bilan de gaz à effet de serre tous les 4 ans limité aux scopes 1 et 2 (émissions directes et liées à

l’énergie). C’est une obligation très légère, qui va être modifiée par décret dans les prochains mois pour élargir le périmètre au scope 3.

Il semble évident que le seuil de 500 salariés va baisser et la périodicité devenir annuelle dans les prochaines années. Notamment avec l’émergence de solutions comme Sami qui rendent plus accessible la mesure du bilan carbone, à la fois en termes de coût et de temps passé. La Convention citoyenne pour le climat proposait d’ailleurs d’imposer un bilan carbone annuel à toutes les entreprises, ce qui n’a pas été retenu.

Au niveau européen, la CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) va également introduire l’obligation de réaliser un bilan carbone pour toutes les entreprises de plus de 250 salariés à partir de 2024.

Enfin, un autre type de réglementation environnementale, consacrée par la récente loi climat, va imposer aux entreprises françaises l’affichage de l’impact environnemental de leurs produits dès 2023 pour certains secteurs. Les secteurs prioritaires identifiés : textile d’habillement, agro-alimentaire, ameublement, hôtellerie et électronique. A terme dans les prochaines années, une réglementation européenne en cours d’élaboration prendra le relais : la PEF (Product Environmental Footprint).

Les PME doivent-elles aussi être concernées par ces obligations selon vous ?

Oui, mais il faudra les aider. D’après notre étude réalisée via Yougov auprès de plus de 350 dirigeants d’entreprise, 48% des PME considèrent qu’il est difficile de réduire leurs émissions.

Chez Sami, la majorité de nos clients sont des PME. Les dirigeants ne s’engagent pas car on les oblige, mais par devoir citoyen, suite à une demande dans un appel d’offre ou via la pression des investisseurs et salariés. Pour atteindre nos objectifs climatiques, il faut que tout le monde y mette du sien. Et pour toucher toutes les PME, la législation sera nécessaire.

Mais attention, imposer des politiques climatiques ne pourra pas se faire sans donner les moyens aux entreprises de réduire leurs émissions. Aujourd’hui, réduire ses émissions coûte beaucoup trop cher à de nombreuses entreprises. La taxe carbone ainsi qu’une fiscalité incitative doivent renverser cette tendance.

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