Yubo est une plateforme sociale née en France, qui connait une notoriété grandissante auprès des 13 – 25 ans. La plateforme vient d’annoncer une levée de fonds de 11,2 millions d’euros menée par Iris Capital et Idinvest Partners, aux côtés d’Alven, investisseur historique, Sweet Capital et Village Global. Rencontre avec Sacha Lazimi, CEO et co-fondateur de Yubo, qui nous explique les raisons du succès et les objectifs de développement de Yubo.

Vous êtes le CEO et co-fondateur de Yubo, première plateforme sociale française. Comment expliquer le succès de votre application ?

Sacha Lazimi : Avec Jérémie Aouate et Arthur Patora, nous avons lancé Yubo en 2015 avec un objectif partagé et, finalement, très simple. Nous voulons permettre aux 13 – 25 ans de sociabiliser dans l’espace digital de la même façon qu’ils pourraient nouer des amitiés dans la vie réelle. Nos membres peuvent se faire des groupes d’amis près de chez eux, comme au bout du monde. Le principe de l’application est extrêmement intuitif, ce qui fait son charme et son intérêt pour les plus jeunes.

Après cinq ans d’existence, nous avons atteint 25 millions d’utilisateurs, et nous avons la chance d’en accueillir des dizaines de milliers de nouveaux chaque jour. Pour vous donner une idée plus précise, depuis notre lancement sur le marché en 2015, nos utilisateurs se sont fait plus de 2 milliards d’amis, ont échangé 10 milliards de messages écrits et réalisé près de 30 millions de live stream.

Vous venez d’annoncer une levée de fonds de 11,2 millions d’euros auprès de plusieurs fonds d’investissement. C’est évidemment une très bonne nouvelle pour vous. Quels sont désormais vos objectifs de développement ?

Autant qu’une bonne nouvelle, c’est aussi une très belle marque de confiance de la part des investisseurs qui demeurent, pour nous, de précieux partenaires et des acteurs essentiels de notre développement. Aujourd’hui, nous sommes en train de consolider un modèle économique viable à travers une offre premium de plus en plus utilisée par nos utilisateurs et qui offre des fonctionnalités exclusives. En 2019, notre chiffre d’affaires sera de près de 10 millions de dollars. Nous espérons doubler notre chiffre d’affaires dès l’année prochaine.

Nous sommes déjà très bien implantés dans les pays anglophones, notamment les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie. Nous rencontrons aussi un beau succès dans les pays scandinaves. Cette levée de fonds devrait surtout nous permettre de nous renforcer là où nous sommes déjà bien implantés, tout en poursuivant notre expansion dans certaines zones géographiques particulièrement stratégiques, comme le Japon ou le Brésil.

Vous souhaitez passer du modèle classique du social media à la social discovery. Pouvez-vous nous expliquer la différence ?

Nous ciblons majoritairement la Génération Z, celle née après les années 2000. C’est une génération ultra connectée, parfaitement acculturée aux réseaux sociaux, mais qui, paradoxalement, souffre de solitude et connaît des difficultés à rencontrer des gens qui lui ressemblent. Nous avons voulu nous différencier des réseaux sociaux actuels. Nous pouvons même dire qu’à notre échelle, nous avons un peu réinventé la façon de sociabiliser en ligne. La social discovery, c’est d’abord préférer les gens aux contenus.

Nous sommes absolument tournés vers le partage et l’échange entre nos utilisateurs, à l’inverse des réseaux sociaux traditionnels centrés sur la performance avec les likes ou les vues. Nos espaces de discussion sont en temps réel, exactement comme des petits groupes dans la vraie vie. Et surtout, nous ne voulons plus que nos utilisateurs fondent leurs relations sociales sur des modèles de performances artificiels, comme les likes, les follow ou les filtres, qui dans certains cas, peuvent entretenir un sentiment d’isolement et de solitude, voire de mal-être.

Comme toutes les applications, vous faites face à des enjeux de sécurité importants, d’autant que vos utilisateurs sont assez jeunes. Quels dispositifs avez-vous mis en œuvre pour protéger vos membres ?

Notre priorité est de permettre à nos utilisateurs d’échanger sur une plateforme sûre pour tous. Nous avons investi massivement pour développer des outils de modération destinés à faire de notre espace un lieu d’échange bienveillant. Pour cela, nous allions des moyens techniques d’intelligence artificielle et des équipes humaines, et mis en place des règles très strictes.

Nous avons ainsi développé un algorithme nous permettant de savoir si quelqu’un est, par exemple, torse nu ou en sous-vêtement, via une analyse en direct des diffusions. Désormais, dès qu’un utilisateur apparaît dénudé, il reçoit un avertissement. Si rien n’est fait dans la minute, il est immédiatement exclu du flux. Si un utilisateur répète à plusieurs reprises ces comportements, il pourra être temporairement ou définitivement exclu.

Nous avons aussi noué un partenariat solide avec l’application Yoti qui est, aujourd’hui, à la pointe des avancées technologiques dans le domaine de la sécurité online. Ce partenariat nous permet de vérifier les photos de profil et de déterminer très précisément l’âge de nos internautes. Si une photo ne semble pas correspondre à l’âge déclaré, la pièce d’identité de l’utilisateur est exigée. Notre but est d’éviter, à tout prix, que des utilisateurs de moins de 13 ans n’utilisent nos services.

Évidemment, nous ne négligeons pas l’importance des équipes de modération, et nous avons ainsi prévu de multiplier par cinq le nombre de nos modérateurs, présents partout dans le monde. Et surtout, nous aspirons à nous entourer des meilleurs experts du domaine afin de nous nourrir de leur expérience et de leurs conseils. Nous avons ainsi créé un safety board, composé par exemple d’un ancien sous-directeur d’Interpol ou de spécialistes de la lutte contre le harcèlement en ligne ou de la protection des mineurs. En bref, nous ne voulons laisser aucune faille de sécurité à des utilisateurs malveillants et protéger notre communauté des comportements inappropriés tout en faisant de notre application un espace de grande liberté.

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