Par Nicolas Goncalves, DG EPSA France

Jadis exprimée comme une volonté idéaliste en déclarations philosophiques bien-pensantes, la RSE est devenue centrale dans la recherche d’optimisation financière des entreprises. Pour autant, dans un contexte économique où les entreprises sont exposées aux risques financiers, celles qui affichent de belles ambitions sur le sujet ne jouissent pas nécessairement d’un soutien de toutes les parties prenantes, à commencer par les investisseurs.

L’entreprise doit alors confronter deux visions pouvant être perçues comme opposables : des résultats à très court terme dans une époque d’incertitude économique et la nécessité de prendre en considération les enjeux sociaux et environnementaux dans son mode de fonctionnement. Ainsi, tout l’enjeu est de comprendre que la RSE équivaut à faire un investissement crucial pour la pérennité de l’entreprise.    

Prendre le tournant des achats responsables 

Commençons par ce qui représente 50% à 70% du chiffre d’affaires d’une entreprise industrielle : Les achats. Ceux-ci deviennent l’acteur par excellence de cette transformation impulsée par la RSE. C’est la raison pour laquelle le besoin de diversifier les ressources d’approvisionnement est devenu le casse-tête principal des entreprises depuis le début de la crise sanitaire.

L’arrêt complet et total des activités des fournisseurs a paralysé certains secteurs, les amenant à réfléchir longuement sur les stratégies à déployer pour éviter que les chocs à venir mettent en péril la sécurisation des ressources. Ainsi, début 2020 nous constations que 16% des entreprises envisageaient de relocaliser leurs achats ; cette ambition est passé rapidement à 25% des entreprises, seulement quelques mois après.

La France et l’Europe sont les destinations privilégiées pour la relocalisation, avec la France en tête. D’ailleurs, le Plan de relance prévoit 1 MM€ en aides à la relocalisation, dont 100 M€ ont déjà été mobilisés et 34 dossiers validés.

Toutes ces raisons poussent les entreprises à repenser leur relation avec les fournisseurs, et c’est donc une opportunité idoine pour mettre en place une politique d’achats responsables. Avec la création d’un cadre spécifique (Charte engageante, Label, clause particulière dans les contrats…) et une liste de règles et de normes à respecter, les entreprises peuvent engager l’accord de fournisseurs et garantir une politique RSE clair et efficace, avec une de ces premières parties-prenantes. Ceci permettra d’utiliser toutes les aides de l’état pour se préparer au futur et éviter les amendes et contrôles qui vont certainement se multiplier dans les années à venir pour les entreprises non-respectueuses de l’environnement.         

Embarquer toute la filière de production et de commercialisation

Ensuite, il faut intégrer les critères RSE aux appels d’offre pour garantir la mise en place d’actions concrètes.  Avec un processus RSE clair depuis le début, les dépenses sont diminuées car elles sont déjà présentes dans le choix initial des fournisseurs. Au lieu d’entamer des pratiques douteuses et essayer de réduire l’impact environnemental par la suite, la clé de la réussite à l’implémentation d’une politique RSE efficace réside dans le fait de prendre en compte ses engagements sur toutes les étapes de la production et de la commercialisation, non pas comme une étape supplémentaire qui viendrait s’ajouter aux coûts existants.

C’est pourquoi le choix d’un fournisseur aligné sur les engagements responsables de la fonction achat représente le pas le plus important au démarrage des actions RSE concrètes. Nous passons donc d’une démarche d’achat à une démarche de relation fournisseur. En tirant la logique un peu plus loin, c’est toute une filière qu’il est alors possible d’impacter positivement.    

Prendre la mesure de son action

Il ne faut pas rester sur les proclamations ou les engagements signés : le suivi et l’évaluation des actions opérationnels sont fondamentaux. Ceci est envisageable à travers les audits RSE et les missions auprès des fournisseurs pour assurer le respect du code de conduite et des accords préétablis. Nous rentrons ici dans une relation de gouvernance durable, des achats qui deviennent responsables. Or, la stratégie à déployer doit lier politique RSE et perspective de croissance. Il ne s’agit pas de créer une étape supplémentaire à la chaîne de production ; parallèlement à la définition des objectifs RSE dans les relations avec les fournisseurs, il est indispensable de rendre cette relation plus dynamique et efficace.

L’implémentation d’un logiciel Supplier Relationship Management (SRM), par exemple, est un moyen de faciliter la gestion des échanges avec les fournisseurs à travers une solution digitale. Les logiciels SRM permettent aussi d’ajouter les critères RSE au reporting, ce qui remet la RSE au centre des sujets à tenir compte par le fournisseur et donne accès à une veille rapide et à distance des actions entreprises par les différents acteurs. Nous le comprenons, les datas deviennent un sujet à coller à la stratégie RSE pour s’assurer d’un impact et d’être dans une posture d’amélioration continue.

Bien assimilée, la politique RSE peut s’avérer un formidable levier de performance et se traduire dans les résultats. C’est en l’intégrant dans toutes les actions : la raison d’être des actionnaires, les engagements des employés, le choix de fournisseurs et les actions concrètes tout au long de la chaîne ; que les entreprises peuvent se transformer et y trouver un vrai levier d’optimisation de la performance.

Nicolas Goncalves, DG EPSA France

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