Roland Moreno, le surdoué autodidacte

Roland Moreno (1945-2012) né en Égypte, d’une mère amoureuse de la France, a choisi le camp de l’innovation. Avec un nombre incroyable et incalculable de créations, de brevets, d’innovations et projets…

« La Recherche, c’est de l’argent transformé en connaissances. L’innovation ce sont des connaissances transformées en Argent. »

L’entrepreneuriat est une jungle dont peut éclore une faune constituée de prototypes et d’espèces tellement rares qu’elles marquent de manière indélébile l’ensemble de l’écosystème et cela pour toujours.

Ces cas sont parfois étudiés, rarement célébrés et très souvent laissés aux oubliettes malgré tout l’apport et tout l’héritage qui a été le leur.

Des « génies », souvent incompris car disposant d’une avance considérable sur la très grande majorité de leurs contemporains.

Ce sont donc des visionnaires. Bien sûr, par pudeur, par politesse, par timidité, par -fausse-modestie ils rejetteront ces qualitatifs. Mais là n’est pas la question, arrêtons-nous plutôt aujourd’hui sur l’un d’entre eux.

Roland Moreno a eu un parcours exceptionnel de celui qui a su échapper aux moules des études, des cadres et des idées préconçues.  Il a par conséquent délaissé les bancs de la faculté, préférant la vie active et passer son temps à démonter des amplis, des radios et des haut-parleurs pour mieux en saisir le fonctionnement, les rouages, les mécanismes et les ressorts.

Avec un esprit aussi artistique qu’anarchiste. Aussi mélomane que passionné. Aussi curieux que créatif. Que certains qualifieront de « punk » et de « libertaires » et d’autres de transgressif…

Roland Moreno est un inventeur (il préférait le terme de « curieux » car il n’inventait en permanence) original, intuitif, un surdoué, très en avance pour son âge à l’école et totalement autodidacte.

Ancien journaliste, Garçon de course et grand passionné par l’électronique et l’informatique.

Ce sont ses lectures compulsives de Science-Fiction qui lui inspireront son premier brevet d’invention déposé : une bague (avec une information mémorisée interne).

Il invente également le Radoteur (Logiciel inventeur de mots nouveaux en créant des associations et des néologismes) ainsi que le Matapof (Machine à tirer à pile ou face).

En 1972, Roland Moreno crée la structure baptisée « Innovatron » d’abord sous une forme associative ayant pour objectif de pouvoir commercialiser ses idées, le succès fera qu’elle deviendra ensuite une SA.

En 1974, il a une idée incroyablement disruptive, inédite et novatrice mais surtout très utile (comparée à ses précédentes inventions qui était plus du « divertissement ») :

La carte à puce de paiement

Dans son élaboration interne une fois le concept et les bases jetées, il se concentre tout d’abord sur la simplicité du circuit électronique contenu dans la puce. Simplicité accompagnée d’une sécurité extrêmement élevée pour assurer le bon fonctionnement des transactions bancaires.

Roland Moreno est le premier à déposer un brevet (2 Allemands avaient déjà eu la même idée mais sans jamais déposer de brevet) et à y avoir ajouter dès 1975 d’innombrables suppléments qui sont devenus incontournables pour élever son invention à des niveaux d’excellence jamais atteint à savoir le contrôle par le lecteur de cartes du code confidentiel contenu dans la puce.

Les erreurs détectées par le « système » provoquant l’autodestruction de la puce et/ou la protection renforcée des données dites confidentielles.

Il fallait dans un premier temps protéger cette innovation par une série de brevets à la fois imprenables et inviolables (c’est chose faites avec pas moins de 43 brevets déposés entre 1974 et 1975 rien que pour cette invention de la carte à puce de paiement, rappelons qu’il est le premier à le faire). Second défi et non des moindres , il fallait désormais convaincre les industriels d’adopter cette innovation majeure pour pouvoir effectuer des paiements (auprès des commerçants) et des retraits d’argent (depuis les distributeurs automatiques de billets).

Et c’est justement sa propension à savoir dépasser ces différents obstacles qui ont fait l’homme que l’on a connu et la trace indélébile qu’il a laissée.

Partant du microprocesseur (inventé par INTEL en 1971) il améliore le concept (c’était une bague au commencement) pour le perfectionner en renforçant la sécurité comme jamais auparavant.

Le Processeur doté de mémoire interagit directement avec le lecteur, sur lequel on peut composer son code confidentiel. Ensuite la puce effectue un calcul de cryptage. Idem pour le lecteur. Le résultat devant être identique de chaque coté afin que la transaction puisse réellement et concrètement aboutir.

Il a par ailleurs profité de l’apparition des cartes à puce intelligente en 1977 et a réussi à attiser la curiosité des banques dont il fera le siège pendant 10 ans pour les convaincre :

– de produire des cartes ;

–  d’équiper tous les commerçants de lecteurs adéquats et compatibles avec ses solutions de paiements ;- de Développer le Réseau télématique (10 ans avant le Minitel !) ;
– d’installer des Distributeurs automatiques de Billets de façon massive afin de démocratiser ces solutions.

En plus de ce tour de force industriel, Roland Moreno a su résister aux multiples assauts d’industriels peu scrupuleux (IBM, Philips, Siemens, Bull, etc…) qui ont tout fait pour l’écraser et tenter de récupérer son innovation et d’annuler ses brevets à coup de batailles juridiques incessantes.

Finalement, la carte à puce n’est adoptée qu’en 1986 et il faudra attendre 2011 pour que les transactions bancaires par carte dépassent celles des chèques en France.

Inventeur de la carte à puce mémoire sans microprocesseur. Son invention révolutionnaire trouve énormément de débouchées et d’applications notamment :

– comme nous l’avons déjà vu précédemment, la Carte Bancaire à Puce (et tous les systèmes de paiements qui s’y rattachent).
– la Carte Téléphonique (à l’époque des cabines de France Télécom. Les cartes étaient alors commercialisées chez les buralistes notamment. Avec le succès du portable et le déploiement des réseaux mobiles, le système des cabines a été progressivement abandonné par France Télécom qui deviendra Orange).
– la Carte SIM pour les téléphones portables.
– le Pass Navigo (qui est en fait une puce lisible RFID à distance de transmission de données) issu d’un partenariat entre Innovatron et la RATP (Roland Moreno attendra 8 ans avant de convaincre !). Cette technologie sera aussi utilisée pour le Velib’.
– la Carte Vitale (pour la Sécurité Sociale bien sûr)
– le PIAF (Parcmètre individuel à Fentes)

La carte à puce entre dans le domaine public en 1998. Cette innovation aura rapporté au total 150 millions d’euros à Innovatron.

Malgré cette fortune, Innovatron connaitra des revers autant financiers qu’industriels au cours des années 90 et 2000, lorsqu’elle investi dans des projets d’industrialisation, qui ne font clairement pas partie de son cœur de métier et de ses compétences.

En 1999, ce fin mélomane crée Audio net, un système breveté permettant d’écouter et de profiter de la musique dont l’utilisateur a acheté les droits partout ou un tuner Audionet est installé (qui est une chaine hifi reliée à internet permettant d’accéder à un stock de musique présente sur des serveurs grâce à l’identification par une carte à puce Audionet).

En 2001 , Roland Moreno crée le Bachotron , qui est une réorchestration électronique de morceaux classiques.

En 2002, c’est l’invention de Célimène, ou de grands textes de chansons sont plaqués sur des morceaux de musiques célèbres.

En 2002, Roland Moreno revend ses parts à Gemplus (Fabricant français de cartes à puces) mais reste toutefois à la tête d’Innovatron qui continue de percevoir des droits sur les cartes sans contact (comme le Pass’ Navigo). Gemplus se fera racheter par le néerlandais Axalto en 2006 qui le rebaptisera Gemalto qui sera rachetée par Schlumberger qui abandonnera ce domaine et ce secteur d’activité…

Gemplus aura créé plus de 10 000 emplois sous l’impulsion de Roland Moreno et de ses inventions.

En 2003, Il réapparait avec le site web indécidables, qui consiste en une série de questionnaires loufoques et décalés (à l’image de son inventeur) pour découvrir votre ou vos jumeaux.

Avant son décès, Roland Morena travaillait également sur un site de Poker en Ligne et réfléchissez à la conception de nouveaux jeux pour la télévision.

Les médias l’ont surnommé le Bill Gates français et lui prédisant un avenir de milliardaire s’il était installé aux Etats Unis et dans la Silicon Valley. Pas sur que le mode de vie californien, ostentatoire et exubérant aurait pu convenir à Roland Moreno qui était un discret sédentaire et parisien, passionné par ses projets et qui a su « résister » -à sa façon-à certaines facilités et beaucoup de pièges.

Roland Moreno a garni nos portefeuilles de ses cartes et a réussi à garnir le sien même si ce n’était pas la son moteur principal.

Il était très fier d’être entré dans le dictionnaire et dans le quotidien de millions (de milliards !) d’individus à travers la planète qui profitent encore sans -forcément-le savoir de la vision , de la créativité, de l’abnégation et la pugnacité de ce discret et humble bonhomme qui était en fait et qui avait tout d’un grand Homme.

MEJRI Bassem

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