Un choix régalien et décisif qui devra aussi être éclairé. Plusieurs facteurs obligent en effet l’État s’agissant du choix du ou des dirigeants d’EDF. 

Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique a ainsi insisté sur les contraintes inhérentes à ce choix, qui sera tout sauf anodin. 

Dans un contexte de forte tension sur des marchés de l’énergie, qui connaissent de profonds bouleversements, Il a d’abord souligné que la nationalisation/étatisation d’EDF était engagée pour renforcer l’efficacité et l’indépendance énergétique de la France. Car c’est EDF qui a la légitimité et les ressources indispensables pour réaliser le programme de performance et de renouveau du nucléaire, ainsi que la transition énergétique avec le déploiement des énergies renouvelables en France. 

Mais c’est surtout la situation financière très fortement dégradée d’EDF qui explique la décision du gouvernement d’acquisition à 100 % de l’entreprise. Celle-ci est, en effet, endettée à hauteur de 44 Md€ et cet endettement va encore très vite augmenter pour atteindre 65 Md€ hors provisions pour maintenance et risques généraux. La marge opérationnelle d’EDF ne permettra pas de faire face a cette situation et au mur d’investissements requis pour garantir le rétablissement du parc à moyen terme. Cette évolution très défavorable s’expliquerait, selon son Président partant Jean-Bernard Levy, notamment par la mise en place du bouclier tarifaire du gouvernement.

La faute de l’État donc ! 

Cette explication est malheureusement fausse et insuffisante.

En effet la tension actuelle, qui est assurément brutale et insupportable, résulte certes d’une crise aiguë. Toutefois, le désastre opérationnel et industriel persistant d’EDF est dû à des erreurs stratégiques majeures et aux insuffisances accumulées du management de l’entreprise. De plus, les défaillances avérées pour la conduite des projets expliquent aussi cette situation. 

Depuis dix ans, EDF est en péril, à la dérive : arrêt inattendu de plusieurs centrales, maintenance et révision trop tardives de plusieurs réacteurs , projets techniquement non contrôlés (EPR) , stratégie industrielle illisible, difficultés d’adaptation au marché concurrentiel en France et en Europe …

Dans de telles conditions, EDF a progressivement perdu la confiance de l’État et il lui est devenu de plus en plus difficile – comme société cotée – de mobiliser les ressources pour financer les investissements vitaux pour le maintien à niveau et bientôt le renouvellement indispensable de son parc électronucléaire en France. 

Compte tenu de cette évolution très dangereuse, la prise de contrôle à 100 % d’EDF par l’État, son actionnaire majoritaire, et la sortie de la cote – qui va aussi se heurter à la grogne des actionnaires minoritaires dont la valeurs des action a été divisée par 8 – s’est imposée comme la solution : “les mains libres”, faciliter une hypothétique et difficile réforme du groupe préconisée par l’exécutif – sous la pression de la Commission- et lui éviter la faillite.

L’autre question majeure posée concerne l’incontournable choix que le gouvernement devra assumer pour modifier radicalement le dispositif tarifaire actuel qui ne tient pas ou plus, puisque qu’il est fondé (ouverture obligée du marché, financement du renouvelable, etc.) sur un parc (de plus en plus) théorique de 58 réacteurs qui fournissent une base « partageable » et pilotable à prix fixé (bas). Cet objectif, qui doit être impérativement tenu, ne peut échouer. A défaut l’entreprise aura à affronter les consommateurs. 

Au plan industriel, des défauts de corrosion détectés ou suspectés tardivement dans plusieurs de ses réacteurs nucléaires ont obligé EDF à en arrêter cinq durablement. Le résultat en est que sa production promet d’être historiquement basse, entre 300 et 320 TWh contre plus de 360 en 2021, créant le risque redouté de coupures d’électricité, bien réel pour l’hiver prochain.

Il en va de même de la question des déchets qui ne peut plus attendre et doit être résolue pour satisfaire aux attentes légitimes de l’opinion. 

Trouver un patron pour EDF se révèle donc un défi majeur et bien plus crucial qu’il n’y paraît car face à cette situation catastrophique, le gouvernement doit conduire une véritable révolution pour EDF qui n’a su ni prévoir ni anticiper, trop soumise aux exigences et aux aléas des orientations souvent contradictoires de l’État. L’enjeu est de rétablir une certaine autonomie de gestion, le redressement de la production électrique et la capacité pour cette entreprise de se rétablir comme le pivot de la transition et de la diversification énergétique du pays. 

Le futur dirigeant qui va être désigné devra mettre en place une équipe de choc pour corriger les errements actuels et faire cette révolution. Cette nouvelle équipe ne devra donc en aucune manière incarner la continuité tant l’échec des dirigeants actuels est patent. 

Un cabinet de recrutement -Heidrick & Struggles – a reçu pour mission le recrutement de ce dirigeant. Le choix ultime à n’en pas router reviendra à l’État qui cette fois ne peut pas se tromper au regard de la gravité de la situation car il ne s’agit pas de recruter en quelconque mercenaire pour diriger une entreprise automobile ou une compagnie aérienne mais plutôt un ingénieur confirmé, expérimenté pour la conduite de projets, connaisseur tant de l’entreprise que des arcanes de l’État. 

Mais deux visions s’opposent : celle du ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, qui souhaite un changement dans la continuité et celle du secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, dont le mot d’ordre est : tout changer ! 

Par ailleurs, le premier souhaite un dirigeant unique, un Président-Directeur Général et le second, lui, veut une dissociation des fonctions entre un Président du Conseil d’administration et un dirigeant exécutif. 

Pour le moment, le cabinet de recrutement procède à des consultations et rencontre les candidats. Mais, ses recommandations seront-elles utiles ?

En tout cas, les premiers candidats évoqués ne brillent par leurs performances ou une compétence technique incontestable. 

Marianne Laigneau, Présidente du directoire d’Enedis, filiale à 100 % d’EDF, dont la société croule sous les charges et qui va devoir gérer une dette de plus de 5,7 Md€ due au déploiement des compteurs intelligents Linky ; Cédric Lewandowski, directeur du parc nucléaire et thermique d’EDF et ancien directeur de cabinet de l’ancien ministre de l’Europe des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, dont la candidature est juste irréelle au vu de l’état du parc actuel dont il a la charge ; ou encore Philippe Knoche, Président d’Orano, anciennement Areva, en charge de l’EPR finlandais dont le devis a quadruplé et directeur de la stratégie de l’entreprise qui a acquis URAMIN, le plus important échec de l’histoire industrielle française. Enfin, Xavier Piechaczyk, Président de RTE, ancien conseiller énergie du Président François Hollande, auquel il a conseillé de fermer Fessenheim !

Décision fin septembre !

Gérald Marie

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