Par Nicolas Orsoy

Que sont devenues les barquettes aux marrons de notre enfance, les succulentes barquettes de l’immense Gaston Lenôtre ? Un des très grands noms de la pâtisserie française.

Eh bien « je vous le dis tout net » comme disait Georges Brassens : plus rien, c’est fini, la plupart des pâtissiers, qui eux suivent peut-être plus les modes que les traditions, ont délaissé les marrons. Cet ingrédient ne fait plus recette … si j’ose écrire.
Oubliés nos chers petits gâteaux en forme de barque, où sur une pâte sablée venait une crème aux marrons à base de beurre, nappée d’une face de chocolat d’un côté et sur l’autre d’une face de sucre. Avec parfois quelques brisures de marrons dans la fameuse crème au beurre. Une merveille absolue ! Le nec plus ultra. A part la bûche aux marrons des quelques jours d’avant Noël, les amoureux des marrons pourront repasser comme disait ma grand-mère et attendre le Noël prochain. Un scandale de plus dans cette France qui meurt diront certaines mauvaises langues. Oui les grands noms ont oublié les marrons, contrairement d’ailleurs à quelques rares petites enseignes pâtissières de province encore vouées, dévouées, à la tradition française.

Alors il me vint une idée, une idée bizarre comme diraient certaines mauvaises langues gastronomiques, en tout cas peu coutumière ici-bas à Paris : je décide de me rendre dans une pâtisserie située dans une petite rue descendante vers le sud de la place de la Nation et demande alors à parler au maître des lieux. S’approche alors la femme du patron, fort aimablement, et lui présente ma demande en ces termes : « Madame, pensez-vous que je puisse formuler le souhait suivant à votre pâtissier » ? « Dites toujours » me répondit-elle : « eh bien voilà, pourrais-je vous commander une très grosse barquette aux marrons pour les fêtes de fin d’année ? » Elle me répond qu’elle va en parler à son mari. Quelques jours après, je réussis à lui parler au téléphone et obtiens juste une fin de non de non-recevoir….formulée en substance : « Vous savez, il s’agirait d’une création hors de notre gamme habituelle, et on n’a pas vraiment le temps de faire quelque chose de différent de ce que l’on fait d’habitude… ». Pourtant il en faisait des bonnes barquettes aux marrons, son mari, mais seulement en format individuel. Il avait donc le savoir-faire, mais pas l’envie de modifier sa routine. Son droit le plus strict, mais quel dommage !

Bien déçu, je refoule cette idée dans la case des idées oubliées. Et puis 5 ans après je repose la même question à une boulangerie pâtisserie située en haut de la rue de la roquette, au numéro 81, juste pour voir si par hasard, un autre pâtissier serait plus ouvert à la nouveauté. Faire la plus grosse barquette aux marrons jamais vue sur terre !

Et là je tombe sur le patron, un tunisien, hyper sympa, le fils d’un pâtissier parisien, qui est venu s’installer en France il y a bien longtemps. Devinez ce qu’il me répond : « Super idée, on est toujours à la recherche d’idées, nous, alors banco, on y va, vous voulez une barquette aux marrons géante, on vous la fait quand vous voulez ! » Incroyable, mais vrai !

Je n’en croyais pas mes oreilles : un pâtissier humble, ouvert, entreprenant et à l’écoute de sa clientèle. Pas comme certains chefs qui abusent ou qui prennent de haut leurs ouvriers comme leurs clients d’ailleurs (un jour il faudra peut-être aussi un hashtag balance ton chef, pour faire cesser les abus bien connus des cuisines, j’ai même entendu des histoires de patrons de restaurant insultés par leur chef salarié, tellement ils se prennent pour des sommités, mais bon là n’est pas notre propos aujourd’hui). Rendez-vous est pris pour la livraison le 25 décembre 2021. J’arrive vers 12h30 et la je découvre une barquette géante, de près de 5 kilogrammes ! Incroyable, je demande une photo en face de la boutique et je l’obtiens immédiatement. La barquette géante trône, dix marrons glacés viennent garnir son sommet ! Juste le temps de la ramener chez moi, je la dépose délicatement dans le réfrigérateur pour le dessert. Vers 15h, en fin de repas, je l’apporte sur la table, mes invités la contemplent, des applaudissements, photos de famille ! L’aboutissement d’un rêve d’enfant, la barquette aux marrons de mon enfance juste là devant moi. On la tranche enfin, quel n’est pas notre bonheur ! Une joie indescriptible. Le chocolat et la crème aux marrons fondent en bouche. Plénitude.

Mon rêve d’enfant s’est réalisé, un grand merci à Kilani Ounissi, qui a apporté sa touche à la grande et la vraie tradition française. Celle de la créativité, de l’écoute des clients, hors des dogmes et des modes. C’est aussi cela la France.

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