Purification de l’air intérieur : un enjeu sanitaire encore méconnu

Si la crise sanitaire a pu faire prendre conscience de l’importance de l’air que l’on respire, force est de constater le chemin qui reste à parcourir pour améliorer l’hygiène de l’air intérieur. Polluants, allergènes, odeurs : des solutions existent pour améliorer notre santé quotidienne. Faisons le point avec Thierry Launois, CEO de JVD, un des leaders du marché de l’hygiène pour les professionnels.

Entreprendre : Pouvez-vous nous présenter JVD ? Comment êtes-vous arrivé à la question de la purification de l’air ?

Thierry Launois : JVD est une société industrielle dont le siège est à Nantes qui, depuis bientôt 40 ans, conçoit, développe et fabrique dans cette ville des équipements d’hygiène pour les professionnels. Plus particulièrement, une grande partie de notre cœur d’activité concerne l’hygiène des mains, que ce soit le lavage ou le séchage.

Nous avons également un certain nombre de filiales à l’étranger. Il y a 5 ans environ, je me suis rendu compte de l’importance que prenait progressivement en Asie le marché des purificateurs d’air. Bien sûr, il y a des problématiques locales, causées par la pollution et les mauvaises odeurs dans un certain nombre d’agglomérations d’Asie. Mais pas seulement, et je n’avais pas encore conscience de l’importance de cet enjeu.

Il y a 5 ans, nous avons donc mis en œuvre des études de marché, et nous avons inscrit la purification de l’air dans notre plan stratégique pour la croissance du groupe. C’est ainsi que nous nous sommes mis à travailler sur des solutions originales qui ont abouti au lancement, au printemps dernier, de notre premier purificateur d’air : le Shield.

En quoi l’enjeu de l’hygiène de l’air intérieur est-il si important ? Avez-vous des chiffres ?

Le sujet de la qualité de l’air intérieur est aujourd’hui un sujet essentiel sur lequel tant l’OMS que le ministère français de la Santé ou des universités internationales ont déjà alerté l’opinion publique en publiant le nombre de personnes qui décédaient directement ou indirectement de la pollution : environ 48 000 morts par an en France. Il y a également des études qui démontrent le lien entre la qualité de l’air et le risque d’AVC ainsi que d’autres maladies. Il est donc aujourd’hui admis, et communiqué par les organismes de santé publique, qu’une mauvaise qualité de l’air intérieur a un impact négatif très important sur notre santé.

Parallèlement à cela, il y a une augmentation très forte des populations allergiques : en France, le ministère de la Santé indique qu’il y aurait environ 30% des Français qui seraient d’ores et déjà allergiques. L’Union européenne, quant à elle, mise sur une part de 50% de la population européenne d’ici à 2050. Tous ne sont pas allergiques aux allergènes aéroportés, il y a évidemment les allergies alimentaires mais c’est aujourd’hui un phénomène de société qui concerne notamment les jeunes enfants.

Entre le sujet de la pollution et celui des allergies, il y a également l’enjeu des déficiences respiratoires, de type asthmatique ou autre, qui peuvent être entretenues ou suscitées par des moisissures ou des bactéries dans l’air. Donc globalement, c’est un sujet qu’on ne peut plus nier à notre époque. C’est ce qui nous a poussé à développer un produit qui traite tous les polluants et les contaminants de l’air. Enfin, il y a le sujet des odeurs, qui depuis longtemps est traité par des parfums d’ambiance. Or, tous ces parfums sont souvent à base de COV (composés organiques volatils) qui agressent notre santé. Pour toutes ces raisons, le sujet est crucial.

Quels sont les spécificités de votre purificateur d’air Shield par rapport à ses concurrents et quelles technologies avez-vous développées ?

Nous avons développé une technologie originale qui embarque différents procédés de traitement de l’air. La technologie qui nous est propre via deux brevets consiste à bien faire profiter différents procédés pour une performance optimale, tout en évitant les effets indésirables. Cette technologie a des bénéfices de deux ordres : tout d’abord une performance grandement améliorée par rapport à d’autres, et le fait que vous n’avez pas à remplacer de filtre tous les deux ou trois mois comme c’est la règle normalement lorsque l’on utilise un filtre type HEPA.

Notre système se contente d’un renouvellement d’une pièce principale que l’on nomme le cœur, comportant toutes les pièces d’usure y compris le filtre. Ce filtre est auto-régénéré entre-temps par les autres procédés de traitement de l’air embarqués dans le purificateur.

Pouvez-vous spécifier ?

En gros vous remplacez le cœur tous les trois ans, et c’est à cette occasion que le filtre sera remplacé. C’est assez important puisque le fait de ne pas avoir de filtre est une économie évidente pour l’utilisateur : un bon filtre HEPA coute entre 200 et 500 euros à renouveler tous les deux ou trois mois. Et il y a un problème de revalorisation de ces filtres : il n’y a pas de filière de collecte des filtres usagés.

De plus, le problème d’un filtre, c’est que lorsqu’il est saturé il renvoie dans l’air tous les contaminants et micro-organismes collectés sur le support. Or, il y a un vrai risque pour les personnes à qui il incombe de remplacer ces filtres dans le milieu professionnel : ces gens s’exposent à des risques de contamination croisée puisqu’il y a des foyers de micro-organisme qui s’y sont développés au fur et à mesure.

Dans quels environnements ce purificateur d’air peut être utilisé ?

En fait, dans tous les lieux de vie intérieurs. Dans le milieu professionnel d’abord. Le monde de l’entreprise avec ses espaces de vie en commun, comme les salles de réunion ou de détente, les open-spaces, les espaces de coworking. Les lieux qui accueillent du public, dont les établissements de l’hôtellerie et de la restauration, mais aussi les salons de coiffure qui utilisent des laques et des colorants, sont évidemment concernés.

Dans le domaine médical aussi bien sûr : pensons aux professions libérales qui reçoivent des patients parfois contagieux ou qui manipulent des produits chimiques comme les dentistes, ainsi que les laboratoires avec des produits odorants et/ou dangereux. Les salles de sport également, qui souhaiteraient se prémunir des aérosols par exemple. La liste est quasiment infinie, et nous n’avons pas fini de découvrir à la fois des lieux où c’est nécessaire et l’impact positif sur notre santé.

Tous cela est vrai aussi pour les particuliers : lutte contre les odeurs, contre les bactéries, contre les allergènes (acariens, pollens et poils d’animaux). Or, petite aparté, j’ai lu que post-covid, c’est presque 1 français sur 2 qui a désormais un animal de compagnie. Mettez cela en lien avec le chiffre des personnes allergiques qui augmente.

L’adoption des purificateurs d’air est encore relativement faible, que ce soit auprès des particuliers, des entreprises ou des institutions publiques. Comment l’analysez-vous et quels sont d’après vous les freins à lever ?

Je pense que c’est d’abord une question de temps et d’habitude. Je pense que nous allons rentrer dans une période où ce genre de produits va se généraliser car, jusque-là, nous ne nous étions pas rendu compte de l’importance de l’air que l’on respirait à l’intérieur. Or chaque être humain respire 15 000 litres d’air par jour et nous passons en Europe 80% de notre temps à l’intérieur où l’air est 8 fois plus pollué qu’à l’extérieur.

Il se trouve que le COVID nous a rappelé que des virus pouvaient être transmis de manière aéroportée sous la forme d’aérosols, et on sait qu’il y aura potentiellement d’autres virus et d’autres pandémies dans les années à venir. Nous nous sommes rendu compte brutalement que ce que l’on respirait pouvait nous rendre malade et à cette occasion il y a eu beaucoup d’éducation sur l’air intérieur. Mais c’est une expérience que l’on possède déjà lorsque l’on est allergique par exemple.

Aujourd’hui, c’est un sujet dont les médias s’emparent parce qu’il y a eu des déclarations d’hommes politiques comme le président de la région Auvergnes Rhône-Alpes Laurent Wauquiez qui a voulu en équiper les écoles. C’était aussi une solution mise sur la table pour rouvrir le pays mais en réalité c’est un sujet qui était déjà en train de trouver sa place, sauf que l’on en parlait moins. Nous en sommes au début du processus mais je crois que rapidement tous le monde va augmenter son niveau d’exigence sur l’air que nous respirons.

Comment sont équipés nos voisins européens ? Y-a-t-il une différence de culture ?

Je n’ai pas le chiffre du taux d’équipement pays par pays mais j’ai vu passer des études de marché qui montraient que le développement en Europe était assez soutenu, et encore plus soutenu en Amérique du Nord. Je pense, assez logiquement, que plus vous êtes dans un pays où la population a pour habitude de vivre à l’extérieur, grossièrement les pays méditerranéens, moins le sujet sera une source de préoccupations. Au contraire, plus vous vivez à l’intérieur à cause des conditions climatiques, plus vous prenez les choses au sérieux.

Vous avez récemment signé un partenariat avec la société Silvera, spécialisé dans l’aménagement d’espace. Quel est pour JVD l’enjeu de ce partenariat ?

Ce partenariat représente beaucoup pour nous et cela pour deux raisons. La première, c’est que Silvera est spécialisée dans l’activité d’aménagement de bureaux or aujourd’hui nous sommes tous concernés sur la façon de vivre au bureau, d’une part parce que l’on travaille sur des modes collaboratifs et d’autre part car on découvre que l’air que l’on respire est important dans ces lieux. Qu’une entreprise spécialisée comme Silvera, qui a parfaitement compris comment on doit vivre au bureau notamment dans des environnements assez sophistiqués, s’intéresse à l’air que l’on respire et veuille apporter une solution aux professionnels, cela représente beaucoup.

La seconde raison, c’est que Silvera dispose de magnifiques showrooms de mobiliers également à destination des particuliers, dans des villes comme Paris, Londres ou Lyon, où vous pourrez trouver le purificateur d’air Shield.

Comment voyez-vous JVD dans 5 ans ?

Je vois JVD leader sur le marché de la conception et fabrication d’équipements d’hygiène dans le visible (hygiène des mains) et l’invisible (qualité de l’air). On vit un projet très exaltant, puisqu’on amène aux professionnels et aux particuliers des solutions qui, je crois, vont faire partie intégrante de notre quotidien, avec une technologie innovante et la promesse d’un produit éco-responsable, le tout dans un design unique confié à au designer réputé Ramy Fischler.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Tapez votre commentaire
Entrez votre nom ici

12 + 1 =