L’Amérique, celle des États-Unis, est-elle optimiste ou pessimiste ? Sa production abondante de dystopies s’avère supérieure à celle des utopies : est-ce le signe de la décadence de cet État, voire de l’Occident, ou, tout simplement un business qui marche ?

Il suffit de regarder le dernier film américain imaginant l’avenir pour noter que celui-ci est envisagé plus négativement que positivement. Il s’agit de The Tomorrow War (La Guerre de Demain) qui imagine que notre planète sera bientôt envahie par des extra-terrestres aux allures de dinosaures carnivores munis de bras et venant sur terre pour nous manger. Bref, un film plus tragique que comique, voire plus pré-historique qu’historico-anticipateur. Dans ce genre dystopique, le film 2012, sorti en 2009, s’inspire d’une prophétie faite par les Mayas – un peuple puissant, d’une autre Amérique et d’une autre époque – qui annonçait l’avènement de cataclysmes. Suite à une éruption solaire bombardant la terre de neutrinos1, le noyau terrestre se met à produire une chaleur d’une manière excessive et jamais connue, chauffement qui entraîne des déplacements de la croûte terrestre et une série de catastrophes (tsunamis, tremblements de terre, écoulements de lave, etc.) qui semblent entraîner la disparition de l’humanité. Devant cette apparente disparition, les hommes politiques d’un État Puissant (les USA…) tentent de sauver le plus grand nombre possible d’êtres humains en les embarquant sur des vaisseaux post-modernes qui rappellent la fonction de l’Arche de Noé.

Or, d’après la Bible, l’Arche de Noé est ce navire construit sur l’ordre de Dieu afin de sauver Noé, sa famille (sa femme, ses trois fils et leurs épouses) ainsi qu’un couple de toutes les espèces animales afin de leur épargner le Déluge qui pointe son nez. Ou : quand le matérialisme cinématographique prend les États-Unis pour un Dieu et puise son inspiration dans les religions (la religion précolombienne et polythéiste des Mayas pour la catastrophe, la religion juive et la religion chrétienne pour l’arche).

Ce film a le mérite d’envisager la fin du monde sur chaque continent, même si le centre du film et la Renaissance de l’humanité se trouve aux États-Unis : il comporte un zest de protestantisme ainsi qu’un retour aux prévisions médiévales de la fin du monde. L’Amérique et ses arches post-modernes (des sous-marins) sauvent le monde, ce qui caractérise le nationalisme du cinéma américain qu’on retrouve dans le film de Steven Spielberg, La Guerre des Mondes (War of the Worlds2, 2005), montrant des machines qui attaquent la planète : il est l’une des quatre adaptations cinématographiques du roman homonyme de H. G. Wells qui raconte l’épisode époustouflant de la vie de Ray Ferrier (Tom Cruise), un père divorcé vivant dans le New Jersey, en banlieue de New York. Un matin, son ex-épouse lui confie la garde de leurs deux enfants pour le week end durant lequel se déroule l’attaque de machines extra-terrestres qui, surgissant du sol, menacent l’espèce humaine et obligent donc le père à (se) sauver (avec) ses enfants. La menace d’apocalypse nourrit cette dystopie hollywoodienne.

Toujours dans le genre dystopique, le film Interstellar (2014) de Christopher Nolan raconte les aventures d’un groupe d’explorateurs qui utilisent, lors d’un voyage interstellaire, une faille récemment découverte dans l’espace-temps – un trou noir appelé « Gargantua »- afin de partir à la conquête de nouveaux lieux pouvant accueillir l’humanité. Il faut dire que les êtres humains ne pourront plus survivre plus d’une génération sur la planète « terre » qui se voit brûlée par le soleil !

Or, si tu me lis, lect-rice/eur, c’est que ces prophéties négatives ont bien moins marché que ces films ! La planète terre est toujours là et l’humanité aussi, et toi itoo ! Dès lors, tentons de comprendre pourquoi le cinéma dystopiste se développe plus que les catastrophes qu’il décrit. Certes, constate d’abord que les américains ne sont pas les seuls à produire des dystopies. L’Europe n’évacue pas ce thème de ses films, à l’instar de Melancholia (2011), ce film de Lars von Trier, sorti à propos d’une énorme planète nommée Melancholia qui doit entrer en collision avec la Terre, ce qui offre une occasion de montrer que les couples et les familles n’ignorent pas que ce sont les météorites émotionnelles qui les font exploser. Cette dystopie est l’occasion d’insister sur les passions humaines plus que sur ses actions ! Là gît une différence indéniable de ces deux cinémas : l’américain reste prisonnier de l’extériorité et de l’action alors que l’européen lui préfère l’intériorité et la conscience, donc les passions !

L’Asie n’ignore pas non plus la dystopie si l’on pense au film Snowpiercer (2013) de Bong Joon Ho qui présente une nouvelle ère glaciaire en 2031 ayant réduit l’humanité à quelques survivants qui se retrouvent dans un train gigantesque, le bien nommé Snowpiercer (le perceur de neige) qui tourne autour de la terre sans jamais s’arrêter. Or, si dans Melancholia, la famille prime sur l’humanité, dans ce film coréen, c’est la remise en compte, au sein de ce grand train, d’une hiérarchie propre à toutes les sociétés, hiérarchie qui témoigne de la raideur glaciale de la sociabilité humaine contre laquelle s’élève une minorité de passagers, ce que Hobbes aurait illustré par sa formule : « l’homme est un loup pour l’homme3 », indiquant par celle-ci que, dans l’état de nature, la guerre domine les relations humaines. Un monde refroidissant et glacé appelle donc le spectateur à deviner que les relations humaines n’y seront plus…chaleureuses et reconduira l’humanité à l’Etat de Nature !

Antithèse de la société idéale portée par des utopies, les dystopies plongent les spectateurs dans un futur sinistre. Ces films de la fin du monde traitent souvent du thème suivant : la planète Terre est au bord de l’asphyxie et l’humanité frôle l’extinction. L’utopie4 inventée au XVIe par l’anglais thomas More témoigne de la Renaissance alors que nos dystopies indiquent plutôt la Décadence. Le pessimisme nourri par certains romans et ce cinéma dystopique est autant le symptôme de la fatigue occidentale de vivre que le symbole de la prochaine disparition de l’Occident. Après les frères Lumière5, nous voyons s’épanouir les cousins de l’ombre !

Louis Lumière lui-même aurait déclaré que « Le cinéma est une invention sans avenir ». Espérons donc deux choses : d’abord que l’avenir du cinéma ne soit pas d’avoir bien deviné l’avenir négatif de l’humanité et, ensuite, qu’il nous invite à apprécier la formule de Gramsci : « le pessimisme de la connaissance n’empêche pas l’optimisme de la volonté6 ».


1 -analyse qui ne vient pas des Mayas, mais qui est produite par les scientifiques du XXe siècle

2 – Film inspiré du roman homonyme de H.G. Orwell écrivain britannique de science-fiction, (1866-1946), rroman adapté quatre fois au cinéma

3 – Thomas Hobbes : Du Citoyen (1642)

4 – publiée en 1516, le livre adopte ce titre en 1518 : La meilleure forme de communauté politique et la nouvelle île d’Utopie

5 -Auguste et Louis Lumière sont deux ingénieurs industriels qui inventèrent le cinéma en France

6 – phrase dans la revue Ordine Nuovo, avril 1920 .

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