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Les images de Notre-Dame en feu ont fait le tour de la planète et ému des millions de personnes à travers le monde. Alors que le projet de loi visant à faciliter la restauration de Notre-Dame a été définitivement adopté par le Parlement, vient le temps de la réflexion et de la restauration et, avec lui, un nouvel élan vers les métiers d’Art.

Notre-Dame est une cathédrale emblématique, bien plus qu’un monument, elle est aussi et surtout le témoin d’une histoire religieuse et culturelle de plusieurs centaines d’années. Elle a résisté à ce nouveau coup du sort, après avoir traversé des périodes bien plus troublées telles que la Révolution française et les deux guerres mondiales. Le 15 avril 2019 restera dans les annales comme une date néfaste dans le ciel parisien, pourtant il convient de se pencher aujourd’hui sur l’avenir, car après 855 ans d’existence, l’avenir est encore à prévoir.

Connaître le passé pour parler d’avenir

Maurice de Sully, nommé évêque de Paris en 1160, propose dans la foulée la reconstruction d’une église-cathédrale dédiée à la Vierge Marie, un chantier absolument colossal. Le pape Alexandre III se déplacera pour la pose de la première pierre de Notre Dame trois ans plus tard. Les travaux se poursuivront pendant plusieurs générations jusqu’au début du XIVe siècle. Des modifications interviendront ensuite régulièrement à partir du XVIIe siècle, la Révolution française va endommager essentiellement les statues, et c’est en 1844 que le gouvernement du roi Louis-Philippe décrète la restauration de la cathédrale de Paris ainsi que la construction d’une sacristie. Une étape qui durera vingt ans ; la Révolution ayant laissé des stigmates non réparées auparavant.

La flèche de Viollet-Le-Duc

Une première flèche a été construite sur Notre-Dame au XIIIe siècle, qui fut démontée pendant la période révolutionnaire. Eugène Viollet-le-Duc est choisi, architecte renommé dont on dit qu’il fut l’un des inspirateurs de grands noms tels que Gaudi ou Le Corbusier. Son approche était claire : « restaurer un édifice, ce n’est pas l’entretenir, le réparer ou le refaire, c’est le rétablir dans un état complet qui peut n’avoir jamais existé à un moment donné ». En lisant cette phrase, on comprend que la restauration effectuée par ce grand nom de l’architecture ait pu être contestée en son temps. En effet, le fameux ajout de la flèche fait suite à une décision personnelle de Viollet-le-Duc, qui s’inspire d’une flèche datant du XIXe siècle.

Gothique or not gothique ?

Les discussions et les débats ne font que commencer quant à la restauration qui devra avoir lieu. Si l’on se fie au passé, cela ne devrait pas être un long fleuve tranquille. Ainsi, il a fallu trente années de discussions acharnées pour prendre une décision sur le renouvellement des vitraux de la nef, finalement exécuté à partir de 1965. Un sondage a déjà été effectué pour obtenir l’avis de l’opinion publique quant au fait de restaurer à l’identique ou dans un style gothique fidèle à l’époque de l’érection de la cathédrale. A priori, c’est la première orientation qui a été préférée, même si ce sondage n’est qu’une simple consultation. De fait, rien n’est encore certain, car aujourd’hui, personne ne sait si ce sont uniquement des techniques et matériaux traditionnels qui seront utilisés ou non. Les réflexions ne font que commencer.

Patience, mère de toutes les vertus

Le président de la République a annoncé une restauration en cinq ans, un objectif ambitieux qui a le mérite de fixer un cadre. Les experts du patrimoine ont mis en avant le fait que cela sera compliqué, voire impossible, certains réclamant même une concertation mondiale… Le Groupement des entreprises de restauration de monuments historique (GMH) estime cependant que les travaux devraient durer de trois ans et demi à cinq ans, une fois les voûtes restaurées. Le véritable défi est de savoir quand le chantier sera à même de démarrer.

Reims : un modèle de reconstruction

A titre d’exemple, la cathédrale de Reims, abîmée lors de la première guerre mondiale, a été restaurée avec des matériaux résistants au feu, un acier qui n’existait évidemment pas à l’époque de la construction. Et aujourd’hui, des études 3D sont déjà en cours pour Notre Dame portant sur des hypothèses mixant solutions anciennes et modernes.

Des artisans en nombre insuffisant

Entreprendre une restauration telle que celle qui s’annonce signifie le recours à une foule d’experts en matière de restauration. Il est d’ailleurs possible que la main d’œuvre qualifiée soit internationale et non pas uniquement française, car les métiers d’Art liés à la restauration peinent depuis plusieurs années à recruter de nouveaux artisans, les vocations se font plus rares. Les métiers manuels, quels qu’ils soient, restent peu estimés par les éducateurs et les parents, alors que des emplois sont disponibles. Les difficultés de recrutement ne touchent pas que les métiers du transport ou de la restauration, les métiers d’art eux aussi sont à la peine, et cela va certainement provoquer des délais incompressibles.

Une opportunité à saisir

Chacun connaît ce dicton « A toute chose malheur est bon ». En parlant de Notre-Dame, cela paraît incongru, si ce n’est qu’un fond de vérité s’y cache. En effet, les artisans-restaurateurs du patrimoine vont ainsi pouvoir mettre en lumière leurs différents métiers et communiquer de manière à susciter l’intérêt des jeunes ou des moins jeunes et combler un manque. Ces métiers sont effectivement peu connus, la plupart des jeunes susceptibles d’être intéressés ne pensent même pas à cette possibilité. Artisans et Maîtres d’Art, Compagnons, Entreprises du Patrimoine Vivant, Entreprises et ouvriers d’excellence, Meilleurs Ouvriers de France, sans oublier les apprentis, toutes les forces vives devront être rassemblées pour contribuer au chantier qui s’annonce.

L’excellence des Compagnons du devoir

Le nom est connu de tous, même si cette filière reste relativement discrète. La formation se fait lors du fameux « Tour de France » au cours duquel de jeunes apprentis se forment auprès d’artisans déjà installés. Il y a encore une quinzaine d’années, seuls les meilleurs et les plus motivés pouvaient y accéder, alors qu’aujourd’hui, ils sont en nombre insuffisant. Obligés de faire de la publicité sur les réseaux, de participer à des salons pour attirer des apprentis, les métiers des Compagnons du Devoir souffrent d’un manque d’image positive. Aujourd’hui, ils forment pourtant encore environ 1 000 charpentiers, 700 couvreurs et 450 tailleurs de pierre par an, au global, cela monte jusqu’à près de 10 000 jeunes, dont 3500 itinérants tous métiers confondus.

Plusieurs centaines de métiers d’art

Au total, la liste recouvre quelques 281 métiers et spécialités. Reconnu légalement comme un secteur à part entière, les métiers d’Art ont également leur journée depuis 2002. Les JEMA mettent en avant ces métiers via des témoignages d’artisans, découvertes d’ateliers d’exception ou démonstrations, en tout 602 événements rien qu’en France. Elles bénéficient en France d’un soutien financier public, ainsi que d’un mécène privé, la Fondation Bettencourt-Schueller.

L’incendie de Notre Dame, un signe de renouveau à la fois pour la Cathédrale et pour les métiers d’Art ? Finalement, à une époque où une grande partie de la population est en quête de sens dans sa vie privée et professionnelle, il semble évident que ces métiers liés au patrimoine répondent à cette attente.

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