Le Directeur de l’Institut de recherches économiques et fiscales n’est pas tendre avec le gouvernement actuel, observant son manque de libéralisme et le renforcement du système étatique français, bien trop centralisateur.

Vous ne cessez depuis toujours dans vos essais de nous mettre en garde contre le système étatique français et l’obsession anti-libérale. Rien n’a changé selon vous ?

Nicolas Lecaussin : Si je critique l’Etat français depuis la fin des années 90, la seule nouveauté, c’est une prise de conscience d’une partie de la classe politique, des médias encore plus, sans pour autant que cela change ou se confirme dans les faits et dans les actes des politiques. Même certains élus de gauche parlent dorénavant de dépenses publiques trop importantes, d’un Etat trop fort, d’un trop grand nombre de fonctionnaires et d’administration. Malheureusement, effectivement, une partie de la réponse est dans votre question : on n’a pas fait grand-chose. Donc cela continue et, encore plus grave, les décideurs politiques profitent de la crise sanitaire pour renforcer encore plus l’Etat. Ce qui prouve qu’ils n’ont rien compris.

Ils n’ont pas compris ou ne veulent pas comprendre ?

Je ne puis pas dans leur tête. Malheureusement, je pense qu’il y a un peu des deux ! Certains ne comprennent pas effectivement, à gauche comme à droite. Mais il y a aussi tout un appareil d’Etat qui dirige la France – je pense à Bercy, aux hauts fonctionnaires – c’est-à-dire des gens qui n’ont pas intérêt à ce que ça change, et cela dans toutes les sphères de l’Etat français.

Emmanuel Macron s’est fait élire sur le « en même temps », à la fois social et libéral. Peut-on vraiment jouer sur les deux tableaux ou faut-il choisir ?

J’ai publié un article dernièrement où j’explique qu’Emmanuel Macron fait une sorte de populisme étatique ou d’étatisme populiste. Il nous a fait croire qu’il était libéral, mais il a déconsidéré le libéralisme, dans le sens où les mesures qu’il a prises – à part l’impôt flat-tax des 30% qui reste beaucoup plus élevé que dans les autres pays – n’ont rien de libérales. Il a fait beaucoup de mal au libéralisme, ce qui nous a rendus très critiques dès le début à l’IREF. Nous étions quasiment les seuls à le dire à l’époque, jugeant que son programme n’avait rien de libéral. Il est au contraire en train de faire de l’étatisme avec notamment la réforme des retraites. Donc, c’est beaucoup plus inquiétant que certains le pensent. Et cette période du Covid le pousse encore plus dans cette voie.

Après le « en même temps » est arrivé le « quoi qu’il en coûte ». Notre dette a explosé, on parle même de déclassement de la France. Quel regard portez-vous sur la gestion de la crise par le gouvernement, les aides de l’Etat et le plan de relance ?

Dès le début de la crise sanitaire, l’IREF a fait une mise en garde, en disant que si le gouvernement décide de fermer le pays par le confinement, il faudra qu’il assure. C’est-à-dire qu’il réponde comme un vrai assureur auprès de ceux qu’il a condamnés, mais en le faisant avec intelligence, en fonction des secteurs qui souffrent le plus. Mais le gouvernement n’a pas du tout fait cela. Il a balancé le plan de relance un peu à tout le monde. Résultat, aujourd’hui il y a plein d’entreprises qui en profitent mais qui n’en ont pas besoin, voire pas du tout, en recevant de nombreuses aides, alors que d’autres qui sont dans une situation dramatique et sont vraiment en danger, n’en reçoivent pas ou quasiment pas.

Qu’est-ce que l’Etat aurait dû faire ?

L’Etat aurait dû agir comme une compagnie d’assurance, qui constate les dégâts, en fait la liste et ensuite les indemnise en fonction de chaque situation. L’Etat français n’a pas fait cela. Et ce n’est pas nouveau ! Depuis longtemps, l’Etat français dépense l’argent public et fait de la dette. Comme c’est le contribuable qui paye, on distribue à tout-va. A titre d’exemple, même si les jeunes sont aussi des victimes collatérales du Covid, ce n’est pas une raison pour arroser tous les jeunes d’argent public, à tous les niveaux, surtout qu’il existe déjà un système d’aides qui est assez riche dans notre pays.

Dans le programme « Réformer pour libérer la France », l’IREF propose de nombreuses réformes, notamment des syndicats. Ceux-ci empêchent-ils de « travailler plus » pour relancer la croissance ?

Oui, on a vraiment des syndicats en France qui sont complètement hors sol, perdus. Ce n’est pas seulement de leur faute, c’est aussi celle du système, parce qu’ils vivent de l’argent public. On continue à financer des syndicats qui ne font que bloquer le pays et qui ne représentent quasiment personne. On est autour de 4% de taux de syndicalisation dans notre pays. A ce niveau-là, on ne devrait même pas discuter avec les syndicats. Le problème c’est qu’il existe chez nous le fameux « dialogue social », qui n’existe qu’en France d’ailleurs, et qui est en fait un « monologue social ».

Les syndicats veulent juste préserver leurs financements publics et leurs avantages qu’ils considèrent acquis. Dans d’autres pays, comme l’Allemagne, le Canada ou la Suède (92% de syndiqués), les syndicats ont accompagné des réformes comme la baisse des rémunérations ou l’augmentation de la part du travail pour sauver des secteurs industriels, parce qu’ils ont compris qu’ils devaient accompagner la transformation de la société à l’époque de la mondialisation.

Par quoi doit passer la relance économique de notre pays selon vous ? Quelles mesures sont les plus urgentes ?

Ce qu’il faudrait faire, c’est déjà cette démarche d’Etat-assureur dont j’ai parlé. Deuxièmement, c’est donner de l’air à l’économie française. C’est maintenant qu’il faudrait baisser les impôts, les taxes, les charges et supprimer certaines règlementations notamment écologiques, parce que la relance ne peut venir que d’en bas. Ce sont les entrepreneurs qui vont créer des richesses, réembaucher, créer de nouvelles entreprises et c’est pour cela qu’il faut les laisser décider et respirer. Il faut donner de l’air au marché du travail français, avec des mesures très concrètes.

En Allemagne, toutes les petites entreprises de moins de 11 salariés, peuvent embaucher quand ça va bien et licencier en cas de problème avec une prime de licenciement, comme au Danemark, au Canada, aux Etats-Unis… Je peux vous dire que de nombreux Français en recherche d’emploi, qui sont victimes du système eux aussi, le comprendraient, car ils ont envie de travailler.

L’urgence n’est-elle pas aussi de s’atteler à la baisse des dépenses publiques avec des milliards d’économies possibles ?

Evidemment ! Et pour cela, il suffit de respecter les recommandations de la Cour des Comptes. Nous avons des milliards d’euros qui sont dépensés dans les politiques d’emploi, dans les politiques de la ville, dans les aides sociales qui justifieraient un vrai contrôle à la fraude. Il y a plein d’organismes publics et para-publics qui pourraient être fermés. Il ne faut plus remplacer les fonctionnaires qui partent à la retraite, car nous sommes largement en tête sur leur nombre en France. Il y a plein d’économies à faire.

Nous sommes aussi pour plus de pouvoir aux parlementaires en termes d’enquêtes et de contrôle mais pour moins en nombre d’élus. Et sur la question de la décentralisation, nous sommes pour qu’on se rapproche plus de la base. Sur les confinements notamment, nous pensons que ce sont aux élus locaux des communes de décider.

Nombre de Français ont l’impression que les décideurs politiques et les corps intermédiaires sont de plus en plus déconnectés du monde réel. Ils réhabilitent par ailleurs les chefs d’entreprises, créateurs d’emplois. C’est votre sentiment ?

Il y a en effet une prise de conscience et un changement de mentalités. Les chefs d’entreprises ne sont plus les ennemis à abattre. Les Français sont conscients qu’ils gagnent en moyenne 4 000 euros par mois, qu’ils travaillent 20 heures sur 24 et qu’ils créent des emplois. Ce sont donc aussi aux entrepreneurs de demander des comptes à l’Etat. Les impôts des entreprises, ce sont aussi les consommateurs qui les payent, car ils sont répercutés sur les produits ! On a l’habitude en France d’attendre tout d’en haut et que les politiques s’occupent de tout. Ça s’est aggravé avec la crise économique et ce n’est pas bon.

On voit bien que le gouvernement va jusqu’à se mêler de ce que l’on mange dans les cantines, voire même de décider si l’on a le droit de déjeuner au bureau devant son écran ou non. C’est n’importe quoi et c’est même délirant, car c’est une atteinte aux libertés individuelles ! Notre devise à l’IREF, c’est « liberté et responsabilité », donc il faut plus de liberté économique et de responsabilité individuelle. Les Français sont capables de décider par eux-mêmes !

Quel message optimiste délivrer aux entrepreneurs qui nous lisent ?

Depuis que je me bats en France contre l’étatisme, la fiscalité, les règlementations, je suis en admiration totale à l’égard des chefs d’entreprises français. Je trouve qu’ils ont un courage et une force extraordinaires pour créer leur entreprise et des emplois, se développer et continuer à se battre. On devrait leur remettre des médailles et leur donner de l’air, plutôt que de les contraindre et de les limiter !

Propos recueillis par Valérie Loctin

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