Marion MARECHAL-LE PEN, niece of presidential candidate Marine Le Pen and grand daughter of foundator of the Front National party Jean-Marie Le Pen

Après l’exercice d’un mandat parlementaire à l’Assemblée nationale, la nièce de Marine Le Pen s’est lancée à Lyon dans un sacré projet entrepreneurial d’enseignement supérieur, en créant l’ISSEP, Institut de Sciences Sociales, Economiques et Politiques. Objectif annoncé : former les futures élites du pays à diriger des structures publiques et des entreprises privées. L’ancienne députée réussira-t-elle son nouveau pari face aux critiques de ses détracteurs politiques ?

Comment est née l’idée de cette nouvelle école, l’ISSEP, Institut de Sciences Sociales, Economiques et Politiques ?

Marion Maréchal : Ça fait déjà longtemps que je souhaitais m’engager dans le monde entrepreneurial. Je suis issue d’une famille où il y a bon nombre d’entrepreneurs, du côté paternel. Mais si j’ai désiré lancer ce projet c’est aussi et surtout parce que l’Education est un domaine dans lequel il y a des marges de manœuvre importantes mais aussi des manques évidents. C’est par la connaissance, la transmission, que l’on peut apporter des solutions à des problèmes, notamment de société. J’ai voulu répondre à une forme de carence, d’homogénéisation idéologique, en proposant une alternative crédible et solide à la formation des décideurs de demain. J’ai mûri ce projet pendant plus d’un an. Au départ, j’étais partie sur l’idée d’une Business School. Je me suis entourée d’experts et nous avons d’abord travaillé sur deux projets, avant de nous mettre d’accord sur le concept innovant d’une école qui forme à la fois des chefs de projets en management et des décideurs en sciences politiques et sociales. L’objectif est qu’en fin de cursus, ils puissent tous rejoindre soit le public, soit le privé et avoir une véritable formation leur permettant de passer de l’un à l’autre dans leur carrière. L’ISSEP est un projet éducatif ambitieux et novateur. Nous souhaitons ainsi contribuer à l’émergence des dirigeants de demain en répondant aux aspirations et aux enjeux de formation de cette nouvelle génération.

Vous souhaitez donc faciliter les ponts entre les hautes fonctions publiques et privées ?

M.M. : Oui, tout à fait, car la vie publique appelle une nouvelle classe dirigeante issue non plus seulement de la haute fonction publique mais capable de réussir dans les métiers de l’entreprise. De la même manière, l’entreprise doit retrouver du sens en tenant compte des enjeux territoriaux, humains, environnementaux et du cadre national dans lequel elle évolue. C’est à cet objectif de mobilité intellectuelle et professionnelle que nous nous attelons, à la fois par la sélection de nos étudiants, mais aussi par le contenu de nos formations. C’est pourquoi nous proposons un programme pluridisciplinaire, à l’approche globale, qui prépare les étudiants à affronter les grands défis nationaux et internationaux de notre époque. Convaincus que la culture ne relève pas de l’«avoir mais bien de l’«être», nous souhaitons renouer avec les vertus des enseignements dits classiques, les Humanités, comme de véritables outils d’aiguisement de l’esprit critique et du discernement, en complément d’enseignements plus opérationnels. Ainsi à travers la notion de service aux autres, à l’entreprise, à la cité, nous encourageons nos étudiants à redonner du sens à leur engagement professionnel et de la performance aux affaires publiques.

Concrètement, quelles formations proposez-vous ?

M.M. : Nous proposons un magistère en deux ans (bac+4 et bac+5) et une formation continue sur dix mois. Le magistère est ouvert aux étudiants ayant validé un diplôme de niveau bac+3 ou bac+4, toutes filières confondues. Ce programme comprend des enseignements opérationnels liés à l’entreprise et aux affaires publiques, encourage le développement du leadership, insiste sur la culture générale et le savoir-être en vue de former de futurs dirigeants compétents au service de la cité.

Concrètement, nous les formons d’une part aux fondements du management de projets (finances, comptabilité, RH, business-plan, stratégie, communication, marketing, droit des affaires, international…), mais aussi aux essentiels des affaires publiques (droit constitutionnel, territorial, économie, culture générale, mais aussi histoire, littérature, philosophie…). A cela s’ajoutent des ateliers, des cas pratiques, du media-training, des cours de prises de parole en public, de rhétorique et d’éloquence. En bref, tout ce qui leur permet de cultiver leur vivacité d’esprit, de raisonner avec un plan structuré et une logique cohérente. Nous vivons aujourd’hui dans un monde qui évolue très vite, d’où l’intérêt de développer chez nos étudiants de vraies compétences de mobilité, mais aussi une intelligence transversale leur permettant d’aller à l’essentiel et de les rendre les plus adaptés possibles au monde actuel.

Que pensez-vous de l’annonce faite par le Président de la République de remplacer l’ENA ?

M.M. : Je vais peut-être vous étonner mais je ne suis pas pour la suppression de l’ENA. La vraie réponse n’est pas dans la suppression mais dans la refonte des programmes et du fonctionnement de cet établissement. Si je ne suis pas opposée à l’ENA, je suis contre le classement de sortie et le fait que l’avenir des diplômés soit destiné à jamais par un classement déterminé. Concrètement, ce qui pose problème, c’est de permettre à des membres de la haute fonction publique qui se lancent en politique, de le faire sans aucun risque en retrouvant immédiatement après leur corps d’Etat et tous ses avantages, s’ils ne sont pas élus ou s’ils changent d’avis.

C’est le système du « détachement » qui est injuste et inégalitaire et qui choque tant les Français. Plutôt que de supprimer l’ENA qui a démontré son utilité en formant à des métiers techniques et complexes et que de nombreux pays dans le monde nous envient, on devrait simplement supprimer le principe du détachement et contraindre par la loi les hauts fonctionnaires qui se lancent en politique à renoncer aux principes de l’avancement. Le principe du « pantouflage » est également surréaliste ! Quand un chef d’entreprise ou un cadre du privé se lance en politique, il prend des risques, il se met en danger, il est obligé de faire des choix. Ça devrait être la même chose pour la haute fonction publique !

Pour former vos étudiants à l’entrepreneuriat, quels ponts avez-vous créés avec le monde des entreprises ?

M.M. : Nous avons monté un club de partenaires qui regroupe déjà plus de cent entreprises, notamment des PME et des ETI du tissu économique lyonnais comme de toute la France qui est très varié. Nous développons en bac+4 des « Business cases », c’est-à-dire des cas d’études donnés par les entreprises elles-mêmes. L’étudiant a donc un cas d’étude entrepreneurial extérieur ou personnel (s’il a un projet de création d’entreprise par exemple) qu’il doit travailler de A à Z sous tous ses aspects.

Il est suivi par un chef d’entreprise qui lui apporte son expertise et ses conseils. De plus, en bac+5, chaque étudiant doit effectuer un stage de 3 à 6 mois en entreprise. La force de l’ISSEP, c’est que nous nous engageons à trouver un stage pour tous nos étudiants, grâce aux partenariats noués avec les entreprises. Enfin, de nombreux dirigeants interviennent régulièrement pour témoigner de leur expérience et apporter leur expertise aux élèves.

Vous avez annoncé des projets et des partenariats avec d’autres pays européens comme l’Italie. Où en êtes-vous ?

M.M. : Nous sommes actuellement en cours de finalisation de plusieurs projets avec l’Italie en effet et l’Université de Saint-Pétersbourg, mais il est encore trop tôt pour vous les détailler. Nous travaillons à la fois sur des partenariats européens et américains, des échanges d’enseignement, mais aussi des collaborations sur la partie scientifique de l’école. Nous avons intégré la mondialisation dès le départ du projet, afin que nos étudiants soient les mieux armés possibles à l’internationalisation des échanges tant privés que publics.

Qui sont vos enseignants et combien sont-ils ?

M.M. : Nous disposons actuellement de 40 professeurs, sans compter tous les intervenants extérieurs (chefs d’entreprises, experts économiques, responsables de médias, etc.). Les profils de nos enseignants sont variés : universitaires, professeurs d’écoles supérieures privées, journalistes, chefs d’entreprise ou managers mais aussi quelques officiers.

Comment sélectionnez-vous vos étudiants ? L’école étant privée
dont payante, avez-vous prévu des bourses pour les élèves venant de quartiers sensibles ou en difficulté financière, comme le fait Sciences-Po par exemple ?

M.M. : Comme je vous le disais, l’ISSEP est ouvert aux étudiants ayant validé un diplôme de niveau bac+3 ou bac+4, toutes filières confondues. Et c’est une de nos grandes originalités mais aussi notre force, puisque nous ne sélectionnons pas à la filière. Dans la promotion de l’année prochaine, nous avons sélectionnés par exemple un chef cuisinier mais aussi une infirmière. Notre objectif, vous l’aurez compris, est de casser les codes de l’élite et de fonctionner à la méritocratie. De plus, nous sommes en train de mettre en place un système de bourses qui seront parrainées et financées par les entreprises, sur le principe de l’alternance. A l’ISSEP, le coût de la formation est de 5500 euros par an en magistère, ce qui est cohérent et logique, vu que nous sommes une association à but non lucratif, en capacité de recevoir des dons des entreprises.

Malgré ce statut associatif, vous considérez-vous pleinement chef d’entreprise aujourd’hui ?

M.M. : De fait oui, pleinement ! Car ouvrir cette école, c’est un projet entrepreneurial à part entière avec toutes ses composantes : concept, financement, business-plan, ressources humaines, stratégie de croissance, communication et marketing… tout y est ! C’est donc vraiment une création d’entreprise. Mais au-delà de l’aspect entrepreneurial, j’y vois à la fois une continuité et une logique dans mon parcours personnel. C’est pour moi un engagement au service de la société civile, dans une dimension que je crois vraiment utile pour les étudiants.

Quelles satisfactions et quelles difficultés avez-vous rencontrées ?

M.M. : Du côté des difficultés, je dois vous avouer que je ne suis pas une « pro » des chiffres. Toute la partie financière tient quand même de l’épreuve pour moi, mais ça fait partie du jeu ! Quant aux satisfactions, elles sont quotidiennes et très nombreuses. Il y a tout d’abord à titre personnel la liberté d’action, le fait d’être son propre chef avec toute l’adrénaline de la prise de risque.

Mais surtout, la plus grande des satisfactions, c’est de voir évoluer nos étudiants, de me sentir utile à mon petit niveau. Moi qui ai vécu la frustration d’un député d’opposition restant plusieurs fois par semaine jusqu’à 2 heures du matin sur les bancs de l’Assemblée nationale pour entendre que son amendement sera rejeté sans discussion possible, vous pouvez imaginer la joie que me procure au quotidien le fait d’entreprendre, d’innover et d’être pleinement décisionnaire à l’ISSEP !

Vous venez d’obtenir début 2019 l’autorisation officielle d’ouverture de l’ISSEP mais ses diplômes ne sont toujours pas reconnus par l’Etat. Pourquoi et êtes-vous confiante pour l’avenir ?

M.M. : Nous sommes dans la situation classique, puisque c’est ainsi, il faut attendre trois ans d’existence avant d’obtenir la reconnaissance des diplômes. Nous sommes donc dans le cas de toutes les écoles privées récemment créées. Nous n’avons donc aucune inquiétude et obtiendrons cette reconnaissance officielle, grâce à notre légitimité, notre crédibilité, mais aussi notre capacité à intégrer nos étudiants dans la vie active.

Pourquoi avoir choisi Lyon plutôt que Paris ?

M.M. : Pour plusieurs raisons évidentes. La première, c’est qu’une partie de notre équipe est lyonnaise. La seconde, je l’ai évoquée, c’est que le tissu économique lyonnais est aussi riche que varié, il touche tous les secteurs, y compris l’industrie. La troisième est géographique, avec tout l’intérêt de la proximité avec l’Italie. La quatrième est plus symbolique. Notre école qui a vocation à former une nouvelle élite de dirigeants se devait de sortir de « l’entre soi parisien », de casser les codes.

Que répondez-vous aux attaques sur l’idéologie ou l’appartenance identitaire de l’école ?

M.M. : C’est un reproche que l’on ne fait jamais au directeur de Sciences-Po Lyon qui est pourtant issu et toujours très proche de l’extrême gauche. Il n’est pour sa part jamais soupçonné « d’idéologie ou d’appartenance identitaire » ! Il y a donc deux poids deux mesures. Je pense que la meilleure réponse à cette question est de regarder en détail la composition de notre conseil scientifique. Tous sont légitimes, tous ont une expérience, un parcours de haut niveau et aucun d’eux n’a un mandat d’élu. Nous défendons à l’ISSEP un véritable pluralisme intellectuel. Du Général de Gaulle à Karl Marx, tous les courants de pensée sont étudiés.

Nous ne sommes pas là pour expliquer aux étudiants ce qu’ils doivent penser, mais au contraire pour leur donner les moyens de développer leur esprit critique. Si nous apportons à nos étudiants des compétences certaines pour devenir les dirigeants de demain dans le public comme dans le privé, nous souhaitons aussi les accompagner vers l’autonomie intellectuelle. Nous préférons les apprentissages aux idéologies. Nous avons le souci permanent de respecter un véritable pluralisme intellectuel qui favorise le raisonnement, l’initiative et l’analyse, et qui permette à chacun de se confronter aux courants de pensée les plus variés.

Qu’avez-vous envie de dire aux étudiants qui hésitent à s’inscrire de peur d’être catalogués proches du Rassemblement national ?

M.M. : J’entends cette inquiétude, mais il leur suffira de discuter avec des étudiants de la première promotion pour être rassurés sur le pluralisme intellectuel défendu au quotidien par l’ISSEP. De plus, nous sommes le seul établissement privé à leur garantir un stage et à leur mettre directement le pied à l’étrier en fin de formation, tout en leur donnant les moyens d’accéder à de très hautes fonctions tant publiques que privées dès la fin de leur magistère.

Quels sont vos ambitions pour l’avenir ?

M.M. : Installer l’ISSEP durablement comme l’école des élites de demain, mais aussi ouvrir l’ensemble de la formation sur 5 ans avec la création d’une licence, et développer des filiales tant en France qu’à l’étranger. Car notre objectif est clair : répondre aux attentes des étudiants qui souhaitent jouer un rôle dans la société.

Propos recueillis par la rédaction