Management : l’Hésitation fatale d’Hannibal

Par Alain Goetzman

L’un des grands mystères de l’histoire reste, au cours de la deuxième guerre punique, la fameuse halte de Capoue, au cours de laquelle les soldats d’Hannibal auraient perdu leur ardeur au combat. 

Au cours de son périple de plus de 2.500 kilomètres, à la tête d’une armée d’environ 50.000 fantassins, 6.000 cavaliers et 200 éléphants, Hannibal, qui n’a que 26 ans, enchaîne les victoires, ce qui lui a ouvert la route de Rome. De façon surprenante, alors que la capitale de la République romaine semble à sa portée, il la contourne et s’installe à Capoue pour l’hiver. Pourquoi ? Les historiens se perdent en conjectures. Temporise-t-il parce qu’il espérait une désagrégation totale de la confédération italienne ? Manquait-il vraiment de matériel de siège et attendait-il des renforts en hommes et en argent, que le sénat carthaginois lui refusait ? Voulait-il attendre la conclusion des négociations qu’il menait pour renforcer sa coalition ? Au final, peu importe. En n’attaquant pas Rome, dans la foulée de ses succès militaires, il permit à Scipion, dit l’Africain, nouveau consul, d’aller porter le fer sur Carthage, le contraignant à se mettre en mouvement vers le sud pour lui porter secours. Il y sera battu par une coalition de Romains et de Numides. Personne ne sait si Hannibal aurait pu changer le cours de l’histoire en occupant Rome, mais chacun s’accorde à penser que c’est en ne le faisant pas qu’il a définitivement perdu. 

L’absence de décision reste, aujourd’hui encore, une question majeure. Andy Grove, le CEO d’Intel, décrivait ainsi son métier : « Aucun dirigeant ne sait vraiment où il va. Personnellement, je n’en ai aucune idée… Le problème est que les décisions n’attendent pas. Vous ne pouvez pas rester les bras croisés, le temps que la situation se décante… Vous avez donc intérêt faire deux choses : agir en fonction de ce que vous pensez être vrai et changer de cap le plus rapidement possible lorsque vous vous rendez compte que vous faites fausse route. Et surtout, que cela ne vous déprime pas, parce qu’alors, vous ne parviendrez pas à motiver vos collaborateurs. Vous devez donc garder le moral tout en étant parfaitement conscient que vous n’avez aucune idée de ce que vous êtes en train de faire. »

Quand vous agissez, vous accomplissez un certain nombre de choses qui, inévitablement, finiront par vous conduire au succès. Vous montrez ainsi à votre entourage, le sérieux de votre démarche. Vous vous enrichissez des expériences que vous vivez. Les choses qui étaient confuses deviennent plus claires et celles qui étaient difficiles plus faciles.

Le monde ne paye pas pour ce que nous savons mais pour ce que nous faisons. Pour réussir, faites ce que font les gens qui réussissent : ils agissent.  Au cours d’un séminaire de vendeurs, Lee Iacocca, l’homme qui a redressé Chrysler, dans les années 80, demanda aux mille présents de se lever, puis de prendre leur chaise en main et de la retourner. En dessous était épinglé un billet d’1 Dollar. « Vous pouvez constater leur dit-il, que c’est en bougeant ses fesses qu’on trouve de l’argent ». L’important, c’est donc de démarrer, de prendre son élan et d’aller sur le terrain. Une fois dans l’action, les ressentis, les feedbacks vous aideront à faire, le cas échéant, les corrections nécessaires pour la rendre plus efficace.

Laissons à Abraham Lincoln le mot de la fin : « Il arrive que les choses viennent à ceux qui les attendent, mais seulement celles qui n’ont pas été prises par ceux qui foncent ».

Alain Goetzman, Coach et Conseil de dirigeants

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