Vous ne sortirez pas tout à fait indemne de cet entretien. Nouvelle gourou de la formation et de l’émancipation des salariés en entreprise, Maïthé Quintana fait de plus en plus d’adeptes. Pourtant cette Toulousaine de 49 ans n’a qu’un BEP de secrétariat. Cela ne l’a pas empêchée de devenir une référence en matière de formation professionnelle et de coaching. Avec son groupe Centre National de l’Innovation Pédagogique, elle réinvente un format pédagogique pour valoriser les talents et redonner du sens au management. Le bien-être en entreprise devient la clé et seules les entreprises qui donnent un cadre de développement ont de l’avenir… À lire et relire.

Quelle est votre moteur ?

Maïthé Quintana : J’ai pris conscience au cours des 20 dernières années que j’attestais d’un vrai talent dans la mise en œuvre et dans l’intuition. Je sais faire ce que 90% des personnes ne savent pas faire dans la mesure où elles ont une idée mais ne savent pas aller du point A au point B pour la réaliser.

D’où l’idée de créer un centre formation si singulier ?

Nous avons été le premier centre de formation à obtenir un numéro d’agrément de la préfecture sur ce format qui n’existait pas à l’époque. Je ne dénigre pas l’Éducation nationale dont nous récupérons les élèves en bout de course… L’Éducation nationale ne reconnaît aujourd’hui que deux formes d’ intelligence – littéraire et mathématiques – alors qu’il existe en réalité 8 ou 9 formes d’intelligence recensées : émotionnelle, collective, et bien d’ autres encore, utilisées ou non.

L’exclusion de certaines formes d’intelligence dans le système éducatif est fort dommageable, car depuis près de 50 ans, on façonne des employables en coupant les petites branches telles que la créativité, le bon sens, la vision, aux « bonzaïs ». Le système saccage et sacrifie des « richesses » potentielles depuis l’enfance et on se retrouve aujourd’hui avec des personnes en poste en situation de burn out, évoluant dans des situations malfaisantes qui entrainent des problèmes familiaux.

Quelle méthode préconisez-vous ?

Il est essentiel de réaliser que la personne a du talent et des savoir-faire pour se focaliser sur ces points positifs, travailler dessus et les renforcer. Je forme notamment des managers chez PSA, Carrefour et d’autres grands groupes. Je leur explique qu’il n’est pas opportun de confier une tâche à une personne lorsque le format ne lui correspond pas. Un manager doit s’adapter et comprendre les besoins, il doit manager en descendant mais également en remontant.

Il faut renforcer positivement les compétences des acteurs de l’entreprise et sublimer les compétences de ses collaborateurs. Nous arrivons dans ce monde avec un talent inné, et développons ensuite des compétences et des appétences qui s’exprimeront en qualité et en talents développés. Nous allons chercher chirurgicalement dans chaque individu ce qui constitue son essence et la vision de sa vie.

Comment sélectionnez-vous vos formateurs ?

Sur les formations qui me sont propres, les formateurs qui me rejoignent sont généralement venus me voir spontanément en me disant qu’ils adoraient ce que je fais. Leur adhésion à notre format démontre qu’ils ont déjà en eux cette graine qui est semée, car lorsque quelqu’un vous inspire, c’ est que vous l’ avez déjà au fond de vous. Lorsqu’ils me rejoignent, je les fais monter en compétence avec un tutorat assez poussé afin qu’ils puissent être en mesure de dupliquer une vraie philosophie.

Dans quels domaines proposez-vous des formations ?

Nous dispensons des formations en management-leadership, en vente, en commerce et bien d’autres. L’année dernière, j’ai lancé ipnass.com, une marketplace de formation basée sur le format d’apprentissage N-Ass (neuro assimil) et les neurosciences sur laquelle les formateurs hébergent leurs formations et mettent à disposition leurs compétences. Le modèle économique de cette plate-forme est assez disruptif dans l’écosystème de la formation. Les formateurs sous-traitent les tâches administratives (convention, suivi…) à notre back office situé à Nantes et accèdent à notre « datadok ». Les formateurs sont donc soulagés des lourdeurs administratives, techniques, marketing et peuvent se concentrer sur leur vraie valeur ajoutée.

Quel est la finalité de votre projet ?

En vieillissant, je me suis remplie de sagesse et j’ai acquis une forme de lucidité au regard des erreurs commises. Aujourd’hui, la finalité de mon projet n’ est pas d’engranger de l’argent mais de donner, et de partager. Je trouve aberrant que des personnes qui ont réussi comme moi ne partagent pas les clés de leur réussite et préfèrent les conserver secrètement. L’intelligence collective et le partage des savoirs sont essentiels. Je conçois difficilement que certaines personnes ne soient pas dans le partage et préfèrent égoïstement conserver leur savoir et leur expérience. Nous avons un devoir de transmettre aux générations futures une santé psychologique et les armes pour affronter la sauvegarde de nos esprits et de notre raisonnement.

Quel est l’ambition de l’Institut Pédagogique Neuro-Assimil ?

Notre méthode consiste à apprendre à partir des capacités individuelles et non pas à partir de processus pédagogiques d’intégration et de restitution collectifs. Nous ne sommes pas sur le « comment un formateur dispense un apprentissage » mais sur la manière dont je développe ma capacité à apprendre facilement. Avec ce format pédagogique, nous observons dans 95% des cas que les personnes formées ont une progression de leur niveau de conscience et une amélioration de leur discernement avec une envie de partager et d’apprendre aux autres. J’ai ouvert une web radio intitulée Air-Ikigai (que l’ on peut traduire par joie de vivre ou raison de vivre, ndlr) dédiée au développement personnel et à sa raison d’être pour trouver son chemin de vie. Cette radio est communautaire, et les animateurs sont là car désireux de partager et d’ouvrir à tous les clés nécessaires à notre évolution.

Selon vous, beaucoup de personnes ne sont pas à leur place ?

Oui, elles sont rentrées dans l’entreprise et se sont installées à mesure du temps dans une certaine routine sécurisante. Ces personnes ne sont pas dans leur chemin de vie et elles ne sont pas heureuses. J’ai fait beaucoup de recherches, que cela soit en neurosciences, ou dans les outils qui permettent de sublimer. L’idée est d’être en capacité de trouver ce qu’il y a de bon en nous et comment l’utiliser afin de renforcer la confiance en soi et l’estime de soi à l’aide d’une pince à épiler magique. J’aime chaque matin l’idée de partir avec mon seau et ma pelle pour construire un nouveau château, que l’on construit parfois pour soi, ou pour les autres, c’est toute la beauté de la démarche. Il faut chaque jour être animé par cette énergie positive. Sans passion, on se fane et on se meurt.

Quels sont les prochains évènements que vous allez organiser ?

J’ai ouvert le centre international de l’Ikigai à l’intérieur du CNIP (Centre National de l’Innovation Pédagogique). J’organise une grande messe en Guadeloupe et à Paris en novembre où nous attendons pas moins de 800 personnes. Cet évènement sera l’occasion de conduire un travail de réflexion, d’identifier son potentiel, de réfléchir à la manière de le mettre en exergue et de se demander si je suis réellement sur la bonne voie.

En quoi consiste la méthode Letbis dont vous êtes à l’initiative ?

J’ ai imaginé cette méthode qui vise à libérer des phobies, des peurs et des blocages dont je suis particulièrement fière. Parfois, des salariés ont un blocage avec leur manager ou pour réaliser une tâche. Grâce à des séances de 45 minutes, on arrive à débloquer des personnes qui étaient en souffrance depuis des années. J’utilise cette méthode lorsque je fais des coachings afin de pouvoir avancer plus rapidement. On s’adresse au cerveau reptilien, on utilise un certains nombres d’outils basé sur le VAKO comme la musique, des huiles essentielles mises en place par une aroma-thérapeute pour pouvoir faire des ancrages psychologiques afin de ne pas revenir en arrière.

Oui mais le but d’une entreprise, c’est de réaliser des profits…

Je pars du principe qu’il vaut mieux gagner un peu moins et être bien, plutôt que gagner beaucoup en étant malheureux.

N’y aurait-il pas un sens à mettre en place cette méthodologie plus en amont dans le système scolaire ?

Tout à fait. Peu importe que vous soyez multidys à l’âge adulte, cela n’a pas d’ impact dans le milieu professionnel ou sur votre feuille de paye, mais lorsque vous êtes enfant, vous êtes catégorisé et stigmatisé. On vous fait croire que vous avez un problème alors que ce n’est pas le cas, c’est juste que notre compréhension et la restitution de cette information ne sont pas standardisées. J’ai travaillé sur le sujet avec Letbis, la thérapeute Myriam Inaudi, avec qui j’ai cofondé cette méthode en travaillant avec une orthophoniste et deux spécialistes en neurosciences.

Nous avons créé un support de formation destiné aux parents, aux enfants et aux professeurs qui vient de voir le jour en septembre afin d’expliquer ce qu’est un dys, ce qu’il voit, ce qu’il comprend, et comment ou peut l’aider à mieux traverser cette première phase de vie difficile du fait du regard des autres. Cette aventure me donne foi dans la nature humaine et dans la capacité des hommes à construire ensemble. L’exemplarité joue selon moi un rôle essentiel.

Quelles sont les vertus du format de l’apprentissage ?

Dans le cadre de la nouvelle réforme mise en place cette année, la loi prévoit un allégement des conditions d’ouverture d’un CFA (centre de formation d’apprentis) et permet donc à tous les centres de formation de pouvoir devenir un CFA. Je me suis alors interrogée sur ma démarche. Je prenais les adultes en carence ou que le système considérait comme « non adaptables » afin de le remettre dans le droit chemin. Mais pourquoi ne pas récupérer en début de parcours plutôt que de les retrouver 20 ans après en bout de course ?

J’en suis arrivée à la conclusion que les reprendre plus en amont simplifierait les choses. Nous avons conceptualisé une idée à partir de cette réflexion en créant un CFA d’excellence et en privilégiant le format de l’apprentissage. Nous expliquons aux jeunes l’ensemble du mécanisme : lorsqu’ils éprouvent une émotion, une action s’en suit, cette action devenant un comportement qui lui-même devient un trait de caractère. L’idée est de re-démonter tout ce qui ne va pas et de re-codifier les émotions grâce à des déclencheurs émotionnels afin que les jeunes puissent être en mesure de gérer leurs émotions, et ainsi éviter les charges émotionnelles toxiques à leur comportement.

Le monde de l’éducation est-il sclérosé ?

Les hautes instances savent ce qu’il faut faire mais n’ont pas intérêt à ce que la population raisonne et soit en pleine conscience. Il faut que cela cesse. J’ai bien conscience que la machine est lourde, mais si chacun apporte une pierre à l’édifice à son niveau, nous reconstruirons notre Rome. L’idée par rapport à ces CFA est d’apporter le format d’apprentissage, de favoriser la connaissance de soi, et de rajouter des socles tels que le savoir-vivre, le savoir-être, le module entreprenariat.

Je suis intimement persuadée que si nous insufflions une éducation entrepreneuriale, les adultes seraient libres de choisir leur vie et se donner l’option de créer de la richesse en créant d’autres emplois. Certains enfants n’ont malheureusement pas reçu les fondamentaux de leur parents, or on sait aujourd’hui que ce socle est nécessaire sous peine de se retrouver limité sous un plafond de verre. Homme ou femme, nous sommes tous égaux sur ce sujet. Nous mettons en place les différents socles requis sans système de sanctions associées. Au système coercitif, nous préférons demander à la personne de partir en méditation afin de réfléchir et de voir par elle-même si ce qu’elle a fait lui semble normal.

Concrètement…

Nous sommes en train de monter les premiers CFA et de nous positionner en sous-traitance en assurant pour des entreprises toute la partie administrative, qui est à la fois chronophage et complexe. Force est de constater que toutes les grosses entreprises souhaitent aujourd’hui disposer de leur CFA pour des raisons économiques et pour être en mesure de contrôler l’employabilité qu’ils vont générer, ce qui constitue une révolution sociale.

Et l’entrepreneuriat, cela vous intéresse ?

Oui, nous mettons en place un module entrepreneuriat afin de permettre aux jeunes diplômés qui ne trouvent pas de travail pour différentes raisons d’avoir la compétence de devenir auto-entrepreneur ou artisan, et de s’auto financer. Cette dimension entrepreneuriale est essentielle et nous devrions l’enseigner à l’école. Nous relançons en octobre la saison 2 du programme gratuit « l’ Entreprenariat pour les Jeunes et Ados », ce programme on-line est animé par une équipe attestant d’ une expertise en comptabilité, en communication, en marketing, en droit… afin de pouvoir donner les bases de l’entreprenariat à tous ces jeunes qui rêvent de réussir et de créer leur vie !

J’aurais tellement aimé pouvoir disposer de ce genre d’outils dans ma jeunesse. Dans le même esprit, nous avons mis en place le programme Business-Ikigai qui s’adresse aux adultes. Son concept est plus particulier. Nous avons modélisé l’apprentissage pour devenir entrepreneur avec des socles de formations et combiné cela à une vraie étude de cas basée sur le marketing de réseau. Les résultats sont probants : au bout de 6 mois, vous générez entre 2 000 et 4000€ de bénéfice et vous avez acquis les fondamentaux d’une bonne gestion d’entreprise dont vous maîtrisez les rouages. Vous pouvez donc voler de vos propres ailes vers vos rêves ! Quoi que l’on dise, quoi que l’on fasse, nous n’en sortirons pas vivant… Alors choisissez votre vie et vivez avec passion !

Propos recueillis par Isabelle Jouanneau

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