La future cryptomonnaie de Facebook, le « libra », mobilise de nombreux investisseurs, 28 grandes entreprises et ONG, dont le milliardaire français Xavier Niel. Avec un lancement prévu en 2020, le réseau social prend un virage stratégique radical et cherche à réinventer son modèle économique.

Si 2018 fut placée sous le signe des scandales pour Facebook, avec en point d’orgue l’affaire Cambridge Analytica, qui a révélé l’exploitation illégale de 87 millions de données utilisateurs, Mark Zuckerberg compte bien faire oublier ce passage à vide en entamant une politique de diversification de l’entreprise californienne, dont la valorisation a atteint le seuil des 630 milliards de dollars à Wall Street. La première pierre de ce nouvel édifice prend la forme d’un virage stratégique majeur avec le projet Libra, du nom de la future cryptomonnaie de Facebook, dans lequel 27 partenaires ont investi, dont MasterCard, Visa, Uber, Spotify, Booking, Paypal et le français Iliad, maison mère de Free, détenue par le milliardaire Xavier Niel. Facebook espère en recruter une centaine d’ici le lancement.

Une place de marché avec sa propre monnaie

Début 2018 déjà, Marck Zuckerberg avait fait part de son intention de faire pivoter Facebook, qui dépend totalement de la publicité (98% de son CA), vers les cryptomonnaies. Après cet annus horribilis — exploitation des données, audition au Sénat, enquêtes et démission de personnalités importantes comme Brian Acton, cofondateur de Whatsapp —, l’intention de Zuckerberg est claire : transformer l’écosystème Facebook en une gigantesque place de marché disposant de sa propre monnaie. A terme, il sera possible de transférer des fonds instantanément, et ce depuis les différentes applications liées à Facebook. Pour les autres membres des Gafam, c’est un véritable coup de semonce, même si certains, à l’instar d’Amazon, se sont déjà positionnés sur la technologie blockchain.

Des points d’achat physique

Concrètement, l’achat de la cryptomonnaie se fera sur les plateformes spécialisées comme Coinbase, mais également sur les applications du groupe via des porte- feuilles numérique et chez les partenaires. Des entreprises comme Visa, PayPal et Mastercard pourraient même proposer des points d’achat physique permettant l’achat de « libra » en cash. À l’avenir, Facebook pourrait proposer des produits payants, comme des crédits à la manière d’une banque. Facebook, en donnant accès au « libra » sur ces différentes applications, touchera un large public constitué de ses 2,1 milliards d’utilisateurs…

La croissance de la monnaie digitale de Facebook a toutes les chances d’ afficher une croissance bien plus rapide que celle du bitcoin, la principale cryptomonnaie, qui ne compte « que » 30 millions d’acquéreurs. Pour assurer la stabilité financière du « libra », la cryptomonnaie sera indexée sur des devises réelles comme le dollar et l’ euro afin d’ éviter les fluctuations, comme celles que subies régulièrement le bitcoin. À l’inverse de ce dernier, dont toutes les transactions sont publiques, le « libra » sera une cryptomonnaie privée. 20% des 18/24 ans comptent l’utiliser.

Julien Ruffet

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