Lettre ouverte à Vladimir Poutine

Vladimir Poutine à Moscou (Copyright : Sputnik/ABACA)

Par Bernard Chaussegros

Monsieur le Président,

Vous nous avez surpris, le jour où, en 2015, lors d’une assemblée générale d’une société, en présence des salariés, vous avez affronté les propriétaires d’une cimenterie menacée de fermeture, et notamment le milliardaire Oleg Deripaska, en relevant son ambition, son manque de professionnalisme ou simplement sa cupidité triviale ; quand vous l’avez obligé, comme tous les autres, à signer un accord prévoyant la reprise du travail des centaines d’employés pris en otages, en l’obligeant à se déplacer jusqu’à vous pour qu’il signe lui aussi.

Vous nous avez intéressés, le jour où, en 2014, vous avez clairement indiqué au monde entier de quelle manière il convenait de traiter les terroristes islamistes aux quatre coins de la planète : « Je suis sûr que nous allons poursuivre avec force et sans interruption la lutte contre les terroristes jusqu’à leur élimination totale ».

Vous nous avez étonnés, en 2020, le jour où vous avez limogé Iouri Ganous, le patron de l’agence antidopage russe (Rusada), qui était mis en cause après un audit interne révélant des infractions dans la gestion interne de l’agence et des violations d’ordre administratif, économique et financier.

Monsieur le Président, vous nous avez donné encore d’autres preuves de votre capacité à protéger l’ordre moral et politique de votre grand pays. Alors, pourquoi vous lancer aujourd’hui dans une guerre fratricide absurde ? Vous devez cesser immédiatement cette entreprise militaire hasardeuse qui met en péril l’équilibre du monde entier.

Vous prenez prétexte d’un désaccord concernant l’influence de l’OTAN en Europe centrale, et vous pensez que l’alliance transatlantique n’aurait pas respecté sa promesse, faite à votre prédécesseur Mikhaïl Gorbatchev dans les années 1990, de ne pas intégrer de pays d’Europe centrale et orientale. Que vous ayez tort ou raison de croire cela, la question n’est pas là ! L’équilibre des forces doit être à la symétrie des territoires ! Vous avez à l’Est la Chine qui dispose d’une emprise gigantesque sur l’Asie et qui voudrait bien gouverner le monde. Vous avez à l’Ouest les Etats-Unis d’Amérique qui disposent d’une large influence sur son continent et qui dominent le monde depuis près d’un siècle !

Et entre les deux, il y a l’Europe ! L’Europe dont vous faites partie pour des raisons géographiques et historiques. C’est à tort que certains états de l’Union Européenne se sont écartés de la Russie ! Mais il est encore temps de rétablir un équilibre logique. L’Europe ainsi élargie disposerait d’une véritable identité. Et d’une grande force ! Vous savez que la Fédération de Russie compte 145 millions d’habitants, l’Union Européenne des 27 en compte 450 millions. L’ensemble de cette Europe de l’Atlantique à l’Oural représente environ 600 millions de citoyens dont les origines sont proches et dont les peuples ont des cultures et des histoires qui s’entremêlent depuis plus d’un millénaire. En comparaison, les USA ont à peine plus de deux siècles d’existence et ne comptent que 350 millions d’habitants.

En comparaison, la population de l’Inde est d’environ 1 milliard d’individus et celle de la Chine de 1 milliard et demi.

Historiquement, notre parcours est similaire. Et pour ce qui est de la France, la Russie a toujours été comme une sœur ! Souvenons-nous des relations de Catherine II de Russie avec les philosophes des Lumières, Rousseau, Diderot ou Voltaire. C’est d’ailleurs dans les locaux de la Bibliothèque Nationale de Russie à Saint-Pétersbourg que sont conservés tous les livres de la bibliothèque personnelle de Voltaire.

Cette ville magnifique, qui est la vôtre d’ailleurs, a été la capitale de l’empire russe durant deux siècles, de 1712 à 1917. Vous le savez mieux que quiconque, votre ville a été voulue et fondée en 1703 par le tsar Pierre le Grand, et elle a été bâtie pour permettre à la Russie « d’ouvrir une fenêtre vers l’Ouest ». Son style à la fois baroque et néo-classique est largement inspiré de ce qui se faisait en France et elle a été en partie construite par des architectes d’origine italienne, ce qui lui donne ce style exceptionnel, avec ses palais bordant la Neva et une multitude de canaux.

Il y avait donc de belles choses à construire ensemble dans une Europe nouvelle élargie, en oubliant les vieilles querelles de la guerre froide, en abattant une bonne fois pour toutes les fondations même du « Mur de Berlin » et du « Rideau de Fer » !

Mais vous semblez vouloir le pire et non le meilleur !

Arrêtez cette escalade tant qu’il en est encore tant. Le spectacle que vous donnez depuis trois jours est inquiétant ! On vous voit, vous, l’Ours russe, sortant de sa tanière. Ce que vous montriez comme attitude rigoureuse et soucieuse de l’ordre devient la manifestation d’une volonté dictatoriale. L’Ours fait plus que sortir de son antre, il veut tout emporter sur son passage ! C’est à croire que vous entendez refonder le territoire de l’ancienne URSS, et sans doute bien plus encore, rétablir l’empire russe dont vous entendez sans doute devenir le nouveau Tsar ! C’est d’ailleurs ainsi qu’on vous surnommait ces dernières années.

Vous estimez d’ailleurs être légitime à reprendre possession des biens tsaristes dont la Russie a été dépossédée. En fait, ces arguments ne sont qu’arguties. Vous cherchiez un prétexte, vous l’avez trouvé dans une pseudo-analyse de la nature des accords passés par votre pays avec l’OTAN. Vous n’agissez pas par vengeance, vous entendez nous imposer une relecture de l’Histoire.

A l’heure où je vous écris, votre ministre de la Défense annonce qu’il ordonne à l’armée russe d’élargir l’offensive sur l’Ukraine ! C’est donc bien ce que vous avez décidé ! Et à la suite de cette première étape, vous vous retournerez sans doute aucun vers la Moldavie, les trois États baltes et la Pologne, dans la logique de ce qu’était la zone d’influence de l’URSS, dans sa cartographie ancienne ! De son côté, la Roumanie s’inquiète déjà ! Toutefois, l’Ukraine ne se laissera pas écraser sans vous opposer une résistance farouche dont les nazis eux-mêmes, autrefois, ont fait les frais.

Pour parler vrai, Monsieur le Président, la question qui se pose est : que souhaitez-vous que l’on retienne de vous ? Avoir été un homme à la rigueur et à la droiture reconnues, ou avoir été le nouvel Adolf Hitler du 21ème siècle, le dictateur sans âme enfin révélé ?

Car c’est la troisième guerre mondiale qui peut s’enclencher si vous persistez à vous engager sur ce chemin ! Vous menacez de recourir au feu nucléaire, contre l’Ukraine et contre tout État qui lui apporterait son assistance militaire ! Vous le savez pourtant bien, vous êtes loin d’être le seul à en avoir la maîtrise et à détenir des stocks de missiles balistiques. À ce triste jeu de dupes, c’est la destruction de l’ensemble des pays de cette partie du monde qui est prévisible ! Vous connaissez suffisamment bien les ravages que causent les explosions nucléaires, que ce soit dans une bombe ou que ce soit dans une centrale nucléaire comme Tchernobyl. J’en suis le premier concerné, comme bien d’autres d’ailleurs, ma fille Anne-Lise est décédée des causes du nuage toxique provoqué par l’explosion, qui, malgré les propos « rassurants » d’un dignitaire français de l’époque dont je ne citerai pas le nom, ne s’est bien-sûr jamais arrêté aux frontières de la France. Je pourrais en vouloir aux russes et à vous, Monsieur le Président Vladimir Poutine, mais c’était un accident. En revanche, ce que vous voulez faire aujourd’hui, ce n’est pas dû à la malchance, c’est tout simplement un holocauste.

Détruire notre civilisation, alors que nos ennemis communs, les islamistes, s’en chargent depuis des années, est-il le dessein que vous poursuivez ? N’avez-vous pas pour ambition de laisser une trace dans l’histoire comme celui qui aura préservé l’héritage de nos ancêtres, celui des grandes cours européennes, la culture du verbe et de l’excellence ? où préférez-vous laisser derrière vous une « steppe radioactive » qui s’étendra de l’Oural au Bosphore ?

Monsieur le Président, il est encore temps d’arrêter de jouer à l’Apprenti sorcier ! Tendez la main aux partisans du dialogue, acceptez que des peuples issus de l’ancienne URSS puissent s’exprimer librement et différemment sur leur mode de fonctionnement et de vie, sans pour cela être en opposition profonde avec vous. Comportez-vous comme un grand frère bienveillant et non comme un prédateur sans une once d’humanisme et d’humanité, car c’est de cela dont on parle, Monsieur le Président Vladimir Poutine, vous êtes, par vos actes, en ce moment même, le Fossoyeur de l’Humanité.et de votre propre peuple que vous prenez en otage dans votre seule folie.

Oui, tout est encore possible, et oui, je comprends que les pays de l’OTAN doivent respecter les accords de Minsk, votre démonstration de force se suffit en elle-même pour que chacun l’entende. Mais aujourd’hui, Monsieur le Président Vladimir Poutine, il ne faut pas que l’histoire se répète, et que le spectre d’un Adolf Hitler de triste mémoire ressurgisse sous vos traits. Soyez le garant d’une grande Europe apaisée et fraternelle et non le vassal de pays qui vous utilisent à des fins expansionnistes, pour justifier de leurs propres exactions à venir.

Monsieur le Président Vladimir Poutine, j’en appelle à votre cœur, cessez cette guerre, acceptez le dialogue, vous serez écouté ! Ne tuez pas des centaines de millions d’innocents par un geste inconsidéré, ne mettez pas votre peuple dans une situation extrême.

Il y a toujours une solution, quel que soit l’enjeu ou la nature du conflit, saisissez cette main tendue pour mettre un terme à cette folie et pour rendre au peuple ukrainien son droit de vivre libre car, vous le savez car vous en êtes un fervent défenseur, l’esclavage a été aboli en 1848.

Nous sommes au 21ème siècle, tournons-nous vers la protection de notre planète en danger, ou vers d’autres horizons stellaires, et arrêtons de mettre en place les conditions d’une potentielle destruction de notre monde !

Bernard Chaussegros

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