L’étatisme rend les marchés impuissants

Par Jean-Philippe Delsol, avocat, président de l’Institut de Recherches Economiques et Fiscales, IREF

Tribune. Quand les prix de l’électricité deviennent stratosphériques ou quand les prix agro-alimentaires grimpent, c’est la faute du libéralisme de l’Europe quand ce n’est pas celle du libéralisme de Macron. Impuissant, ce pauvre libéralisme est accusé de tous les maux et surtout de ceux qu’il n’a pas commis. Car en l’espèce, le coupable est l’étatisme. Si les prix de l’électricité sont au sommet, c’est parce que les pouvoirs publics n’ont pas su anticiper et que l’Europe a imposé des règles de fixation des prix inappropriées. Et il en va ainsi dans bien des domaines.

Certes le marché électrique est compliqué alors que les besoins peuvent varier vite et beaucoup tandis que l’électricité est très peu stockable. Pour soi-disant favoriser la fluidité et l’approvisionnement du marché, l’Europe a obligé les pays membres à aligner le prix du mégawattheure sur le coût marginal de la dernière source appelée qui correspond en l’état à celui des usines de production au gaz dont le prix est extrêmement élevé depuis la rupture d’approvisionnement du gaz russe. Ainsi, alors que la France continue de produire principalement de l’électricité nucléaire bon marché, elle est obligée de relever son prix au niveau de celui du gaz. C’est la négation même d’un marché libre. Pourtant la fluidité du marché pourrait très bien être assurée par des contrats de livraison réciproque comme l’Angleterre et d’autres pays en ont avec leurs voisins et la France avec les allemands. C’est l’option qu’ont retenu l’Espagne et le Portugal. Les français bénéficieraient alors très largement des prix bas du nucléaire.

De même si les prix alimentaires sont élevés en Europe et particulièrement en France, c’est notamment du fait que les marchés agricoles sont aujourd’hui contraints par des règlementations de tous ordres. La PAC dicte aux agriculteurs les productions souhaitées en différenciant les aides et l’Europe veille à leur déclinaison grâce aux images satellites Sentinel du programme Copernicus. Le niveau d’aide varie en fonction de l’effort écologique. Il y a les bons agriculteurs qui sont récompensés et les mauvais qui sont pénalisés. Ce n’est pas encore un système de surveillance de type chinois, mais on s’en rapproche !

La politique du logement en est un autre exemple, toute entière encadrée par la loi, réglementant les loyers et soumettant les propriétaires à des taxes et des obligations telles que  les candidats à la propriété locative se font rares et que la pénurie de logement gagne.

Tout est à l’avenant d’ailleurs. La dépense publique française annuelle représente encore environ 58% du PIB, ce qui signifie qu’une large majorité des activités sont soumises en France à des financements publics qui sont autant de moyens de « chantage ». Vous voulez des subventions, des aides, des exemptions dit le gouvernement aux entreprises, aux universités, aux communes…, nous vous les accorderons si vous embauchez, si vous contribuez à la transition dite écologique, si vous, entreprises, développez telle ou telle filière de production ou si vous, universités, vous créez tel ou tel enseignements dits écologiques, ou si vous, collectivités, vous réduisez construisez des logements sociaux ou autres. La liberté est suspendue comme la corde soutient le pendu.

Outre les entreprises, les particuliers eux-mêmes sont soumis aux injonctions rituelles de l’Etat qui oblige les annonceurs à insérer des mentions dites sanitaires dans toutes les publicités alimentaires ou relatives aux alcools et maintenant aux voitures. Sans compter qu’aux traves de plus de 500 niches sociales et fiscales, l’Etat cherche à orienter notre comportement, nos achats, nos activités…

 La société française est toute entière dépendante de l’Etat qui taxe ce qu’il ne peut pas encore réglementer. Certes, il n’est pas anormal que la puissance publique fixe des règles et veille à leur respect par chacun. Mais faut-il qu’elle devienne ce carcan qui nuit à nos libertés ? En réalité, comme souvent, l’excès nuit à l’efficacité. Trop de règles tue la règle. En infantilisant les entrepreneurs comme les consommateurs, l’Etat attente à l’initiative et à la croissance. D’ailleurs, et même si corrélation n’est pas toujours raison, il est un fait que depuis une soixantaine d’années en France, et ailleurs dans le monde, la croissance faiblit à proportion de l’augmentation des dépenses publiques.  Parce que la fonction publique n’a ni l’agilité ni la réactivité, ni la capacité d’innovation et d’intuition des entrepreneurs, et parce qu’elle ne supporte guère de sanctions de ses échecs, les dépenses publiques sont moins productives que les dépenses privées.  Et si nous revenions à un Etat plus léger, moins vorace, plus respectueux de nos libertés ? Nous serions tous gagnants. Car aujourd’hui, si les prix de l’électricité sont trop élevés, si les revenus des agriculteurs sont modestes, si la croissance est  atone… ce n’est pas la faute du libéralisme mais celle des excès de règlementation qui abolissent le marché, le fait des erreurs des pouvoirs publics et leur défaut d’anticipation.  L’étatisme rend les marchés impuissants.

Jean-Philippe Delsol

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