Par Catherine Muller

Tribune. Dans l’hommage qu’Emmanuel Macron a  rendu au général de Gaulle, il a ajouté un trait à « l’esprit de la nation française » : la résilience. « Résilience » est un mot que le chef de l’Etat affectionne, et auquel il se réfère souvent, par exemple à travers « l’Opération Résilience », créée en pleine pandémie pour mettre au service des citoyens les moyens en matériel et en hommes de l’armée française, ou en nous exhortant à « retrouver la résilience pour permettre de faire face aux crises à venir ».

Les enfants d’Hawaï

C’est une chercheuse de l’université de Californie,  le docteur  Emmy Werner, qui va la première, dans les années 70, utiliser le terme de « résilience » pour l’appliquer en psychologie. Elle étudiait alors le développement des enfants de l’île de Kauaï, une île très pauvre de l’archipel d’Hawaï, où beaucoup de parents sont  alcooliques et souffrent de troubles mentaux. Et, malgré ces conditions déplorables d’éducation, elle a la surprise de constater qu’un tiers de ces enfants ont grandi sans présenter de troubles du comportement ou de la personnalité, et ce sont à ceux-là qu’elle va appliquer le terme de « résilients », un modèle qu’elle emprunte à la physique des corps élastiques qui réagissent aux pressions qu’on exerce sur eux en se déformant ; mais, dès qu’on relâche la pression, ils reprennent leur état initial. Exactement comme certains des enfants hawaïens, qui avaient pourtant subi les mêmes traumatismes que tous les autres, mais n’en  avaient pas été, eux, durablement affectés.

Elasticité des corps et plasticité des cerveaux

Mais la structure du psychisme humain est de fait bien plus complexe que celle d’un élastique, ses réactions ne sont pas aussi simples, et rien n’y redevient jamais « comme avant ». Bien au contraire, tout ce que nous vivons laisse une trace en nous, et c’est ce qui nous permet d’apprendre de nos expériences. Notre cerveau est une sorte de réseau routier, qui se constitue dès le début de la vie, et se renforce par le vécu ; nous conservons les routes qui nous mènent à bonne destination, nous permettant d’avoir une meilleure vie,  et nous abandonnons les fausses pistes. C’est donc un système en perpétuelle restructuration, qui continue à se façonner tout au long de notre vie, en fonction de ce qui nous arrive. Il dispose pour cela d’un stock de 300 000 milliards de connexion immédiatement disponibles, trois fois plus que la totalité du réseau Internet ; c’est dire son niveau exceptionnel de performance !

 En période de crise, comme celle que nous traversons en ce moment, notre cerveau doit s’adapter et trouver des solutions novatrices aux problèmes inattendus qu’il rencontre. Il a à faire le même travail que les sociétés qui entretiennent le réseau routier national ; elles ont à charge de l’améliorer sans cesse en construisant de nouvelles infrastructures et en agrandissant les routes existantes pour pouvoir  mieux y circuler, comme nous, de notre côté, nous devons créer de nouvelles connexions cérébrales pour arriver à réfléchir différemment et voir les choses d’un autre point de vue. C’est un neurologue britannique, Geoffrey Raisman, qui établit scientifiquement, en 1969, l’existencence de la « plasticité neuronale », par analogie avec la plasticité physique d’un matériau, une propriété qui lui permet de modifier sa forme sous l’effet d’une intervention et surtout de conserver longtemps cette nouvelle forme. Geoffrey Raisman est lui-même un exemple remarquable de « plasticité cérébrale ». En effet, lors d’une conférence en juillet 2004, il confiera que sa découverte a été la conséquence de « l’hypothèse d’une hérésie inouïe », une façon de dire que c’est parce qu’il est sorti des sentiers battus qu’il est arrivé à ce résultat! Il illustre ainsi parfaitement sa propre théorie : c’est grâce à cette plasticité de notre cerveau que nous apprenons sans cesse et que nous augmentons en permanence notre efficacité.

Etre ou ne pas être résilient

Etre ou ne pas être résilient n’est pas une fatalité, ce n’est pas un trait de personnalité que seuls certains auraient la chance d’avoir. Au contraire, la résilience, ce n’est pas quelque chose d’extraordinaire,  c’est une certaine façon de penser et d’agir que tout le monde peut apprendre et mettre en pratique.

Etre résilient, ce n’est pas vouloir réussir à tout prix, c’est paramétrer qu’on va peut-être échouer, mais qu’on pourra trouver quand même quelque chose de constructif pour l’avenir dans cet échec. Et devenir plus résilient ne vous aidera pas seulement à surmonter  les difficultés de la vie, ça vous permettra aussi de comprendre, dans chaque situation rencontrée,  ce qu’il y a de mieux pour vous et ceux qui sont importants pour vous.

Il y a sept points à garder en tête et à appliquer quasi quotidiennement pour se construire en tant que personne résiliente:

  1. Se donner des buts réalistes et tout faire pour les atteindre
  2. Quoi qu’il arrive rester actif
  3. Ne jamais cesser de chercher de nouvelles opportunités
  4. Adopter une vision la plus large possible de la situation et échanger avec les autres sur vos options
  5. Imaginer une sortie heureuse de la crise et visualiser cette fin heureuse
  6. Continuer, quoi qu’il arrive, à prendre soin des autres
  7. Renforcer vos liens avec ceux qui comptent pour vous

Comme se forger des muscles, augmenter sa capacité de résilience prend un peu de temps et demande de l’entraînement. Mais le résultat peut être tout aussi spectaculaire !

Catherine Muller
Docteur en psychologie
Member of the World Council of Psychotherapy
Member of the American Psychological Association

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