Tribune. J’ai participé volontairement pendant deux jours au stage de sensibilisation aux causes et conséquences des accidents de la route. Cette participation avait pour but de récupérer 6 points perdus au cours des 6 derniers mois. Mais surtout pour évaluer le contenu de la dite formation au regard de la réduction des accidents mortels de la route. Pour rappel : l’objectif de l’Europe est de réduire de moitié le nombre d’accidents mortels d’ici 2030.

Premier constat, sur l’ensemble des stagiaires présents, aucun n’a été à l’origine ou victime d’accident de la route. Nous étions là, pour la quasi totalité, pour des infractions « mineures » par rapport au code de la route : stationnement gênants, feux oranges, stop glissé… Un seul jeune pour consommation de drogue ; un autre pour l’alcool ; la plupart pour des excès de vitesse dépassant la vitesse autorisée de 2 à 20 km/h.

Nous méritions tous les pertes de points au regard de la réglementation. Mais la majorité des stagiaires présents étaient de bons conducteurs ou des professionnels de la route. La preuve : ils n’ont jamais eu d’accidents. Pour ma part, je conduis depuis 57 ans sans aucun accident responsable, dont 40 ans, en région parisienne…

L’ONISR (Observatoire national interministériel de la sécurité routière) désigne clairement la vitesse excessive ou inadaptée comme cause principale. Le contenu du stage portait principalement sur la vitesse excessive, mais aussi sur l’alcool, la drogue et le téléphone au volant. On a effleuré la perception des risques. Mais en aucun cas, le comportement du conducteur n’a été sérieusement abordé pour essayer de faire évoluer vers des situations de maitrise de la vitesse en toute circonstances.

De l’aveu même de la formatrice, elle n’est « pas là pour convaincre de changer de comportement mais au contraire de contraindre à l’application du code de la route qui reflète l’expertise du législateur en matière de sécurité routière ». Un point c’est tout.

Le seul aspect du stage concerne clairement la répression. Certes, absolument nécessaire, mais pas suffisante pour atteindre notre objectif de 2030. Dans ce genre de stage, vous ne verrez jamais ceux qui conduisent lentement, qui possèdent tous leurs points, mais qui sont des dangers publics, et ils sont nombreux. On les rencontre régulièrement en ville sur les routes, les autoroutes, et malheureusement dans les statistiques de l’ONISR…

  • 3 498 usagers de la route tués en 2019
  • Coût de l’insécurité routière : 50,8 milliards d’euros, soit 2,2 points du PIB
  • 1 600 jeunes de 18/24 ans morts en 2019

La vitesse inadaptée qui est, de mon point de vue de préventeur, probablement la cause principale des 1 600 accidents mortels des jeunes de 18 à 24 ans qui meurent chaque année dans un accident, ne fait pas l’objet du contenu de ce stage. Et pourtant, il est clair que 9 fois sur 10, les accidents ont pour origine le facteur humain.

L’organisme de formation ne fait qu’appliquer les directives. L’évolution du contenu du stage n’interviendra donc pas à ce niveau. Il faut viser le législateur. Pour autant, le stage n’est pas inutile, mais incomplet. En revanche, les formatrices sont-elles bien adaptées pour ce genre de stagiaires qui viennent récupérer leurs points pour ne pas perdre leur travail ?

Pour améliorer la politique de prévention des accidents de la route, il faut explorer d’autres pistes. La répression est à bout de souffle. Il faut passer de la sécurité à la prévention. La cible doit être les accidentés graves de la route. L’analyse des causes recherchées doit être objective, c’est-à-dire sans désigner le responsable pénal, ni celui qui doit payer. Un préventeur indépendant doit réaliser un arbre des causes qui déterminera clairement les vraies causes des accidents.

De mon point de vue, les sociétés d’assurance sont les mieux placées pour nous aider dans ce programme. Certaines sont déjà engagées pour la formation des jeunes conducteurs — Groupama, par exemple. J’ai actuellement des contacts avec le Crédit Agricole et la MAAF. Je peux mettre au service de la collectivité mon expérience de préventeur d’entreprise. J’ai analysé des centaines d’accidents de la route qu’ils soient du travail, de trajet, de circulation, ou qu’ils impliquent des véhicules de service et de fonction, que ce soit chez Eiffage ou chez Vinci.

L’analyse par l’arbre des causes à mis en évidence que le facteur humain était à l’origine de la majorité des accidents. Avec l’accord de la direction et l’appui de la CNAM et de l’INRS, nous avons mis en place une politique prévention des accidents de la route sur deux axes : la sensibilisation des polyaccidentés avec la méthode Lateiner et sur circuit avec Jean-Pierre Beltoise et les circuits du Centaure.

L’objectif de la formation : développer une conduite responsable, apte à maitriser la vitesse de son véhicule en toute circonstances. En une phrase, pour rester simple : apprendre à gérer la seconde avant l’accident.

Les résultats spectaculaires ont été récompensés par des trophées (CRAMIF et INRS). Aujourd’hui, on peut partager cette expérience avec l’ONISR et les compagnies d’assurance pour atteindre l’objectif de réduction des accidents de la route à l’horizon 2030.

Deux populations doivent être ciblées : les jeunes après l’obtention du permis de conduire et les accidentés identifiés par les sociétés d’assurance. Le financement est facile à trouver avec le produit financier des radars (850 millions d’euros par an) et le partenariat gagnant- gagnant avec les sociétés d’assurances.

Pourquoi les radars sont-ils considérés comme du racket ? Les radars jumelles détectent les très bons conducteurs. Ils sont obligatoirement placés au bout d’une grande ligne droite, là ou les conditions de sécurité sont optimales pour effectuer un dépassement en toute sécurité, mais souvent au-delà de la vitesse autorisée. Ce n’est pas de la prévention mais du racket. Trois points en moins sur le permis, 500 euros pour les récupérer (coût de la formation, hôtel, essence, péage, repas…).

Mais le pompon du racket, si j’ose dire, c’est le radar en mouvement. J’ai perdu un point pour avoir roulé à 89 km/h au lieu de 80 sans avoir aucune idée du lieu et des circonstances de l’infraction : 135 euros facilement gagné ! La démonstration de la répression stupide et inutile… Il y a urgence à faire appel à un préventeur pour définir des actions efficaces pour la prévention routière.

Pourquoi le stage sera-t-il inutile pour me faire changer de pratique de conduite ? Tout simplement parce que je conduis en permanence avec le limiteur en ville sur route et autoroute. En 1998, ma voiture de fonction était un diesel de faible puissance. Lors d’un dépassement interminable, j’ai eu la peur de ma vie — on peut comparer avec l’image du camion sur autoroute qui double un autre camion. Depuis ce jour, j’ai des véhicules puissants pour effectuer les dépassements en quelque secondes quand les conditions de sécurité sont réunies. C’est pour ma sécurité et celles des autres. Je suis conscient d’être fautif au regard de la loi. Mais je préfère perdre des points que perdre la vie.

Par Jacky Bellaguet, préventeur

LAISSER UN COMMENTAIRE

Tapez votre commentaire
Entrez votre nom ici

dix-neuf + 1 =