En Corse, 30% de la vie économique dépendent du tourisme. Qu’ils soient restaurateurs, hôteliers, vignerons, artisans ou commerçants, ils se battent pour relancer la machine insulaire, dopée heureusement par l’arrivée de jeunes pousses dans de nouveaux secteurs.

La Corse a beau se tenir à quelques encablures de la Côte d’Azur, il n’en reste pas moins qu’elle garde des particularités typiquement insulaires. Ainsi, son économie est devenue au fil du temps essentiellement tournée vers les services et l’administration, ainsi que le tourisme, sans oublier l’incontournable BTP. Ce trio d’activités est absolument indispensable à l’emploi, comme dans nos territoires d’outremer.

L’insularité, un monde à part

L’industrie et l’agriculture y sont des activités importantes d’un point de vue historique et symbolique, mais pèsent peu en termes de pourcentage de population active. Sans richesse minière, et avec une logistique forcément plus complexe que sur le continent, les activités industrielles d’une certaine ampleur ont eu des difficultés à s’implanter et se développer. Autre point commun avec les îles françaises, bien que la Corse soit la quatrième île méditerranéenne en termes de superficie, sa population, et donc son marché, sont limités.

La Corse compte quelques 340 000 habitants, principalement installés sur le littoral, dont environ 1/3 de population active. Les entreprises non saisonnières et non « exportatrices » doivent donc pouvoir vivre sur ce marché local. A noter cependant que la Corse voit son marché intérieur augmenter et devrait compter 600 000 habitants vers 2050.

Des prix plus élevés

Au-delà des points évoqués ci-dessus, l’entrepreneur corse est conscient de certains coûts cachés liés directement à l’insularité, qui explique également que les prix y soient plus élevés qu’ailleurs. Il faut ainsi accepter d’avoir plus de stocks qu’en métropole afin d’éviter les ruptures dues aux aléas météorologiques. Le recrutement n’y est pas plus simple qu’ailleurs ; la grande saisonnalité de nombreuses activités ne fait que renforcer le phénomène.

Différentes strates de fragilité

On évoque fréquemment la fragilité des espaces marins dans cette partie de France, tout comme la protection des sites naturels. C’est oublier un peu vite que l’activité économique l’est également. La crise du Covid-19 n’a fait qu’accentuer le phénomène et le préfet de l’île, Franck Robine, s’en est inquiété début mai, insistant sur le coût social et humain pour tous les types de populations, y compris les indépendants, les agriculteurs et les professions libérales. Car on oublie face aux fastueuses villas du littoral que la Corse détient un taux de pauvreté supérieur à la moyenne française.

48% de microentreprises

Le tissu économique corse est essentiellement constitué de TPE dans le secteur de la restauration et du tourisme. La très forte densité artisanale est un point majeur, et les métiers liés au BTP y sont particulièrement nombreux. 48% du total des entreprises sont des « micro-entreprises », soit 9 points de plus que dans les autres départements de province sur le continent, un élément particulier qui n’empêche pas la rentabilité d’être au rendez-vous.

Des secteurs incontournables

Ceux qui vont en Corse connaissent ses entreprises les plus emblématiques et les plus rentables. Dans le haut du classement, on retrouve des sociétés de grande distribution alimentaire et discount, des commerces de gros, des établissements touristiques, tels qu’hôtels, plages et campings, des sociétés de transport et des entreprises de maçonnerie, terrassement, menuiseries, etc. Par ailleurs, de nombreuses initiatives sont prises par des entrepreneurs créateurs afin de mettre en avant des savoirs faire particuliers, souvent spécifiques de l’île. Et les start-uppers constituent un noyau relativement solide, même si les conséquences de la crise de la Covid-19 ne sont pas encore toutes déchiffrées.

Des initiatives entrepreneuriales

Les créateurs d’entreprise disposent des facilités proposées par le gouvernement, ainsi que d’un incubateur dynamique qui a poursuivi son activité en dépit de circonstances compliquées en 2020 : Impresa Si, l’incubateur made in Corsica. Le plan Corse Transmission mettait déjà en avant il y a cinq ans le fait qu’un chef d’entreprise de plus de 55 ans sur trois allait transmettre son activité, la moitié du temps à sa famille, notamment dans les domaines de la construction, du commerce et de l’hébergement-restauration.

Avec le programme Impresa, une aide est allouée par l’Agence de développement économique de la Corse aux repreneurs sous certaines conditions dont le fait de s’engager à garder l’entreprise pendant un minimum de cinq ans.

Des jeunes pousses d’avenir

Si les grands noms de l’économie sont bien connus, notamment dans les domaines touristique ou agricole, de nouvelles jeunes pousses sont en développement ou ont déjà fait leurs preuves, comme celles qui suivent.

Inoveli, R&D & sport mécanique

Cette petite société innovante a trouvé un créneau particulier et technique : des poignées de commande et d’accélérateur pour deux roues, quads, et autres engins motorisés. Une offre construite sur un savoir-faire de haut niveau acquis lors de compétitions automobiles qui a permis de déposer un brevet international. Des poignées pour les utilisateurs passionnés, permettant de plus une amélioration de la sécurité et un meilleur contrôle pour les véhicules à guidon.

Soutenue par les structures locales pour son incubation, elle fut la première entreprise corse sélectionnée par HEC et EM Lyon dans le cadre de leurs programmes de soutien aux entreprises innovantes à fort potentiel. Une aventure de longue haleine pour Frédéric Vellutini, dont l’offre nécessite des investissements importants en termes de R&D et des soutiens concrets depuis sa création en 2008.

Stepsol, de l’énergie pour tous

Cette jeune entreprise innovante travaille depuis 2016 sur le stockage d’énergies renouvelables, une technologie appropriée pour rendre autonome des villages un peu isolés ; ce qui convient parfaitement à certaines régions corses, mais pas seulement. Capable d’alimenter en électricité de 10 à 20 maisons en zones isolées et reculées, ou « Zones Non Interconnectés » comme cela est souvent le cas dans les îles du monde entier. Trois ans de recherche ont été nécessaires avant de passer à la phase levée de fonds/commercialisation.

Une étape fort délicate qui va enfin pouvoir se concrétiser grâce à une première installation dans la commune enclavée de Mausoléo, en Haute Corse. Didier Pierrat-Agostini travaille en ce sens en basant les travaux de Stepsol non pas sur les batteries, mais sur les Stations de Transfert d’Energie par Pompage (STEP) couplées à des barrages. Une technologie simple et bien connue qui peut être déclinée via des « micro-steps » couplée, non pas à des barrages, mais à des centrales solaires et des bassins hydrauliques. Le solaire pour la journée et les pompes hydrauliques pour la nuit.

Jellysmack Labs : Des vidéos pour les réseaux

Robin Sabban, Michael Philippe et Swann Maizil sont les trois fondateurs de Jellysmack (ex Keli Network), toute jeune société de 4 ans à peine. Sa plateforme vidéo a déjà enregistré quelques 4 milliards de vues mensuelles sur les réseaux sociaux et peut se vanter de 100 millions de visiteurs uniques aux Etats-Unis. Cette équipe de trentenaires a su attirer les financements, avec 2 millions d’euros début 2017 et 14 millions de dollars fin 2018.

Les vidéos portent sur quelques thèmes principaux visant des communautés précises et jeunes, tels que beauté, football, gaming, basket, animaux, et puzzles. Jellysmack est devenu un géant mondial en matière de création de vidéos sur les réseaux et si l’internationalisation a modifié l’organisation, le cœur de la tech reste à Corte.

Robin et Michael sont des amis de longue date et avaient déjà fondé il y a neuf ans Le Kiosk, une application à succès, proposant des journaux et magazines en ligne. Swann les a rejoints lors de la création de Keli Network en février 2016, aujourd’hui Jellysmack. Son modèle économique ? Des partenariats avec des marques intéressées par le public des vidéos, ciblant généralement les moins de 35 ans. La réussite est déjà au rendez-vous, mais l’histoire ne fait que commencer avec de nouveaux thèmes déjà à l’étude.

Les pépites de l’université de Corse

Le pôle « Pépite » Corse a accompagné depuis sa création en 2014 quelques 70 à 80 entreprises et sensibilisé des milliers d’étudiants à l’entrepreneuriat, qu’il s’agisse d’une start-up à proprement parler ou d’un projet artisanal innovant. Pour les jeunes qui sont plus avancés, il est possible d’aller vers un diplôme « Etudiant Entrepreneur » mis en place en 2016, et de travailler au Palazzu Naziunale dans un espace de co-working où un Fablab est mis à leur disposition.

L’expérience « smart village »

Avec Smart Village, l’université a mis en place un projet expérimental avec le CNRS dans le village de Cozzano : mettre la recherche au service des administrés et faire de cette petite commune de Corse du Sud un village connecté et durable. Une façon de stabiliser les populations en améliorant les conditions de vie des habitants et des acteurs économiques locaux.

La Corse n’est pas terre facile, de par son insularité et ses particularités culturelles et sa tradition basée sur les clans et les familles, que l’on retrouve fréquemment dans les pays ou régions qui ont vécu dans un certain isolement. Mais l’île peut aussi devenir terre promise, car les créateurs d’entreprise y sont nombreux. La fortune n’est pas toujours au rendez-vous, mais le dynamisme est présent ainsi que la fidélité aux origines, facteur essentiel pour le futur économique de l’île, qui doit pouvoir fixer des entreprises rentables sur le territoire. Vive le renouveau !

V.D.

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