Par Emmanuel Jafelin, ancien diplomate au Brésil, « philosophe de la gentillesse », traduit au Brésil (« Caderno de exercicios de Gentileza »)

Le grand anthropologue brésilien Sergio Buarque de Hollanda1 avait écrit en 1936 un livre anthropologique sur son pays qui s’intitulait « l’homme cordial » dans lequel il voyait une racine du Brésil. Donc vaccin et masque dé-racinent les Brésiliens, ce que les médecins locaux et d’ailleurs ne voient pas, privilégiant la santé à la cordialité.

Cet article n’a pas pour but de défendre l’actuel président de la république brésilienne qui a toutefois le mérite de respecter l’essence « cordiale » de son pays, question qui ne se pose pas dans les pays européens, peu cordiaux puisque la chaleur dans les relations humaines a depuis longtemps été remplacée – si tant est qu’elle y ait existé – par une froideur des relations humaines. L’homme froid, pour ne pas dire « congelé » dans une idéologie hyper individualiste, a moins de mal à mettre une capote « anglaise » (et non « brésilienne ») lorsque le sida apparaît et un masque (made in China) lorsque le Corona surgit. Du sexe au nez, le puritanisme médical a moins de mal à s’imposer dans des pays aux relations humaines froides, c’est-à-dire en Europe et aux Etats-Unis qu’au Brésil, pays des relations humaines chaleureuses. Pourtant, il y eut des résistances à cette froideur même en Europe, la Suède, par exemple, ne rendant pas le masque immédiatement2 obligatoire, et la France, disposant encore aujourd’hui d’une partie de sa population qui résiste au port du masque.

Néanmoins, la prolifération du virus corona, covid-19, et l’arrivée du variant Delta au Brésil ont conduit l’autorité politique à cesser (casser ?) la cordialité au profit de la médicalité et des protections qui l’accompagnent : déploiement de la vaccination, distanciation sociale et port du masque obligatoire (depuis seulement le 10 juin 2021).

Avec un rythme d’environ 2000 morts par jour causées par ce virus, les tentatives du Président Jair Bolsonaro à limiter cette obligation (du masque) à ceux qui ne sont pas vaccinés ou qui sont guéris du Covid-19. En bref, comme le disait Pascal « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point » ; et au Brésil règne la cordialité dont l’étymologie vient du latin cor et cordis qui désignent le cœur.

Le paradoxe étant que l’excès de cœur dans ce pays provoque des arrêts de cœur en quantité plus importante que dans les pays froids de la raison. A quelque chose malheur est bon : cette situation sinistre et catastrophique du nombre de morts invite les gouverneurs de chaque Etat brésilien à appliquer les obligations avec une plus grande rigueur. Le gouverneur de São paulo a ainsi fait imposer une amende à Jair Bolsonaro qui défilait en moto à São Paulo au mois de mai avec un casque mais sans masque ! Ceci dit, ce mardi 7 septembre, le Président a réussi à faire défiler une grande partie du peuple brésilien en sa faveur à l’occasion du Jour national, jour dont se foutent les médecins au nom de la santé. Ou quand la cordialité transcende la santé et réunit les hommes, versus :  quand la santé se plaît à diviser les hommes au nom de la personne comme individu (supposé in-divisible et atome du peuple). Et dire que c’est la planète terre qui se réchauffe plutôt que les cœurs des hommes !


1 – Né en 1902 et mort en 1982 à São Paulo

2 – La Suède a déclaré le port du masque obligatoire seulement à partir du 16 août 2021

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