L’agriculture française va-t-elle retrouver son âme ?

La chronique économique hebdomadaire de Bernard CHAUSSEGROS

Au cours des 50 dernières années, nous avons assisté à la désertification des territoires ruraux au profit des villes et des métropoles, à l’abandon des métiers de la terre pour ceux de l’industrie et du tertiaire.

L’arrivée du télétravail et sans doute, la lassitude de la vie en ville, sans évoquer le COVID, sont les facteurs qui favorisent aujourd’hui, un exode inverse et un retour à la province.

Mais si la France des campagnes représente 80 % du territoire, la surface agricole utilisée (SAU) représente aujourd’hui 49 % de la surface utilisable de notre territoire national ce qui démontre une baisse constante puisqu’elle était de 51 % en 2000.

Il y a sans doute lieu de s’inquiéter et de trouver des solutions. En effet, on estime à 2 500 m² par habitant le ratio permettant une autosuffisance alimentaire. Si l’on tient compte de la croissance de la population nationale (+0,5 %/an), et de la progression de l’artificialisation des sols (+0,8 %/an), les projections statistiques établissent que la population française sera de 100 millions d’habitants en 2100, et que dès 2080 la surface agricole utile ne permettra plus notre autosuffisance alimentaire.

Au-delà de l’accroissement de la population et de sa densité, il est indispensable d’intégrer les enjeux actuels tels que le réchauffement climatique et ses déclinaisons, désertification, manque d’eau, dont les conséquences sont assez peu prévisibles.

Un peu d’histoire pour comprendre le déclin du secteur

Le terme « terres agricoles » ne désigne pas l’ensemble des campagnes, il ne concerne que les terres arables, les cultures et les pâturages permanents, mais pas les terres non exploitées ou les forêts cultivées pour le bois.

La crise de l’agriculture traditionnelle traduit bien la crise des sociétés occidentales, et notamment l’évolution chaotique de l’économie française depuis la fin de la seconde guerre mondiale. C’est la mise en place d’une agriculture nouvelle qui traduit l’évolution de la population paysanne depuis le début du XXème siècle.

PériodePopulation
19008.250.000
19137.900.000
19306.450.000
19396.000.000
19545.135.000
19821.900.000
2019650.000

La paysannerie ne représente plus que 9,2 % de la population active en 1975 contre 26,7 % en 1954. La disparition progressive d’un aussi grand nombre d’agriculteurs traduit bien l’évolution globale de la société. La France était encore très rurale au milieu du siècle et elle va perdre, d’une certaine façon, son âme et son histoire.

Depuis 1945, le monde agricole voit disparaître progressivement la petite paysannerie de subsistance et naître une agriculture industrielle, avec ses fermes modernes gérées par des exploitants agricoles, chefs d’entreprise.

Si la population française a connu de profondes mutations (économiques, démographiques, sociologiques…), la population agricole, comme le montre le tableau ci-dessus, a quasiment disparu. Aucun autre secteur économique n’a connu une telle régression.

La modernisation agricole a également modifié la structure administrative des campagnes, provoquant ce qu’on a appelé « exode rural » qui a notamment provoqué la désertification des campagnes. Il ressort des statistiques de l’INSEE que 75 % de la population française est citadine. Dans les campagnes désertées, les fermes familiales de petite taille ont été remplacées par des exploitations de centaines d’hectares, véritables entreprises qui ont partie liée avec l’industrie agroalimentaire.

C’est l’avènement de l’agriculture intensive qui remet en cause le mode de vie des agriculteurs, afin qu’ils produisent en quantité et à bas prix, en oubliant les exigences de la qualité, une activité qui se caractérise désormais par une mécanisation à outrance et l’apport massif des produits chimiques dans le cycle de la culture. Une telle modernisation entraîne des coûts excessifs et les agriculteurs s’endettent alors, ils voient arriver, par l’intermédiaire de « leur » banque, le Crédit Agricole, une masse de capitaux dont les enjeux sont la productivité et le profit.

Cette disparition progressive des agriculteurs est à mettre en parallèle avec l’évolution globale des mentalités depuis la seconde guerre mondiale. La promotion des professions dites « intellectuelles » s’est faite au détriment des métiers manuels traditionnels comme l’agriculture. Les métiers manuels ont été particulièrement dénigrés, au profit d’une approche artificiellement théorique de l’enseignement et du monde du travail. Il en est d’ailleurs de même pour les filières dites technologiques, techniques ou pratiques (DUT, BTS, BAC pro). A ces considérations péjoratives du travail manuel s’ajoutent des conditions de vie et de travail particulièrement difficiles des agriculteurs. L’ensemble de ces facteurs ont contribué à faire de l’agriculture traditionnelle un secteur moins attractif qu’auparavant.

On ne doit pas sous-estimer les apports techniques que l’industrialisation à apporter à ce secteur, mais il faut cependant constater qu’elle a profondément dénaturé et déséquilibré l’agriculture française.

Parallèlement, le rapport des agriculteurs aux saisons s’est transformé, sous l’impulsion des investissements profitables. On cherche à contourner les contraintes climatiques, par des installations chauffées, des serres ultra modernes, ou par l’adoption de nouvelles techniques hors sol.

On pourrait presque parler de la « fin des paysans » avec la mise en place d’une exploitation agricole moderne ! Les pouvoirs publics qui avaient pour objectif de parvenir à l’autosuffisance alimentaire, ont mis en place une politique volontariste de modernisation des campagnes, en promulguant des lois d’orientation agricole, en 1960 et en 1962, et en distribuant beaucoup d’argent en aides publiques. Mais le contrecoup de cette stratégie s’est traduit par une surproduction dont on ne savait plus que faire, en l’absence de demande interne.

La mise en place, au niveau européen, de la PAC (politique agricole commune) destinée à soutenir les marchés et les prix agricoles (1er pilier), va faire de la France le premier pays producteur de l’Union européenne et le deuxième exportateur au monde de produits agroalimentaires, le tout subventionné par des budgets communautaires, ce qui n’a pas été sans provoquer des conflits entre états membres et des négociations dans lesquelles les agriculteurs français, en dépit de toutes ces aides, se sont battus pour sauvegarder leurs revenus, entraînés vers le bas par la concurrence des pays voisins, européens ou non.

Depuis 1999, l’Union européenne a décidé de compléter la dimension de la PAC par un « 2ème pilier » consacré au développement rural, preuve s’il en est de la situation détériorée de la ruralité française.

Le rôle de l’agriculteur a donc changé, on ne lui demande plus seulement de nourrir le pays, il doit aussi rapporter des devises. Comme le disait un ancien président de la République : « L’agriculture est le pétrole vert de la France ». Si certains agriculteurs se modernisent, d’autres, parmi les plus vieux, conservent le modèle d’une agriculture de subsistance. C’est notamment par ce biais que notre société est entrée dans le règne de la consommation, toujours la quantité, au moindre prix pour les investisseurs, au plus cher pour les consommateurs.

Un monde agricole qui tente de retrouver son âme

La paysannerie ne représente plus que 9,2 % de la population active en 1975 contre 26,7 % en 1954. La disparition progressive d’un aussi grand nombre d’agriculteurs traduit bien l’évolution globale de la société. La France était encore très rurale au milieu du siècle et elle va perdre, d’une certaine façon, son âme et son histoire.

Depuis 1945, le monde agricole voit disparaître progressivement la petite paysannerie de subsistance et naître une agriculture industrielle, avec ses fermes modernes gérées par des exploitants agricoles, chefs d’entreprise.

Si la population française a connu de profondes mutations (économiques, démographiques, sociologiques…), la population agricole, comme le montre le tableau ci-dessus, a quasiment disparu. Aucun autre secteur économique n’a connu une telle régression.

La modernisation agricole a également modifié la structure administrative des campagnes, provoquant ce qu’on a appelé « exode rural » qui a notamment provoqué la désertification des campagnes. Il ressort des statistiques de l’INSEE que 75 % de la population française est citadine. Dans les campagnes désertées, les fermes familiales de petite taille ont été remplacées par des exploitations de centaines d’hectares, véritables entreprises qui ont partie liée avec l’industrie agroalimentaire.

C’est l’avènement de l’agriculture intensive qui remet en cause le mode de vie des agriculteurs, afin qu’ils produisent en quantité et à bas prix, en oubliant les exigences de la qualité, une activité qui se caractérise désormais par une mécanisation à outrance et l’apport massif des produits chimiques dans le cycle de la culture. Une telle modernisation entraîne des coûts excessifs et les agriculteurs s’endettent alors, ils voient arriver, par l’intermédiaire de « leur » banque, le Crédit Agricole, une masse de capitaux dont les enjeux sont la productivité et le profit.

Cette disparition progressive des agriculteurs est à mettre en parallèle avec l’évolution globale des mentalités depuis la seconde guerre mondiale. La promotion des professions dites « intellectuelles » s’est faite au détriment des métiers manuels traditionnels comme l’agriculture. Les métiers manuels ont été particulièrement dénigrés, au profit d’une approche artificiellement théorique de l’enseignement et du monde du travail. Il en est d’ailleurs de même pour les filières dites technologiques, techniques ou pratiques (DUT, BTS, BAC pro). A ces considérations péjoratives du travail manuel s’ajoutent des conditions de vie et de travail particulièrement difficiles des agriculteurs. L’ensemble de ces facteurs ont contribué à faire de l’agriculture traditionnelle un secteur moins attractif qu’auparavant.

On ne doit pas sous-estimer les apports techniques que l’industrialisation à apporter à ce secteur, mais il faut cependant constater qu’elle a profondément dénaturé et déséquilibré l’agriculture française.

Parallèlement, le rapport des agriculteurs aux saisons s’est transformé, sous l’impulsion des investissements profitables. On cherche à contourner les contraintes climatiques, par des installations chauffées, des serres ultra modernes, ou par l’adoption de nouvelles techniques hors sol.

On pourrait presque parler de la « fin des paysans » avec la mise en place d’une exploitation agricole moderne ! Les pouvoirs publics qui avaient pour objectif de parvenir à l’autosuffisance alimentaire, ont mis en place une politique volontariste de modernisation des campagnes, en promulguant des lois d’orientation agricole, en 1960 et en 1962, et en distribuant beaucoup d’argent en aides publiques. Mais le contrecoup de cette stratégie s’est traduit par une surproduction dont on ne savait plus que faire, en l’absence de demande interne.

La mise en place, au niveau européen, de la PAC (politique agricole commune) destinée à soutenir les marchés et les prix agricoles (1er pilier), va faire de la France le premier pays producteur de l’Union européenne et le deuxième exportateur au monde de produits agroalimentaires, le tout subventionné par des budgets communautaires, ce qui n’a pas été sans provoquer des conflits entre états membres et des négociations dans lesquelles les agriculteurs français, en dépit de toutes ces aides, se sont battus pour sauvegarder leurs revenus, entraînés vers le bas par la concurrence des pays voisins, européens ou non.

Depuis 1999, l’Union européenne a décidé de compléter la dimension de la PAC par un « 2ème pilier » consacré au développement rural, preuve s’il en est de la situation détériorée de la ruralité française.

Conclusion

Sans que ce soit une révolution, il est intéressant et rassurant de constater que, par l’influence de l’opinion public et par les actions volontaristes des consommateurs, le monde rural est actuellement dans une phase de renouveau. Les campagnes se repeuplent, même si cela ne se fait pas par le retour des agriculteurs dans les fermes, mais le tissu et le maillage premier du pays se reforme.

Les habitudes alimentaires se modifient, progressivement, induite par une demande visant à obtenir des produits de qualité qui seront payés au juste prix à ceux qui cultivent les terres.

Parallèlement, les États prennent conscience de l’importance du monde agricole et de ceux qui y travaillent. En témoigne l’adoption, en 2018, par l’Assemblée générale des Nations unies, de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales, dans l’objectif de redonner un souffle à l’agriculture paysanne.

L’agriculture française, est une des forces, historique et culturelle de notre pays. Il suffit souvent d’interroger ses voisins, ses amis ou ses collègues pour s’entendre dire que leurs grands-parents ou arrière-grands-parents travaillaient la terre !

Focus : la plateforme de financement participatif AKUO et AKUO Energy

Notre agriculture dispose de nombreux atouts : la qualité des terres de France, l’excellence des agriculteurs et l’impact de l’écologie sur notre devenir ! Cet impact, ou ce lien entre l’écologie, la conscience renouvelée dans la nature dont on vit se traduit par des projets exemplaires.

À ce titre, l’exemple suivant est porteur d’espoir !

La plateforme de financement participatif AKUO, spécialisée dans les énergies renouvelables, et AKUO Energy, premier producteur indépendant français d’énergie renouvelable, propose uniquement des offres de prêt pour financer des centrales de production d’énergie verte.

Ce groupe a installé une ferme photovoltaïque à Piolenc, village du Vaucluse (84), avec le souci de créer des synergies entre l’écologie et l’agriculture. Cette ferme de 40 ha (et bientôt 46 ha), est la plus puissante station photovoltaïque flottante d’Europe. Construite sur de vastes plans d’eau, vestiges d’anciennes carrières, elle permet de développer différents projets respectant les enjeux environnementaux.

Les premiers 47 000 panneaux fournissaient, en 2020, 17 mégawatts, l’équivalent de la consommation de 4 500 foyers. Ce dispositif est notamment complété par un outil d’expérimentation installé au sein d’un vignoble de 4,5 Ha de vignes, appartenant à la chambre d’agriculture du Vaucluse.

Bernard CHAUSSEGROS

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