L’héritier de Jean-Luc Lagardère, le fils unique, réussira-t-il à passer du statut de rentier intempestif à celui de grand entrepreneur comme il semble en avoir les capacités ?

Débarqué trop tôt, trop tendre à la tête d’un empire diversifié où de nombreuses décisions stratégiques étaient a prendre, le fils prodige n’a certes pas su opérer tous les revirements stratégiques au moment où ils se posaient. La décision de céder ses actifs dans Airbus, qui jouaient aussi un rôle de protection, ne fut pas forcément la plus judicieuse. En investissant parfois à contretemps, Arnaud se retrouve à la tête d’un conglomérat certes encore attractif de par ses activités (magasins d’aéroports, presse, radio ou édition…) mais qui a été considérablement écorné (vente du pôle presse magazine à CMI de Daniel Kretinsky) au fil des années et des restructurations.

Se retrouvant en position d’assiégé ces derniers temps face aux assauts renouvelés de Vivendi et du fonds Amber, ce passionné de tennis a certes fait preuve d’un vrai sens manœuvrier à travers plusieurs alliances successives (avec Vincent Bolloré puis avec Bernard Arnault) pour arriver à conserver son pouvoir et ses prérogatives dans un contexte de fort endettement et de contestation d’actionnaires.

Une habilité remarquable, marque d’un chef d’entreprise de qualité, dont la dernière manœuvre intervenue ces derniers jours et qui le voit lâcher la gouvernance en commandite en échange d’actions nouvelles et d’un engagement de présider l’ensemble jusqu’en 2026. En recevant 10 millions d‘actions nouvelles, Arnaud Lagardère devrait renforcer sa position pour disposer de 12% de l‘ensemble, contre 7% avant l’accord. Un actif évalué à 230 millions d’euros, soit largement de quoi se garantir par rapport aux dettes contractées à titre personnel vis à vis des banques (et principalement le Crédit Agricole), de l’ordre de 130 millions d’euros.

Le deal semble donc appréciable pour toutes les parties intéressées. Vivendi fort de ses 23% de l’ensemble apparait comme l’actionnaire de référence la où Arnault se contente de 10 % (contre 27% de la Commandite). Un accord global derrière lequel on peut envisager une probable OPA en bonne et due forme lancée par le milliardaire breton, de concert avec l’empereur mondial du luxe.

Les deux grands patrons français, suffisamment réalistes et opportunistes chacun de leurs côtés, pour avoir réussi à s‘entendre, en coulisses, sur une répartition ultérieure des actifs qui pourrait en résulter : à savoir : l’édition et Europe 1 à Vivendi, (étant entendu que, dans ce dernier cas, rien ne se serait entrepris avant les présidentielles) et l’activité distribution aéroports (essentielle pour les produits de luxe) et les journaux JDD ou Paris Match au groupe LVMH, déjà editeur des Échos ou du Parisien.

L‘entremise de Nicolas Sarkozy n‘a pas dû être inutile pour pouvoir mettre de l‘huile dans les rouages. Grand ami des deux grands fauves du capitalisme hexagonal, l‘ancien président de la République devrait faire prochainement son entrée au sein du conseil d’administration. Une information qui ne peut que rassurer les actionnaires car on ne voit pas comment une nouvelle bataille pourrait s‘engager sans l‘aval de l’ancien hôte de l‘Elysée.

C‘est incontestablement une nouvelle page qui se tourne. Quant à Arnaud Lagardère, ce dernier avatar heureux lui permet de garder la main, de se sécuriser financièrement et peut être qui sait de se libérer du fardeau industriel familial. Une disposition qui pourrait lui permettre d‘envisager, à 60 ans, de se lancer, plus libéré, dans de nouvelles aventures. Une façon d’écrire son histoire entrepreneuriale qui lui ressemble. Notre économie a plus que jamais besoin de ces animaux à fort instinct qu‘on appelle les entrepreneurs récidivistes !

Robert Lafont

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