Par Roland Monet

Tribune. L’Europe vient de se faire amputer d’un de ses trois poids lourds, et de douze Pays et Territoires d’Outre-Mer.

L’Angleterre a toujours compris qu’on gagne les guerres par la technologie, et si elle a perdu des batailles, elle n’a jamais perdu aucune guerre depuis la guerre de cent ans. Elle a perdu la plupart de ses possessions coloniales. Elle reste une métropole affaiblie, malgré les qualités éminentes des Britanniques. Au revoir donc Albion.

Aujourd’hui la surface du Globe est le théâtre d’une guerre qui se dessine déjà clairement, auprès de laquelle la guerre froide entre les Etats-Unis et l’URSS paraîtra aux historiens comme un avertissement mal évalué.

Il y a trois partis en présence, les Etats-Unis, tenant du titre, la Chine, challenger, et l’Europe, qui peine à sortir du vestiaire.

Les Etats-Unis sont capables de se mobiliser de façon ultra-puissante. Quand Roosevelt a déclaré la guerre au Japon dans les jours qui ont suivi Pearl Harbour il ne possédait aucun char. Il y avait bien quelques tanks de 1918, avec un canon sur le côté. Roosevelt convoqua non pas un aréopage de hauts fonctionnaires, ces gens qui voient leur pays à travers le prisme déformant de leurs lambris dorés, mais le patron de la General Motors. Les ingénieurs de cette puissante société industrielle n’avaient jamais vu un char de leur vie. On fit venir quelques Centurions d’Angleterre et ils se mirent au travail. Leur modèle datait des années 30, ils construisirent un char des années 30. Celui-ci affronta l’Afrika Korps en 1942 à Kasserine et reçut une déculottée historique majeure. Instruite par l’expérience du terrain GM construisit le char Sherman qui allait délivrer les pays européens occupés par le Reich et contribuer largement à la victoire de Joukov dans les plaines russes. En 1944 l’industrie américaine fabriquait chaque mois trois fois plus de chars que l’industrie de guerre allemande de Speer, pour alimenter les fournaises des batailles de chars où les pertes étaient énormes à chaque engagement. Les Etats-Unis ont toujours ce type de capacité. Ils optimisent sans cesse leur organisation, et sont toujours en tête dans la bataille.

La Chine est le Tyrannosaurus Rex politique, économique et militaire du monde. Sa cinquième colonne économique et technologique déversée par les Routes de la Soie est déjà installée dans de nombreux pays. Cette dictature implacable et cruelle a réussi à renouveler l’exploit de l’Empereur Qin en unifiant par la force et par l’Administration centralisée un monstre d’un milliard et demi d’êtres humains, qu’elle espère façonner dans un moule uniforme qui donne de la force au nombre et écrase l’individu. Son expansion forcenée est loin d’être terminée, et il faudra probablement une décennie ou plus avant que la bataille finale ne soit réellement engagée entre les deux adversaires.

Il existe à l’extrême ouest du continent Asiatique un cap, sur lequel se sont épanouies diverses civilisations, souvent envahies par des hordes de cavaliers venus des steppes d’extrême Orient, et qui ont laissé dans la pierre et dans les esprits des marques de leur éphémère prospérité. Les populations de ce cap, l’Europe, ont développé des connaissances et des forces qui leur ont permis au XIXème siècle de gérer les deux tiers des pays du monde. Malheureusement les rivalités entre les pays d’Europe se sont exacerbées et ont conduit à des guerres suicidaires qui ont détruit ou considérablement affaibli les puissances en présence. Si l’Europe ne se ressaisit pas, elle sera broyée par le conflit entre les Etats-Unis et la Chine. Nouveau Wilson, Trump ne comprend pas que c’est l’alliance entre l’Europe et son pays qui pourra seul vaincre la Chine vite et bien. D’où l’urgence de revivifier un nouvel OTAN.

L’Allemagne s’est saignée en laissant sur les champs de bataille des dizaines de millions d’hommes, et les descendants des survivants sont impuissants à remonter la pente. L’exemple du nazisme illustre de façon éclatante comment des idées fausses des gouvernants peuvent mener à la ruine.

La France est la championne des idées fortes. Malheureusement si la moitié sont géniales l’autre moitié sont des idées fausses. Une de celles-ci est que « l’Etat c’est moi » peut tout faire, une autre que réunir des capitaux est une injustice envers les défavorisés, une autre encore est qu’il faut regarder ailleurs quand la maison brûle. Dans les années qui ont précédé la seconde guerre mondiale, tout le monde voyait bien que Hitler préparait une guerre, une Blitz Krieg menée par des chars appuyés par des avions. La France possédait presqu’autant d’avions que l’Allemagne en 1939 (7500 contre 9000). Mais les deux tiers des nôtres étaient en caisse dans les usines des constructeurs, faute par l’Armée de l’Air de disposer de pilotes. On regardait vraiment ailleurs.

 Une des idées fausses les plus tenaces des dirigeants français est de croire qu’il faut établir les budgets annuels des entités publiques en partant de celui du précédent exercice et en augmentant un peu le déficit. Les finances publiques délabrées deviennent donc une donnée permanente du fonctionnement du pays, données qui conduisent à des explosions comme celle de la Révolution Française. Car les mauvaises habitudes datent de l’ancien régime, les dettes par exemple de Louis XIV sont proverbiales. Le bon sens voudrait qu’on parte des ressources qu’on prélève sur le PIB, de manière à rester compétitifs et de ne dépenser que ce montant de ressources.

Et le BREXIT ?

Le BREXIT crée un ennemi puissant extrêmement dangereux. Non seulement les facilités fiscales auxquelles on peut s’attendre vont créer une concurrence exacerbée contre les entreprises du continent mais sur le plan politique le Royaume Uni considérera toujours qu’Anvers est un pistolet braqué au cœur de l’Angleterre. Elle va constituer des zones franches pour ses industries concurrentes des industries continentales. Elle manigancera d’innombrables manœuvres pour empêcher l’union du continent en une grande puissance politico-économique et militaire capable de tenir tête aux USA et aux Chinois.

Face à cet état de fait, inutile de répéter que l’Union Européenne doit d’urgence se transformer et se doter des attributs essentiels de la souveraineté : Un pouvoir exécutif, un pouvoir législatif, un pouvoir judiciaire, une frontière, une monnaie, une armée avec les quatre Armes, un ensemble médiatique national, une administration des RUP (régions ultrapériphériques) et des PTOM (pays et territoires d’outre-mer), une administration des normes, une administration des cultes. J’en passe, et des meilleurs.

Il existe dans la situation actuelle des embryons de ces attributs, mais impuissants, manipulés, et leur fonctionnement est chaotique (voir l’exemple du Parlement croupion européen). Les élever au rang nécessaire paraît une tâche impossible. Penser qu’il faut trois ans pour faire cesser le stupide changement d’heure semestriel donne la mesure de l’inefficacité congénitale de l’Union.

Il reste deux voies possibles de progression :

  • Soit convaincre 27 pouvoirs nationaux de perdre tous pouvoirs en les transférant à la République d’Europe.
  • Soit fusionner l’Allemagne et la France, avec une constitution, des lois et des pratiques correctes, et agréger au fil du temps les pays intéressés par la stabilité et la prospérité de la France-Allemagne.

Vous avez une autre idée ?

Roland Monet

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