Qui aurait cru qu’une appli pour mieux manger arriverait à séduire plus de 12,5 millions d’utilisateurs ? C’est la belle histoire de Yuka qui lève des millions d’euros pour booster son internationalisation.

Comment s’y retrouver dans la jungle des produits alimentaires pour choisir les bons produits pour sa santé ? C’est le problème auquel a été confronté Benoit en regardant de plus près la composition des produits pour ses enfants. Avec son frère François et une amie, Julie, ils décident de rendre plus transparente la composition des produits pour permettre aux consommateurs de faire des choix plus éclairés. Ainsi naît Yuka en janvier 2017. En trois ans, l’appli est un phénomène !

Yuka est devenu un véritable phénomène tant entrepreneurial que sociétal. Comment expliquer une croissance si rapide ?

Julie Chapon : Yuka existe depuis 3 ans et nous venons de passer la barre des 16 millions d’utilisateurs (12,5 millions en France), ce qui est en effet extraordinaire. Nous avons 5,7 millions d’utilisateurs actifs par mois et 5 millions de produits sont scannés tous les jours soit 57 par seconde. L’application est aujourd’hui disponible dans 8 pays (France, Belgique, Luxembourg, Suisse, Espagne, Royaume-Uni, Canada et USA) et nous prévoyons de poursuivre notre internationalisation au premier semestre 2020 en nous lançant en Italie, au Portugal et en Allemagne. Yuka est arrivé au bon moment, à une période où suite à de nombreux scandales dans le secteur agro-alimentaire, les consommateurs avaient un réel besoin de transparence. Yuka leur a permis de reprendre le contrôle sur leurs achats et leur santé en leur permettant de comprendre ce que contiennent réellement leurs produits et à faire de meilleurs choix pour leur santé.

Vous êtes un trio à la tête de Yuka, est-ce un avantage ?

J.C. : Nous sommes effectivement 3 co-fondateurs à statut égal (il n’y a pas de CEO). Notre complémentarité est essentielle, car elle permet de créer une vision basée sur différents points de vue, plutôt que sur l’avis et la volonté d’une seule personne qui peut se tromper. Elle permet d’avoir des discussions, de s’ouvrir l’esprit sur une autre vision du projet. J’ai une vision très centrée utilisateurs, Benoît et François ont une vision très centrée sur l’efficacité technique, et les deux se rejoignent.

Quelles sont vos sources de revenus aujourd’hui ?

J.C. : Yuka est une application 100% indépendante et nous ne faisons aucune publicité. Notre projet est aujourd’hui financé via 3 sources de revenus : la version payante de l’application, un calendrier des fruits et légumes de saison et un Programme Nutrition en ligne permettant d’acquérir les bases d’une alimentation saine en 10 semaines. Les utilisateurs qui le souhaitent peuvent donc devenir Membre et souscrire à l’offre Premium qui propose plusieurs fonctionnalités supplémentaires : une barre de recherche, un mode hors-ligne et des alertes portant sur les préférences alimentaires. Nous sommes pleinement satisfaits de ce business model et sommes à l’équilibre financier depuis 4 mois.

Quelles sont les prochaines étapes de votre développement ?

J.C. : Nous avons commencé l’internationalisation en 2019. L’application est désormais disponible dans 7 autres pays et elle cartonne en Espagne où nous avons près de 2,5 millions d’utilisateurs 7 mois seulement après son lancement. Nous prévoyons de poursuivre cette internationalisation au premier semestre 2020 en lançant Yuka en Italie, Portugal et Allemagne. Notre autre gros chantier pour 2020 est de pouvoir développer l’analyse de l’impact environnemental des produits.

Comment mesurez-vous l’impact positif de votre appli tant auprès des consommateurs que sur l’industrie agroalimentaire ?

J.C. : Nous avons récemment mené une étude (https://yuka.io/impact/) auprès de 230 000 de nos utilisateurs. Il en est ressorti que 94% des utilisateurs ont arrêté d’acheter certains produits, 92% reposent les produits lorsqu’ils sont notés rouges dans l’application, 83% des utilisateurs achètent moins mais de meilleure qualité, 57% des utilisateurs déclarent cuisiner davantage et 90% des utilisateurs sont convaincus que Yuka peut pousser les marques à proposer de meilleurs produits. L’objectif de notre app est d’aider les consommateurs à faire de meilleurs choix pour leur santé mais aussi de pousser les industriels à proposer une meilleure offre de produits. Et c’est ce que nous sommes en train de constater aujourd’hui avec notamment la récente annonce d’Intermarché de modifier 900 produits en supprimant 142 additifs. Mais ils ne sont pas les seuls. Une vingtaine d’industriels (Nestlé, Unilever, Leclerc, Caudalie…) présentent notamment des produits dont les recettes ont été améliorées (baisse de la teneur en sucre/sel/acides gras saturés ou suppression d’additifs controversés) grâce à l’impact direct de Yuka.

Vous préparez un livre qui paraîtra cette année. De quoi traitera-t-il ?

J.C. : Il s’agit d’un guide de l’alimentation saine. Il présentera les fondamentaux de la nutrition, les 4 repas idéaux, des zooms sur chaque famille d’ingrédients (le poisson, les œufs, le café, etc.) et 35 recettes.

Quels conseils donner à de futurs entrepreneurs qui se lancent ?

J.C. : Le seul conseil que je peux donner, c’est d’écouter son intuition et justement de ne pas écouter les conseils de tout le monde, car quand on crée une entreprise tout le monde se sent le besoin et l’envie de nous donner des conseils sur tout et n’importe quoi.

Propos recueillis par Valérie Loctin

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