Le secteur d’énergie nucléaire est en plein renouveau. Sous la pression de la France notamment, le secteur devient l’une des énergies vertes qui rendront possible la transition attendue vers le futur.

Après plusieurs mois de discussions et négociations ardues entre membres de la Commission Européenne, cette dernière a finalement annoncé le 2 février dernier accorder un label « vert » à l’énergie nucléaire. Une véritable révolution par rapport à il y a quelques années. Le gaz profite également de cette tendance qui revient sur des jugements encore récents.

L’obligation d’agir vite

Ce revirement est le résultat de la prise en compte d’un fait bien concret. Les énergies renouvelables, jusqu’ici seules à avoir ce label, ne suffiront pas à lutter dans les délais impartis contre le changement climatique. La neutralité carbone doit être atteinte en 2050, autant dire que le terme fatidique approche à grands pas. Des critères servant de garde-fou ont bien entendu été mis en place, portant principalement sur la limitation dans le temps de ce type d’investissements et sur l’obligation de recours aux meilleurs technologies disponibles. L’Autriche continue cependant à s’opposer au projet alors que pour la France, cette évolution permet de déployer totalement la stratégie du plan « France 2030 ».

Jimmy Energy : aux côtés des industriels

L’offre de Jimmy Energy, jeune entreprise née en 2021, s’adresse aux industriels. Elle a pour objet de leur offrir la possibilité de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre en utilisant des solutions ayant recours à la fission nucléaire. La plupart des industries ont besoin de sources de chaleur, ce qui consiste quasiment toujours à brûler des énergies fossiles traditionnelles. L’uranium ne faisait jusqu’à aujourd’hui pas partie des solutions envisagées pour changer ce mode de fonctionnement. Voici qui pourrait changer avec l’initiative d’Antoine Guyot et Mathilde Grivet, les deux associés de Jimmy Energy. La proposition de la startup ? Des générateurs thermiques utilisant la technologie nucléaire.

Une stratégie bien en place

Les Français sont habitués à l’énergie nucléaire, source d’électricité qui permet de gagner en compétitivité prix, ou source d’énergie de leurs sous-marins entre autres. Cela reste cependant affaire de spécialistes, un monde un peu fermé et toujours inquiétant. La solution de Jimmy Energy repose sur une technologie déjà bien connue, la High Temperature Reactor, ou HTR, qui génère de la chaleur sans avoir besoin de refroidissement. En dépit des apparences, rien de bien nouveau, car la HTR est déjà utilisée de par le monde, ce qui permet à la startup de ne pas partir de zéro, loin de là.

De plus, les compétences sont là, l’image de la France en matière de nucléaire est déjà bien établie et son savoir-faire reconnu. La stratégie de Jimmy Energy est en place. Les cibles sont choisies, il s’agit principalement d’industries du secteur de la chimie, de la papeterie et de l’agroalimentaire.

2,2 millions pour démarrer

En début d’année, une première levée de fonds a été confirmée qui permet la fabrication des premiers éléments nécessaires à l’industrialisation. Comme toujours en matière industrielle, il s’agit de moyen terme, les premières livraisons devraient intervenir en 2026 si tout va bien. Antoine Guyot, le polytechnicien également diplômé de Berkeley, est à l’origine du projet. Il y travaille depuis 2020. Sa conviction est faite « L’Europe reste un acteur majeur du monde subatomique et doit être le leader dans la décarbonation mondiale. C’est en comprenant ces enjeux que Jimmy est né ».

Mathilde Grivet a rejoint Jimmy Energy en 2021. Diplômée d’HEC, elle participe dorénavant à l’aventure. Tous deux se sont connus chez Eleven Strategy, un cabinet de conseil pour les créations d’entreprises à impact. Les deux trentenaires sont appuyés par un cercle d’experts du nucléaire, et l’entreprise vient d’être labellisée par le pôle de compétitivité français Nuclear Valley. En bref, les perspectives sont très positives.

Naarea : la deeptech pleine d’énergie

La raison d’être de Naarea est écologique et équitable. Pour protéger la planète et notre espèce, les fondateurs sont persuadés que « le principal vecteur pour y parvenir et construire un futur durable est une énergie décarbonée et accessible à tous ». Et plus précisément une énergie qui se doit d’être également « propre, décentralisée, abordable, abondante, autonome, illimitée ». Jean-Luc Alexandre et Ivan Gavriloff, les co-fondateurs, sont hommes d’expérience. Le premier, diplômé de Centrale-Supelec et de l’Insead, a travaillé de nombreuses années au sein de grands groupes français internationaux, tandis que le second, polytechnicien, a créé son cabinet de consultant dès 1986, conseillant des entreprises du CAC 40 et enseignant le « Penser autrement ».

Apporter une énergie propre

Pour ce faire, les deux associés et leur équipe de consultants ont travaillé sur trois innovations, dotant Naarea d’une technologie unique. Le sujet est bien entendu technique, mais peut se résumer ainsi. D’une part le XSMR, ou la très petite taille, un atout de première importance pour cette innovation qui permet, entre autres, une autonomie de dix ans sans raccordement à un réseau et des coûts d’exploitation très faibles grâce au nucléaire. D’autre part, le RSF, ou réacteur à sels fondus, autonome lui aussi, réactif aux variations de puissance et simple de fonctionnement.

Enfin, un combustible vertueux, car issu des déchets industriels. En particulier, des matières radioactives issues de combustibles usagés, et du thorium, un sous-produit minier issu de l’extraction des terres rares, très abondant sur notre planète. Par rapport aux solutions existantes, telles que les groupes électrogènes, la proposition de Naarea est une véritable technologie de rupture.

Le micro-nucléaire de quatrième génération

Le XSMR va prochainement bénéficier d’une levée de fonds qui a pour objet de produire d’ici à 2030 des microcentrales d’énergie très compactes de 1 à 40 mégawatts. Cette source d’énergie propre et non intermittente peut être déployée partout dans les territoires, sécurisant l’approvisionnement et renforçant l’indépendance de la France et d’autres nations en matière de production électrique. L’objectif est fixé, produire les premières unités d’ici à 2030.

Transmutex : objectif transmutation

Comment résoudre le problème des déchets radioactifs qui effraient tout un chacun ? Des solutions sont en marche, dont celle de Transmutex, startup génevoise qui travaille sur une technologie de pointe. La « transmutation » consiste en un bombardement de neutrons rapides sur les atomes des déchets nucléaires de longue vie, afin de les rendre stables tout en produisant de l’énergie. La startup travaille donc au développement d’un nouveau type de réacteur nucléaire pour générer un courant abordable et pauvre en carbone, constitué d’un réacteur au thorium combiné à un accélérateur de particules. Une affaire de spécialistes.

Vers un nouveau réacteur nucléaire

Le délai annoncé par la startup est court pour un projet de cette envergure, dix ans seulement, mais l’objectif est réaliste pour construire le nouveau prototype. En effet, Transmutex a prévu des alliances à travers le monde afin d’utiliser des technologies bien avancées et les assembler, permettant ainsi de tenir le délai annoncé par les dirigeants. L’électricité produite devrait l’être à un coût comparable à ce qui existe aujourd’hui dans les centrales nucléaires conventionnelles, mais avec de nets avantages dus au process lui-même. En effet, ce type de production n’entraîne que des volumes de déchets extrêmement réduits et d’une durée de vie beaucoup plus courte qu’avec l’uranium.

Un Servan-Schreiber aux commandes

Franklin Servan-Schreiber (fils de Jean-Jacques) est cofondateur de la startup et son dirigeant depuis juillet 2019. Son équipe, constituée notamment d’anciens physiciens du CERN (Conseil Européen pour la Recherche Nucléaire) sait que pour finaliser le prototype, il va falloir rassembler 1,5 milliard de francs suisses au total. Pour l’entrepreneur, nous sommes à présent « face au mur du problème de la transition énergétique ». Or, le problème de la décarbonation est mondial, le but est donc de proposer « des solutions qui peuvent s’appliquer au reste du monde ».

Pour Franklin Servan-Schreiber comme pour d’autres, le nucléaire est indispensable afin de compenser la lenteur du développement des énergies renouvelables. Autant de projets industriels bien français qui font voir le nucléaire sous un tout autre jour. Et ce n’est pas la crise ukrainienne qui va ralentir cette tendance.

E.S.

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