Jean Testanière : « Malgré les difficultés, tâchons de toujours aborder la vie avec optimisme »

Surnommé le « médium des stars », Jean Testanière est une figure incontournable du Tout-Paris, où chacun reconnaît publiquement son réseau exceptionnel, ses qualités relationnelles et ce que beaucoup appellent « un don ». À 72 ans, il se confie à Entreprendre sur la sortie de son premier livre « Et si la vie n’était qu’un début ? » (XO Éditions). Il revient aussi sur plusieurs évènements qui ont marqué sa vie, notamment l’affaire du Cercle Wagram, pour laquelle il nous livre sa version, plus de 10 ans après les faits.

Entreprendre — Quand la presse parle de vous, elle ne cesse de souligner votre entregent et votre réseau exceptionnel. Quel est votre point de vue ?

Jean Testanière — Ce n’est un secret pour personne. Je suis connu pour avoir un beau carnet d’adresses. Dans les milieux du show-business, du cinéma, de la chanson, du sport, de l’art… En politique aussi, mais de manière beaucoup plus modeste. Je ne cherche pas à m’en cacher ou à l’exagérer ! Ce qui m’a toujours étonné, c’est que les gens se confiaient très aisément à moi, m’ouvraient leur cœur en quelque sorte et, alors qu’ils ne me connaissent que très peu voire pas du tout, ne doutent jamais de ma discrétion. De la même manière que si j’appartenais à une profession réglementée et tenue par le secret professionnel, comme médecin, prêtre ou avocat ! Je ne suis pourtant aucun des trois (rires). Ou peut-être, pour eux, un peu des trois… Je n’ai jamais trahi la confiance de ces gens. Je pense que c’est ce qui m’a permis de ne pas perdre d’amis et de m’en faire beaucoup de nouveaux.

Entreprendre – Votre parcours professionnel ne vous destinait pas à « une carrière » dans le show-business !

Jean Testanière — C’est le cas de le dire (rires) ! À l’origine, je suis éducateur spécialisé. Je m’occupe de jeunes en difficulté. Ce qui est une notion assez vaste. Ça inclut les enfants handicapés, ceux ayant des troubles autistiques, des difficultés d’insertion, qui viennent de milieux sociaux compliqués ou qui ont subi des abus divers. Pour dérouler un peu mon CV, j’ai été instituteur dans les années 1970 et 1980, dans un centre pour personnes touchées par une déficience intellectuelle. J’ai aussi travaillé longtemps — près de 15 ans — auprès de la jeunesse à mairie de La-Seyne-sur-Mer (83), en tant que directeur territorial. Cette période a été une grande fierté dans ma vie. Nous avons fait de belles choses avec les enfants handicapés qui étaient alors, encore plus qu’aujourd’hui, totalement isolés du reste de la société. Je suis resté à la Seyne jusqu’en 2000, date à laquelle la municipalité a supprimé nos aides. J’ai aussi accompagné un temps des jeunes sportifs de haut-niveau dans leur coaching mental. Pour la petite histoire, j’ai même travaillé à la Direction générale pour l’Armement (DGA), un service de l’armée, sur la base du Levant au large d’Hyères (Var), en tant que photographe cinématographiste.

Entreprendre – C’est un sujet délicat à évoquer, mais ce que certains nomment votre « don » revient régulièrement sur la table. On est tenté d’en savoir plus…

Jean Testanière — J’ai la certitude d’avoir un don un peu particulier. Plusieurs personnes très connues ont publiquement reconnu cette particularité, ou du moins le signe qu’« il y’a quelque chose » chez moi. Ce don, il m’a permis de côtoyer certaines personnes très connues, comme d’autres très modestes, qui ont eu recours à mes services. Et, je tiens à le préciser, sans jamais le monnayer ou m’en servir pour gagner de l’argent. C’est d’ailleurs l’objet d’un livre que je sors actuellement et que j’ai coécrit avec Aurélie Fredy, une ingénieure spécialisée dans le bâtiment.

En évoquant dans ce livre ce que j’estime intimement être un don, je me plonge aussi dans une enfance assez spéciale, je raconte mon histoire de garçon un peu particulier, mal dans sa peau, mon cheminement spirituel et les amitiés que ce don m’a permis de tisser. Je parle aussi de la façon dont je me suis cherché, puis finalement trouvé et accepté.

Je défends aussi un ensemble de croyances, une sorte de corpus spirituel. Ces croyances, personne ne peut m’attaquer dessus ou les utiliser pour me critiquer. C’est ma conviction profonde que je partage publiquement avec bienveillance, sans crainte du jugement. Je ne pense pas être le seul, dans le monde, qu’importe nos chapelles à penser que « la vie terrestre n’est qu’un début » ! Cette quête du spirituel a toujours été un combat personnel. Si j’en ai quelque peu dévié aujourd’hui, le catholicisme m’a beaucoup nourri, notamment pendant ma scolarité dans un établissement catholique du pays aixois où j’assistais avec plaisir aux messes. Mais j’en garde au moins deux messages clés : la vie terrestre n’est pas la seule et il faut toujours tenter de mettre la joie au cœur de sa vie.

Entreprendre – Vous conviendrez que ça peut rendre quelques personnes sceptiques…

Jean Testanière — Libre à chacun d’adhérer pleinement, partiellement ou pas du tout à l’ouverture spirituelle que je propose. Les plus sceptiques — qui ont tout à fait le droit de l’être — peuvent même, s’ils le désirent, ôter toute dimension spirituelle à mon message et l’aborder comme un témoignage personnel et résolument bienveillant sur la vie. Ça pourrait d’ailleurs être le cœur du témoignage : « Malgré les difficultés, tâchons de toujours aborder la vie avec optimisme ». Tant que les gens cultivent le positif, je me fous de savoir en quoi ils croient.

Entreprendre — C’est ce don qui vous a ouvert la porte des stars. Et vous a conduit au fameux — et désormais tristement célèbre — Cercle Wagram ?

Jean Testanière — Je n’ai certainement pas été appelé au Cercle Wagram pour mes compétences en gestion, en administration ou mes connaissances dans le milieu des jeux. Pas non plus spécialement pour ce don. Simplement pour mon réseau. Le Cercle Wagram avait, à l’époque, un sérieux besoin de notoriété. On m’a donc appelé pour faire venir des people qui pourraient parler ensuite de ce cercle de jeu et en attirer d’autres. Et ainsi de suite. Sans connaître ce monde, je savais pourtant qu’il pouvait être parfois un peu spécial, avec des gens potentiellement peu recommandables. Mais on m’avait rassuré, en me disant qu’il n’y avait, au conseil d’administration, que des policiers à la retraite — ce qui était vrai par ailleurs —. Imaginez un peu : on vous dit « Tu seras entouré d’anciens policiers ! ». Ça vous met en confiance et vous n’hésitez pas à y aller. Je n’avais aucune raison de douter. À l’origine, je n’avais aucun lien particulier, ni avec le monde des jeux et encore moins avec les voyous ! En plus, les bénéfices du Cercle Wagram avaient, à l’origine, vocation à partir dans des œuvres caritatives, c’était l’essence même du lieu. Ça allait avec mon rôle d’éducateur spécialisé.

Je n’ai jamais perçu d’argent pour ces fonctions. Pas un centime ! Tout au plus, je pouvais bénéficier des repas et des boissons du Cercle à l’œil. Ce qui n’était pas désagréable, je l’admets (rires). L’enquête de police a d’ailleurs reconnu ce point et je n’ai jamais été condamné pour des faits qui relèveraient d’un enrichissement personnel. C’est précisément pour ça que je peux m’exprimer sans crainte sur l’affaire. Avec le recul, je regrette évidemment d’avoir été membre du Conseil d’administration du Cercle. J’ai le sentiment d’avoir été au mauvais endroit au mauvais moment, le sentiment qu’on a profité de mon nom.

Entreprendre — Vous pouvez citer des noms de personne que vous avez pu ramener ?

Jean Testanière — Ah ça non, ils me le reprocheraient évidemment (rires) !

Entreprendre — Même pas un ?

Jean Testanière — Impossible ! Mais, pour résumer, c’étaient des gens connus, avec un nom dans le cinéma, de la musique, du monde de l’art. Des gens connus qui avaient la particularité d’être des amateurs de poker ou de jeu en général. Ça se rapprochait finalement de ce que l’on nomme aujourd’hui les « public-relations ».

Entreprendre — Vous payez encore les conséquences de cette affaire aujourd’hui ?

Jean Testanière — Oui et non. Beaucoup de gens me connaissent. Avec eux, je n’ai aucun souci et ma relation n’a pas changé. Eux, ils en rigolent. Pour être honnête, personnellement, j’en rigole beaucoup moins.

Là où ça me pose de plus sérieux problèmes, c’est pour les gens qui ne me connaissent pas ! Étant donné que j’ai toujours été un homme discret, ça fait du monde… Ils tapent mon nom sur internet et tout ramène aux affaires du Cercle. Alors que ça n’a été qu’une toute petite histoire de ma vie, l’histoire de deux ou trois ans ! Et que ça date de dix ans ! Pour cette affaire, encore une fois, je ne me suis jamais enrichi. Même la PJ a reconnu que, dans l’affaire, je n’avais été un « facilitateur de contact ». Par exemple, par rapport à mon livre, quand mon éditeur fait la tournée des journalistes pour leur proposer d’en parler, ils regardent mon nom sur internet et là, c’est le grand déballage ! Le journaliste va sur Google, tombe sur cette histoire et refuse de parler de mon livre ! Le fait que des gens puissent avoir une mauvaise opinion de moi à cause de ces articles me choque un peu et me peine profondément.

Pire encore, les articles ont été publiés avant le passage au tribunal. Je reconnais qu’avant le passage au tribunal, la presse avait tout intérêt à faire les gros titres de cette affaire. Il y’avait tout pour faire une bonne affaire : le milieu corse, le monde des jeux, des accusations assez graves. Mais après le procès, j’ai été écarté de toutes les accusations ! C’est devenu une toute petite affaire. Mais, quand le ballon s’est dégonflé, les médias s’en sont désintéressé, c’est logique.

Entreprendre — Qu’espérez-vous pour demain, pour l’avenir ?

Jean Testanière — La tranquillité ! Plus de dix ans après une affaire pour laquelle la justice a reconnu que je n’ai eu qu’un rôle mineur et sur lequel aucun enrichissement personnel n’a été prouvé, j’estime qu’il est l’heure d’oublier tout ça ! Je vis humblement, sans luxe ou apparat. Mais je reste, comme je l’ai été une grande partie de ma vie, fondamentalement optimiste pour demain !

Entreprendre — Un conseil pour les lecteurs d’Entreprendre ?

Jean Testanière — Essayez de toujours voir le bon côté des choses ! C’est parfois très difficile, voire impossible. Mais il faut essayer, pour soi, et pour les autres.

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