Par Philippe VERON

Que ce soit pour inventer l’avenir, positionner et armer nos entreprises dans la bataille économique mondiale, développer nos industries et porter nos start-ups, l’innovation, incrémentale ou de rupture, constitue un enjeu majeur pour la dynamique économique française.

Les pouvoirs publics comme les acteurs privés ne s’y trompent pas. Les investissements et les moyens déployés dans ce domaine sont à la hausse et les ambitions sont élevées. Sur le plan financier d’abord, même s’il faudrait faire encore plus pour rester dans la course que se livrent certains états comme la Chine et les Etats-Unis, mais aussi en matière de technologies disponibles ainsi que d’organisation d’équipes et de structures de recherche qui mettent leurs compétences au service des entreprises.

Les acteurs de l’innovation sont très nombreux et souvent complémentaires. Mais les rouages et la mise en œuvre de ces complémentarités sont généralement complexes, les procédures parfois lourdes, pénalisant ainsi l’accès aux ressources pour la grande majorité des entreprises, notamment les PME, qui n’ont ni la connaissance, ni les équipes ou le temps nécessaires pour identifier et profiter du potentiel immense qui est pourtant à leur portée.

Un écosystème foisonnant

La France peut pourtant se féliciter de disposer de structures de recherche publiques et de technologies parmi les meilleures au monde ; certains acteurs, à l’instar des Carnot, se sont organisés pour structurer leur offre et en faciliter l’accès aux entreprises innovantes. Alors pourquoi les entreprises ne profitent-elles pas mieux de cette offre de R&D disponible ? Parce qu’elles ne la connaissent pas ? Parce que la connaissant, elles ne savent pas comment s’en saisir ? Parce que le souhaitant, elles n’ont pas le temps ou les personnels dédiés pour conduire les projets ? Sûrement un peu de tout cela.

L’intelligence artificielle et le numérique comme les biotechnologies, mais aussi les nouvelles énergies ou les nouveaux matériaux fonctionnalisés ouvrent des voies de recherche et de progrès inépuisables. Mais le développement de ces technologies, des procédés, et leur transfert vers l’entreprise pour la mise sur le marché de produits et services innovants restent encore bien trop souvent l’apanage des grands groupes.

Le développement de la 5G ou l’automobile autonome sont d’excellents exemples de ce qu’il est possible de faire en matière d’innovation inclusive associant les acteurs du public et du privé. On peut également citer la révolution en cours pour le transport électrique avec le développement de batteries plus performantes et plus robustes, ou les nouvelles formulations de monomatériaux cellulosiques recyclables et biodégradables aptes à rivaliser avec les propriétés du plastique pour relever les défis de l’emballage. Reste à développer, à généraliser ces belles réussites.

C’est notre responsabilité première, à nous acteurs de la R&D, d’ouvrir plus encore nos laboratoires et centres de recherche, d’aller à la rencontre des entreprises et de les aider à cheminer et à faire avancer leurs projets. A nous de jeter les passerelles, de créer des ponts, d’accompagner mieux encore les entreprises pour qu’elles puissent avoir accès à une offre R&D des plus puissantes et diversifiées qui soit, permettant d’accompagner l’innovation dans tous les secteurs, toutes les filières industrielles. Les Carnot pour la recherche et développement, aux côtés de Bpifrance pour le financement, des SATT pour la valorisation et la maturation ou des pôles de compétitivité pour l’animation des écosystèmes locaux, sont des acteurs qui ont pour mission de favoriser le rapprochement entre la recherche et les entreprises et d’accompagner celles-ci dans leurs innovations. C’est notre vocation, notre raison d’être : apporter nos savoir-faire scientifiques, nos équipes d’ingénieurs et chercheurs, nos compétences techniques, nos plateformes et nos technologies issus de nos meilleurs laboratoires de recherche publique, aux acteurs privés. Résultat de cette recherche partenariale : 9000 contrats de recherche avec les entreprises qui peuvent s’appuyer sur les plus de 1000 brevets déposés l’an passé.

Un écosystème en quête de simplification

Notre ambition est bien là : être la cheville ouvrière d’un écosystème d’innovation vraiment intégré, associant tous les acteurs au service de l’innovation et du développement économique, et qui ne laisse aucune entreprise, de la start-up aux grands groupes, en passant par les PME et ETI, se perdre sur le chemin de l’innovation et de la croissance. Nous devons travailler à mieux connecter l’ensemble des acteurs au service de la recherche et innovation pour les entreprises sur cet objectif commun.

L’urgence est donc de répondre aux enjeux et aux besoins de l’innovation en clarifiant, simplifiant, rationnalisant les liens et l’accès à l’ensemble des acteurs du transfert, de la valorisation, et du financement pour connecter plus efficacement les tissus scientifiques et économiques sur notre territoire. C’est l’un des défis de la réflexion engagée sur la Loi de programmation de la recherche. C’est une responsabilité partagée que de faire fructifier une recherche partenariale à haute valeur ajoutée. C’est une opportunité formidable dont chacun doit pouvoir se saisir ! Osons la simplification. Donnons aux entreprises les moyens et le courage de notre ambition commune : l’innovation et l’excellence française.

Philippe VERON est président de l’Association des Instituts Carnot,
Professeur Arts et Métiers et directeur de l’institut Carnot ARTS.

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