Groupe Atlantic : l’industriel vendéen qui réchauffe la planète

Fabricant de chauffe-eau et de chauffage, le groupe Atlantic, à La Roche-sur-Yon (85) produit pour le monde entier, de l’Egypte à l’Ukraine, de l’Autriche à l’Inde. Un cas d’école.

Le confort thermique, voici le cheval de bataille du groupe. Mais comment donc crée-t-on un groupe de cette ampleur à partir d’une simple reprise de PME à la Roche-sur-Yon ?

Au départ, Pierre et Paul

Pierre Lamoure est polytechnicien, Paul Radat a étudié à l’École des travaux publics. Le premier est le profil commercial, le second le profil industriel. Tous deux dirigent alors Esswein, usine mythique vendéenne qui vendait notamment des lave-linges et lave-vaisselles à une époque où tous les foyers français s’équipaient. Dans le cadre de la politique de développement, ils créent un département, « Atlantic SFDT », pour Société Française de Développement Thermique, spécialiste du chauffage central. Une première expérience qui va les conduire après la vente de l’entité Esswein à Thomson à fonder en 1973 Atlantic, dans le secteur du chauffage, des convecteurs, puis des chauffe-eaux.

Les deux familles vont créer un leader français et européen du génie climatique qui au travers de ses 19 marques met le confort thermique innovant et éco-performant au premier plan. A cette époque, Paul Radat crée également la SeproRobotique, devenu Sepro Group, spécialiste de l’automatisation des processus industriels, aujourd’hui un leader mondial dans son domaine.

Son lot de déboires

Un fait est certain, comme dit le bon sens populaire, Paris ne s’est pas fait en un jour, Atlantic non plus. Le choc pétrolier va secouer le groupe, 3 des usines sur 4 ferment. C’est ensuite un incendie, mauvaise nouvelle, mais qui permet finalement de repartir sur une nouvelle activité, celle des chauffe-eaux. A partir de là, rien n’arrêtera plus le duo à l’esprit entrepreneurial chevillé au corps.

Une gestion ultra-rigoureuse

Contrairement à certaines aventures actuelles, la rentabilité est au cœur du projet, tout comme la notion de service. Car nous sommes ici dans « le dur », dans l’industrie et il faut pouvoir autofinancer des investissements lourds ainsi que les opérations de croissance externe. Les deux hommes suivent les affaires de près, la croissance est présente et certains moments sont plus favorables que d’autres pour entériner des rachats.

Des rachats en série

La vague de nationalisations des années 80 va ainsi leur permettre de récupérer la partie de Thomson qui les intéresse, celle du génie thermique. A priori, cela ne ressemble pas à l’affaire du siècle, en dépit des marques Thermor (qui vient de fêter ses 90 printemps cette année) et Sauter qui font partie du package, mais ce n’est que le début d’une phase continue de rachats, d’abord en France, puis en Europe et en Russie. Plus récemment le groupe s’est aussi orienté vers des startups développant des technologies connectées dans le secteur du chauffage. De ce fait, le chiffre d’affaires ne cesse d’évoluer, les nouveaux produits prenant le dessus sur les anciens avec une régularité de métronome.

Des usines partout dans le monde

Les dirigeants ne sont pas adeptes de la délocalisation. Produire sur place, évidemment, lorsque les marchés sont éloignés, mais ce n’est pas une raison pour déshabiller la France. La condition sine qua non : l’automatisation, qui permet de ne pas grever les prix de revient du fait de coûts de main d’œuvre trop élevés. Aujourd’hui, le groupe détient 13 usines en France et poursuit ses recrutements. Le site de la Roche-sur-Yon qui emploie un millier d’employés a été complètement reconstruit grâce à un investissement de 20 millions d’euros. Le groupe dit suivre un modèle global, liant une ambition générale et une responsabilité locale.

Une R&D haut de gamme

Le groupe investit beaucoup dans ce domaine, de l’ordre de 4% du CA, pour garder une longueur d’avance. Il dispose d’un centre de recherche dans le Loiret dédié aux améliorations en matière de consommation et d’émissions de gaz carbonique. Peu à peu, les énergies de départ, conventionnelles, se sont enrichies des énergies renouvelables, ainsi que des nouvelles technologies.

Dix ans de progression continue

Peu d’entreprises industrielles, en France ou ailleurs, peuvent se targuer d’avoir multiplié par 2,5 leur chiffre d’affaires en dix ans, passant de 840 millions à 2,2 milliards d’euros, et de 4000 à 10 300 salariés, sans oublier l’internationalisation. En effet, l’entreprise réalise aujourd’hui 50% de son chiffre d’affaires, dans 70 pays différents. Si cela est possible, c’est aussi parce que les deux familles fondatrices sont restées sur des lignes identiques, distribuant peu de dividendes et ne contractant que peu de dettes.

Pierre-Louis François, le discret

Le président actuel, Pierre-Louis François, insiste sur le fait que le groupe est resté fidèle aux valeurs de ceux qui l’ont fondé, puis développé. L’un des points forts d’Atlantic est une politique de ressources humaines prioritaire et consacrée par l’obtention de la certification « Top Employer » pour la onzième année consécutive. L’homme a démarré sa carrière professionnelle par des stages dans des hydrocarbures après Polytechnique, mais c’est en 1982 qu’il commence au Service des Mines et à la préfecture de Bordeaux. Sa carrière se poursuit avec un passage par le cabinet du ministre du Travail de l’époque, Philippe Seguin.

Rien ne le prédisposait vraiment à entrer dans un groupe comme Atlantic. En 1988, il va intégrer l’entreprise dans laquelle il ne sait pas encore qu’il va s’épanouir pendant plus de trente ans. Dix ans après son arrivée, il est nommé Président du directoire et poursuit sa tâche, adaptant le groupe aux changements de normes qui touchent le monde de l’énergie avec une grande régularité.

Toujours en plein développement

La croissance continue et les rachats également. Le 28 juin dernier, Groupe Atlantic finalisait l’acquisition d’une société allemande le groupe Hautec, spécialisés dans les pompes à chaleur géothermiques, enrichissant ainsi l’offre basée sur les solutions d’énergies renouvelables. Le 12 octobre, nouvelle annonce avec le rachat de 70% du capital de Thermic Energy, autre entreprise allemande spécialiste qui produit notamment des ballons d’eau chaude et de stockage utilisant eux aussi des énergies renouvelables. Le 25 novembre, c’était le rachat de Ventiline, fabricant belge dans le secteur de la ventilation, déjà distributeur en Belgique d’une des marques du Groupe Atlantic.

On voit ici que le groupe poursuit son accélération en matière de décarbonation des systèmes de chauffage, rachetant par la même occasion des parts de marché importantes sur le nord de l’Europe. Qui a dit que les groupes industriels français n’étaient pas suffisamment réactifs ?

Du nouveau en 2022 ?

Si Pierre-Louis François est l’actuel Président, des rumeurs circulent sur d’éventuels changements à la tête ou au sein du directoire. Sur le plan opérationnel, deux pôles historiques, celui de l’industrie et celui du commerce sont restés les piliers de l’organisation du groupe. Les 28 sites industriels sont sous la houlette d’Emmanuel Caille. La stratégie commerciale revient à Damien Carroz. Le marché principal reste la France, où se trouve la moitié des usines, il est chapeauté par Thierry de Roquemaurel. Un bel avenir se construit pour le Groupe Atlantic avec des équipes déterminées à performer.

A.F.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Tapez votre commentaire
Entrez votre nom ici

2 + 10 =