Faire confiance, est-ce si compliqué ?

Thierry Boukhari – Directeur Général en charge des Relations Humaines chez Gifi

Par Thierry Boukhari, Directeur Délégué en charge des Relations Humaines chez Gifi

Tribune. La confiance et la bienveillance sont aujourd’hui mises en avant partout, tout comme le respect le fut il y a quelques années. Le monde de l’entreprise aime ces mots valises auxquels il est difficile de ne pas adhérer, tant ils font partie intégrante des relations humaines « normales ».

Et pourtant, force est de constater que ces mêmes mots sont à l’origine des maux actuels en entreprise. Est-ce que la confiance et la bienveillance guident l’action du quotidien ? Est-ce qu’elles caractérisent les modèles de leadership ?

Nous savons toutes et tous qu’il n’en est rien et que la plupart des organisations sont championnes pour faire vivre au quotidien l’inverse de ce qu’elles affichent dans leurs supports CORPORATE.

Résultat, à l’image de « la grande démission nord-américaine », on assiste à une prise de distance inédite entre le monde du travail et la vie même des personnes.

Ayant la chance de travailler depuis 19 années dans une entreprise qui n’a jamais travesti sa culture et qui s’est encore moins pliée aux dogmes des modes, je pense que cette prise de distance est une formidable opportunité pour remettre du sens dans la notion même du travail.
Pour cela, il n’y a pas 36 chemins, seul celui de l’authenticité peut permettre de guider vers des rapports humains normaux. Aujourd’hui tout le monde a les clés du politiquement correct et tout le monde se détourne des messages sans âme, sans cœur.

Plus que jamais le leadership des idées passe par le leadership du cœur.

L’authenticité est à la confiance ce que l’intelligence est aux idées !
Prenons l’exemple du télétravail ; tout le monde en parle et pourtant est-ce un sujet pour tout le monde ? Une immense majorité de salariés en France ne peuvent pas en effet, avoir accès au télétravail de par la nature même de leurs métiers.

Faut-il pour être politiquement correct encore une fois, créer des entreprises avec des tempos différents au risque de fracturer la solidarité et d’instaurer des frustrations internes ?

Chez Gifi, nous préférons par exemple, parler de travail à distance possible chaque fois que cela est nécessaire pour une personne ; ce n’est d’ailleurs pas nouveau chez nous, ça a toujours existé ! Lorsque près de 90% des effectifs sont sur le terrain ou dans nos entrepôts, il est important de respecter l’équité entre les services. Tous les managers sont à l’écoute de leurs équipes dans ce sens ! De plus, dans le Lot & Garonne, le temps de transport n’est bien évidemment pas une nuisance de vie.

La pensée unique a voulu du télétravail pour tous alors que le vrai sujet est de valoriser le travail à distance en toute confiance selon les besoins !

Résultat, les décisions prises sous la pression de la pandémie dans beaucoup d’entreprises ont créé des précédents qui, sous couvert de progrès social, ont créé des fractures nouvelles entre services et nuit à l’harmonie collective.

La présence en entreprise, au sens être bien à sa place, relève de la relation de confiance employeur/employé.
Autre exemple, la RSE. La Responsabilité Sociale et Environnementale est bien évidemment fondamentale et pourtant, à lire les rapports sur le sujet, on se rend vite compte qu’elle se nourrit d’items copiés-collés d’une entreprise à une autre. De même, les raisons d’être qui en sont le miroir, sont trop souvent éloignées de la vraie vie du quotidien. Il y a, osons le dire, un dogme RSE.

Le point commun entre le télétravail et la RSE est l’essence même du travail ramené à chaque personne ; les grands principes se déclinent toujours au niveau de l’individu en fonction de la culture même de l’entreprise !

L’authenticité, face à ces notions comme dans tant d’autres, impose de prendre des décisions pragmatiques cohérentes avec le biorythme de l’entreprise. Cette dernière est une tribu à part entière et en ce sens doit être maitre de ses rites de vie ; organisme vivant par excellence, elle évolue, s’adapte mais pour être suivie et générer de la confiance, elle doit permettre à chaque salarié.e d’adhérer à la légitimité culturelle des décisions et des actions mises en place.

Faire comme tout le monde, ressembler à tout le monde, parler comme tout le monde est le meilleur moyen de créer à minima de la distance, voire de la défiance. L’intégrité d’une organisation relève de sa capacité à donner à vivre de l’exclusivité.

Chez Gifi, nous assumons d’être une grande famille dont le cœur bat à l’unisson entre nos différents métiers, magasins, siège, entrepôts. La vigilance que nous portons à l’équité entre nos équipes est au cœur de notre ambition humaine depuis 40 ans et se retrouve dans l’amour du maillot que nous portons toutes et tous.

Nos règles du jeu sont connues, notre culture est formalisée, notre leadership humain incarné. A partir de là, la confiance est naturelle.
A trop vouloir sophistiquer les RH, je crains que l’on finisse par creuser encore plus le fossé qui existe entre les nouvelles générations qui aspirent à des rapports humains simples et vrais et l’image artificielle des entreprises.

La confiance n’est pas une posture, elle se vit et se partage. Elle est un mode de vie managériale.

Thierry Boukhari
Directeur Délégué en charge des Relations Humaines chez Gifi

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