Par Virginie Vellut, expert-comptable et présidente du conseil régional de l’Ordre des experts-comptables de Champagne

Tribune. L’expert-comptable est le premier partenaire de confiance du chef d’entreprise. Dans une période telle que celle que nous connaissons, ce rôle a pris tout son sens car nous avons vécu un contexte de très grande instabilité législative avec une profusion de textes à appliquer, certains contredisant les précédents. Nous sommes maintenant dans un nouveau temps de cette crise : celui de l’évaluation de la situation, de la mise en place d’outils de gestion et de la prise de décisions permettant d’assurer la pérennité de l’entreprise. La question de la reconstitution des trésoreries est évidemment un sujet central dans le traitement de cette crise. Ce n’est cependant pas le seul, car il doit être traité en tenant compte de conditions d’exploitations modifiées pour nombre d’entreprises et de secteurs d’activités.

Les mesures gouvernementales prises dans l’urgence de cette crise ont permis à beaucoup d’entrepreneurs de rapidement faire face à l’assèchement des trésoreries. Il est impératif pour l’entreprise qui, à ce jour, n’aurait pas activé un des dispositifs proposés d’en évaluer la pertinence. Le Prêt Garanti par l’État est un outil essentiel qu’un très grand nombre d’entreprises a déjà utilisé. Pour ceux qui en ont été exclus, des fonds régionaux reste proposés dans beaucoup de territoires.

Certaines entreprises ayant cumulé les dispositifs proposés, il est certain qu’un « mur des dettes » se profile à brève échéance. Elles ont reporté le paiement des charges sociales, ont décalé leur échéancier d’emprunts et ont souscrits des PGE. Il est donc aujourd’hui essentiel de répertorier toutes les dettes auxquelles l’entrepreneur devra faire face et à quelle échéance. Nous ne possédons pas encore toutes les informations utiles pour répondre à ces questions. Les charges sociales reportées seront dans certains cas annulées, ou feront l’objet de moratoires avec un paiement peut être sur 12 ou 18 mois à compter de la fin de cette année ou le début de la suivante. La prochaine Loi de Finances rectificative devrait répondre à ces questions.

Une vision à moyen terme

En fonction de chaque entité, la question de la révision du modèle économique de l’entreprise devra aussi être appréciée. La rentabilité et la capacité à rembourser des dettes de nombreuses activités a été modifiée du fait des contraintes liées au confinement, ou des obligations de distanciation post-confinement. Cette révision forcée pose clairement le sujet de la prise de conscience par chaque entrepreneur de faire évoluer ses outils et process. Pour certains, la révision du modèle économique passera par l’évaluation de la rentabilité de l’entreprise, modifiée du fait des contraintes sanitaires. Pour d’autres, cette révision passera par la relocalisation des approvisionnements, afin de limiter la dépendance aux autres.

Après avoir évaluer les échéances à venir, leur temporalité et avoir revu son nouveau modèle économique, il sera nécessaire de mettre en place les outils de pilotage et de suivi de trésorerie. L’objectif est d’avoir une vision à moyen terme, afin de prendre en compte le niveau d’engagement de l’entreprise, mais aussi de suivre, à très court terme et de façon permanente, les prévisions sur trois mois.

Une des conditions de succès dans le pilotage à court terme de la trésorerie est de disposer d’informations au « fil de l’eau ». Nous sommes dans de la prévision et cela induit une marge d’erreur qu’il faut accepter. Le tableau de suivi des décaissements et encaissements de la période doit être révisé périodiquement, au regard des informations de gestion. Un suivi très fin des encaissements clients sera également nécessaire : ne laissez pas passer les dates d’échéances, soyez dans la prévention de l’éventuelle défaillance d’un client et proposez un plan de paiement pour ceux qui rencontrent des difficultés.

Enfin, pour certaines entreprises, les capacités d’emprunter pour financer des investissements nouveaux se pose clairement. Beaucoup d’entre elles ont vu leur capacité de remboursement saturée, du fait notamment du recours au Prêt Garanti par l’État, représentant 25% du chiffre d’affaires dans son enveloppe maximum.

Ce niveau d’endettement est très important et la question du remboursement se pose clairement pour un grand nombre d’entreprises. C’est la raison pour laquelle une réflexion est en cours pour convertir les PGE en dettes à long terme, les transformant en quasi fonds propres et permettant ainsi de libérer de la capacité d’autofinancement afin d’emprunter de nouveau. Ce point est essentiel car l’entreprise doit pouvoir mettre en œuvre des projets nouveaux, qui parfois préexistaient à cette crise mais ont été décalés, ou ont été suscités par la crise et s’inscrivent dans le déploiement d’un modèle économique nouveau.

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