Entreprendre en France : une évidence en 2022

Xavier Niel est l'un des entrepreneurs français emblématiques (Photo Raphael Lafargue/ABACAPRESS.COM)

Un récent sondage d’Opinion Way a démontré un chiffre à priori étonnant : 47% des 18-30 ans s’imaginent davantage entrepreneurs ou indépendants que salariés. Ce désir est une manière de contourner le problème de la recherche d’emploi, et aussi une demande de sens dans le travail.

On peut y voir une mutation du rapport à l’emploi, qui fait suite à la quasi-certitude que l’on ne restera pas dans une seule entreprise toute sa vie, et il peut être tempéré par les velléités d’expatriation. Quoi qu’il en soit, ce chiffre montre que la France est aussi, quoi qu’on en dise parfois, un pays où il fait bon entreprendre.

Un désir souvent profond et une réalité bien présente

Si 47% des 18-30 ans souhaitent créer une entreprise, on pourrait croire que tous ne sautent pas le pas. Pourtant, en 2021, 995 900, soit presque un million d’entreprises ont été créées, un chiffre en croissance de 17% par rapport à 2020, qui était déjà une année record en la matière. Et cette augmentation ne se limite pas à des micro-entreprises, puisque si le nombre de création de ces dernières augmente bien de 17%, celui des créations de sociétés bondit lui de 24% d’après l’INSEE.

L’âge moyen des entrepreneurs selon cette même étude de l’INSEE est de 35 ans, ce qui tend à prouver que cette envie de créer se concrétise ; et cet âge explique sans doute pour partie que les entreprises françaises s’illustrent dans ce que l’on appelle la nouvelle économie. La France crée donc bien des entreprises, preuve qu’il s’agit bien d’un pays où on peut entreprendre. Mais d’où vient cette envie et, surtout, quelles sont les possibilités pour enfin passer à l’acte ?

Les mutations de l’environnement et de la société comme catalyseurs

Cette envie d’entreprendre est soutenue et va de paire avec plusieurs préoccupations qui ont de plus en plus cours dans la société française. Parmi ces préoccupations, la prise en compte des enjeux écologiques et sociétaux est particulièrement prégnante. Ces questions expliquent la volonté de création de bien des entre-preneurs, qui estiment que ces enjeux ne sont pas suffisamment pris en compte par les entreprises
déjà établies, malgré les efforts déployés au cours des dernières années, et qui ont envie d’aller plus loin dans leur démarche. Cette
volonté d’allier le développement économique et les préoccupations environnementales et sociétales est un moteur fort pour nombre d’entrepreneurs, et favorise l’éclosion puis le développement d’entreprises innovatrices techniquement et novatrices dans leurs approches.

Et, puisque les questions d’environnement sont importantes pour ces sociétés et que la production à l’autre bout de la planète ne peut que générer une importante empreinte écologique, la création et le maintien de la production en France sont un marqueur fort et non négociable. Mais les évènements, tragiques, des deux dernières années ont également joué un rôle dans l’engouement que connait aujourd’hui le Made In France.

L’influence de la crise sanitaire et la volonté d’indépendance stratégique

La crise du Covid-19, à partir de 2020 et dont les conséquences durent encore, a mis un frein à plus de trois décennies de mondialisation à tous crins. La pandémie a en effet révélé que, si la production délocalisée dans des pays à bas coûts pouvait être source d’avantages compétitifs en matière d’offre et aider à l’émergence de nouveaux marchés en créant une demande locale, à travers l’élévation des niveaux de vie ; les délocalisations impliquaient également la fin de la production locale, et des risques majeurs en termes d’approvisionnement pour des biens et ressources parfois critiques.

La France a ainsi découvert, bien malgré elle, sa dépendance aux usines asiatiques pour l’approvisionnement en masques chirurgicaux, dont elle a tant eu besoin pendant les derniers mois. Il en est de même pour la production de médicaments, dont plus de 75% des principes actifs, parmi les plus usuels comme le paracétamol, sont fabriqués en Chine.

Les suites de la pandémie en Chine, avec la reprise de la production dans l’Empire du Milieu ont entrainé une énorme tension sur les flux de plusieurs ressources, aussi bien naturelles que manufacturées, et bien des entreprises françaises ont aujourd’hui du mal à produire, malgré des carnets de commandes pleins ; l’exemple de la pénurie de semi-conducteurs taïwanais dans l’industrie automobile n’étant qu’un des cas les plus criants. L’actuelle guerre en Ukraine, avec les autres aléas sur l’économie et la logistique mondiale qu’elle entraine en plus des désastres humanitaires, vient encore abonder ce constat : la France étant partie prenante de l’économie mondialisée, elle est exposée aux risques et aléas mondiaux.

Les pouvoirs publics, afin de rendre le pays moins exposé à des risques de rupture dans les chaînes d’approvisionnement, souhaitent ainsi favoriser le retour sur le sol français de la production dans bien des domaines, soutenant et accompagnant les entreprises avec une politique résolument volontariste. Cependant, le Made In France ne saurait se limiter à cette volonté d’un état stratège, et les entrepreneurs français, s’ils peuvent bien entendu être sensibles aux intérêts nationaux, misent avant tout sur leurs propres forces, s’appuyant sur les qualités de notre pays.

L’excellence française rayonne

La France est un des pays les plus développés économiquement depuis des siècles, et dont le savoir-faire rayonne de par le monde depuis longtemps déjà. Les secteurs d’excellence de la France sont connus et reconnus, et l’Hexagone accueille plusieurs géants mondiaux, comme Airbus ou Total Energies. Le savoir-faire français est renommé en matière de gastronomie, classée au patrimoine de l’Unesco, de tourisme puisque la France reste la première destination touristique mondiale ; mais également dans des domaines aussi variés que le luxe (il est impossible d’évoquer ce secteur sans penser aussitôt à LVMH) ou le nucléaire.

Cependant, l’entreprenariat tricolore ne saurait se limiter à ces quelques domaines d’excellence. Les créateurs d’entreprises d’aujourd’hui agissent également sur le local, en promouvant l’économie circulaire pour répondre à des impératifs écologiques. Et, surtout, le savoir-faire français rayonne dans la nouvelle économie. La formation française en matière d’ingénierie est en effet reconnue, et certains élèves préfèrent mettre leurs propres idées en avant.

Internet et les nouvelles technologies sont en effet un des terrain favoris des entrepreneurs français, et derrière le fameux exemple de Doctolib se cachent bien d’autres entreprises dont certaines sont dès aujourd’hui considérées comme des licornes. Le Made In France, porté par l’excellence des entrepreneurs et leur réactivité pour saisir les opportunités, a encore de beaux jours devant lui.

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