L'équipe de l'entreprise Tracktor, spécialisée dans le BTP et installée dans les Hauts-de-Seine.

De plus en plus d’entrepreneurs sont issus des banlieues. Les associations et les entreprises participent à ce mouvement de réussite économique. Un phénomène encourageant.

Le dernier rapport de l’INSEE démontre que la création d’entreprises a fortement augmenté l’an dernier, en particulier dans le secteur de l’industrie (+33%) et sur le statut des micro-entreprises. Les chiffres sont clairs : 691 283 créations en 2018 pour 815 000 en 2019. Hormis l’industrie, les autres secteurs porteurs ont été les services aux particuliers, l’immobilier, l’information, la communication et la construction. Élément encore plus intéressant : les défaillances ont reflué, quasiment dans tous les secteurs.

Pour être complet, il convient de préciser que les micro-entreprises ont une durée de vie inférieure à celles des sociétés : 36% sont encore en activité trois années après leur immatriculation, en particulier celles qui sont dans les services, la santé et l’action sociale, l’enseignement, puis l’industrie. Les entreprises accompagnées survivent quant à elles dans une proportion de 65%.

De nombreuses initiatives en banlieue

Contrairement à ce que l’on peut parfois lire sur les réseaux sociaux, le taux de création dans les banlieues est quasiment identique aux 1 000 habitants que dans les autres zones. Pourtant, il faut bien reconnaître que les feux de la rampe sont la plupart du temps bloqués sur les start-up stars qui parviennent à lever des sommes importantes auprès de fonds et de business-angels. En banlieue, les choses bougent tout autant, même si les sommes engagées ne sont pas forcément du même montant. Il ne faut pas chercher bien longtemps pour trouver de très nombreuses initiatives porteuses d’avenir.


  • Les Déterminés : pour les jeunes des quartiers

Cette association a pour mission de soutenir l’entrepreneuriat en banlieue parisienne, elle a déjà fait ses preuves et pour ses cinq ans d’existence, a prévu de dupliquer son modèle ailleurs en France. Chaque année, l’association présente sa promotion avec les projets de création d’hommes et femmes issus de quartiers populaires, en banlieue ou à Paris. Elle présente un beau bilan de quelques 200 personnes formées sur 13 promotions.

L’actualité est d’aller vers d’autres grandes villes françaises, sans doute en partenariat avec BpiFrance. Son fondateur, Moussa Camara, a mis sur pied un concept solide avec formation préliminaire à l’entrepreneuriat, accompagnement sur plusieurs mois avant le passage devant un jury qui sélectionne les plus solides. Ces derniers sont ensuite accompagnés gratuitement, orientés vers un incubateur, vers des financeurs ou anciens créateurs issus de quartiers défavorisés eux aussi.

Moussa Camara insiste sur un point : au-delà de la formation, indispensable, il faut aussi et parfois surtout passer du temps à redonner confiance à des personnes créatives mais qui ne disposent d’aucune « boîte à outils » : pas de réseau et pas les codes. Il l’explique lui-même : « Mon étincelle à moi est née de mon aventure entrepreneuriale et celle de mon entourage : pleine d’ambition, pleine d’énergie, mais souvent avortée par un manque de compétences, de connaissances et de réseau ».

Les types de secteurs concernés sont variés : services de nettoyage, tatouages éphémères, restauration, formation, jus de fruits exotiques bio, cookies, téléphonie, santé, mode, informatique, cosmétique… en bref, rien de particulièrement spécifique par rapport aux créations d’entreprises au niveau national contrairement à ce que l’on pense parfois.

  • A2job.fr : une réponse aux structures de santé

La plateforme créée en septembre 2017 au Blanc-Mesnil s’est spécialisée sur l’emploi de la santé, du social et du médicosocial. Elle met en relation les professionnels de proximité pour des missions de courte et longue durées, y compris les vacations, ou le travail en freelance. Une idée que l’on doit à deux co-fondateurs, Karim Fadloun, ancien agent d’escale à Orly, commercial pour une compagnie aérienne, et éducateur dans la protection de l’enfance, associé à Samir Benfares, ingénieur informatique.

Leur objectif est de répondre aux problèmes posés par l’absentéisme des établissements de santé, afin de leur permettre une meilleure organisation, plus économique et efficace. Ce service permet des mises en relations rapides, avec des personnes qualifiées, à proximité et disponibles grâce à l’aide de l’IA. Le tout à des tarifs très compétitifs par rapport à l’intérim. Karim Sadloum a eu accès par l’intermédiaire des Déterminés à la Station F via son « Fighters Program » gratuit pendant un an qui accompagne chaque année des entrepreneurs aux profils différents du diplômé classique. En 2018, il fait ainsi partie de la première promotion du Fighters pour l’aider à faire grandir son concept.

  • Banlieues Santé : la santé innovante et solidaire

Cette association à but non lucratif a pour mission l’inclusion sociale et médicale des habitants des quartiers prioritaires et des zones rurales. Ces diverses populations ont en effet parfois des difficultés à se faire soigner correctement que ce soit dans les domaines physiques ou psychologiques. Cette idée a germé dans le cerveau d’un professionnel. Abdelaali El Badaoui a en effet été infirmier pendant dix ans, période pendant laquelle il a pu constater les nombreuses inégalités en matière médicale.

Armé de sa persévérance, il est parvenu à réunir des professionnels bénévoles maîtrisant différentes spécialités pour penser et mettre en place des solutions innovantes, souvent impossibles à initier dans le cadre hospitalier habituel. La plupart sont eux-mêmes issus de ces territoires ou les connaissent bien. Soigner, c’est pour eux prendre également en compte les conditions de vie au quotidien afin de mieux comprendre la situation des patients. Pour ce faire, ils travaillent en symbiose avec d’autres associations et des éducateurs, face à des situations problématiques.

Un point est mis en avant par Banlieues Santé : le plus que peuvent apporter le digital et les nouvelles solutions innovantes qui peuvent améliorer la condition des patients, tels que la télémédecine ou le bracelet médical connecté.

  • Tracktor : le service tech pour le BTP

Idir Ait Si Amer a été artisan taxi et commerçant, son oncle avait déjà une entreprise de menuiserie, des exemples qui ont permis à ce jeune homme devenu premier de la classe (math sup-math spé, Ecole Supérieure des travaux publics) de ne pas avoir d’état d’âme en se lançant dans l’aventure de la création à partir de l’incubateur de la porte d’Aubervilliers, Cargo.

Sa plateforme numérique Tracktor offre des services de location d’engins de chantier depuis 2017 et passe le cap des trois ans avec une actualité de taille : un deuxième tour de table de 3 millions d’euros auprès de Kerla Ventures, BTP Capital Investissement, Pierre Kosciusko-Morizet et Pierre Krings, et Kima Ventures (Xavier Niel). Avec ses 10 000 clients, Tracktor a réussi à convaincre ces experts de la création d’entreprises. Cet apport financier va permettre à la start-up présente à Paris, Lille, Lyon, Bordeaux et Nantes, de couvrir le territoire français, et pourquoi pas certains voisins européens.

  • Abajad : communiquer en français

Abajad s’adresse aux personnes ne parlant pas le français afin de les insérer dans la vie professionnelle. Il s’agit effectivement de la base sur laquelle s’appuyer pour toute insertion. L’association propose également des formations plus spécifiques : le vocabulaire professionnel d’un métier en particulier, ainsi que des ateliers Mobilité, Emploi et Confiance de Soi. Ce centre de formation a été créé par Dounia Hannach, ingénieure en formation. Elle a appris le français à l’âge de six ans, et il ne lui a pas fallu longtemps pour se rendre compte que la langue est le début de la prise d’autonomie.

Bâtiment, restauration et services à la personne sont les trois secteurs privilégiés, car ces domaines en tension sont à la recherche d’employés. Un exemple parmi d’autres enseignements fournis par Abajad : apprendre à se déplacer seul en ville, ou donner des conseils comportementaux, comme apprendre que ne pas regarder son interlocuteur lors d’un entretien d’embauche n’est pas considéré comme une marque de respect en France, mais comme un problème sous-jacent. Abajad existe depuis 2018 à Paris, dans les Hauts-de-Seine et à présent en Seine Saint-Denis.

  • Laurence Lascary : De l’autre côté du périph

Bpifrance soutient la société de production créée par Laurence Lascary, lauréate du concours « Talent des cités » en 2008. Après des études de gestion, elle travaille plusieurs années dans le domaine de la production de films institutionnels avant que le prêt de Bpifrance lié au concours lui permette d’aller plus loin. La jeune femme a grandi à Bobigny et connaît les complications professionnelles auxquelles sont confrontées les personnes originaires des banlieues. Loin de lui donner une certaine aigreur, son parcours l’a conduite à une vision positive et une volonté de changer les choses.

La productrice a une entreprise qui fonctionne bien et a fondé la Fédération des Jeunes Producteurs Indépendants. Elle souhaite « banaliser la diversité » et contribuer à mettre en avant les réussites issues des banlieues au lieu du projecteur pessimiste habituel. Elle a ainsi produit en 2016 le film « L’Ascension » qui a enregistré plus d’un million d’entrées. Une belle récompense du public pour Laurence Lascary, également chevalière de l’Ordre National du Mérite.

A.F.

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