Edouard Dumortier : « L’économie collaborative, plus qu’un effet de mode, est une véritable tendance de fond »

Edouard Dumortier est CEO et co-fondateur d’AlloVoisins, leader français du service de mise en relation entre particuliers. Face au succès rencontré par sa plateforme, il nous explique comment il envisage désormais l’avenir d’AlloVoisins.


Edouard Dumortier, en quelques mots, pouvez-vous nous présenter AlloVoisins ?

AlloVoisins, c’est une entreprise française qui a été créée en 2013. Notre métier consiste à faire de la location d’objet et du service à la personne, entre voisins. Aujourd’hui, on compte 2 800 000 membres sur toute la France.

Nous réalisons en moyenne près de 3 000 nouvelles inscriptions par jour. Nous connaissons dernièrement une croissance assez exponentielle, et nous sommes la plateforme leader du genre sur le marché français.  

Vous avez donc co-fondé AlloVoisins en 2013. Mais à ce moment, plusieurs autres acteurs étaient déjà présents sur ce segment. Quelles ont été vos motivations pour vous positionner sur un secteur déjà extrêmement concurrentiel ?

Dès le début, nous avions la conviction que notre façon d’exécuter ce concept était la bonne. Et qu’elle n’avait pas vraiment d’équivalent. À l’origine, il existait des plateformes, mais elles faisaient soit de la location d’objets, soit du service à la personne, mais aucune ne regroupait ces deux prestations. Or nous, nous sommes partis du postulat qu’il ne fallait pas faire de distinction entre l’objet et le service, car les deux répondent bien souvent à un même besoin.

Qui plus est, ces plateformes étaient surtout fondées sur l’offre. Ce qui sous-entend que les utilisateurs déposent des annonces de ce qu’ils proposent, puis, ils attendent que « ça morde », un peu à l’instar du Bon Coin. Là encore, nous avons raisonné différemment en ayant la conviction que la bonne approche était une approche par la demande. Sur AlloVoisins, on dépose des annonces de ce dont on a besoin et vos voisins y répondent en proposant leurs services ou leur matériel. Ça change tout car ça démultiplie le champ des possibles !

En quoi AlloVoisins se différencie de ses concurrents directs ?

Ce qui nous différencie, c’est d’abord ce positionnement. Nous pensons qu’avec l’émergence de l’économie collaborative, la nature même des besoins se trouve totalement bouleversée. Il y a 20 ans, quand vous vouliez couper votre haie, vous alliez acheter un taille haie. Maintenant, les gens procèdent différemment : vous n’avez plus besoin d’un taille haie, vous avez besoin d’une haie taillée. Du coup, de nouvelles options s’offrent à vous : par exemple, emprunter le taille haie du voisin, voire même employer les bras qui sont au bout de ce taille haie.

Il n’y a désormais plus de sens à opposer l’objet au service. Notre approche consiste à nous tourner vers la demande. Sur notre site, tout le monde peut venir déposer une annonce pour exprimer ce dont il a besoin, et à partir de ce moment-là, on va alerter les voisins susceptibles de vous répondre vite et bien.

AlloVoisins revendique presque 3 millions d’utilisateurs. Comment expliquer le succès d’AlloVoisins sur son secteur ?

Alors que nos concurrents directs comptent entre 200 000 et 1 000 000 de membres, nous approchons déjà la barre des 3 millions. L’économie collaborative, plus qu’un effet de mode, est une véritable tendance de fond, avec de plus en plus d’adeptes.

On le voit bien chez Allovoisins : nos membres viennent de toute la France, des villes comme des campagnes, de Paris, comme de province. Nous avons aussi vraiment tous les types de classes d’âge. Maintenant, notre marque commence à être bien identifiée et nous bénéficions aussi du bouche-à-oreille, la meilleure manière de se faire connaître rapidement.

Vous avez choisi de fonder votre modèle commercial sur l’abonnement freemium et non sur la commission, comme le font la plupart des plateformes. Pourquoi ce choix ?

C’est exact. Il est vrai qu’à l’heure actuelle, la quasi-totalité des plateformes collaboratives se rémunère en prélevant une commission sur les transactions effectuées. Nous, nous n’avons pas souhaité aller sur ce modèle-là pour plusieurs raisons. La première, c’est qu’il nous semble mal adapté aux besoins de nos clients. On se rend compte, pour le service à la personne notamment, que les gens ont besoin de se voir physiquement avant de conclure une transaction.

Une multitude de paramètres entre en considération avant de pouvoir conclure une prestation: pour mesurer les complexités et les spécificités d’un besoin, il faut pouvoir se voir avant d’éventuellement faire affaire. C’est vrai notamment pour les travaux, la garde d’enfants, le soutien scolaire, les prestations récurrentes comme le ménage…. Nous avons donc estimé que l’important pour nos utilisateurs était de pouvoir être libre dans leur mode de paiement. Et force est de constater que le paiement en ligne n’est bien souvent pas adapté.

Par ailleurs, d’un point de vue économique, on pense que ce modèle de commission n’est pas viable. D’ailleurs, il n’a fait ses preuves sur aucune plateforme. Alors qu’en commercialisant des abonnements, ça le devient ! Les gens qui souscrivent des abonnements, sont en effet du même coup plus actifs sur notre plateforme, ce qui leur permet de rentabiliser leur souscription. Et parallèlement, pour nous, cela nous permet de générer un revenu très régulier, donc tout le monde est gagnant !

Le pari AlloVoisins est, pour le moment, une réussite. Quelles sont les prochaines étapes de votre développement ?

EAvec une croissance de chiffre d’affaires de 15% par mois, nous venons de valider notre modèle économique, ce qui est un pas énorme. Ce qui veut dire que nous sommes en passe de ne plus être une start-up. Maintenant, il nous faut encore accélérer afin que la France entière utilise AlloVoisins , et devenir définitivement la référence du genre. Pour cela, il nous faudra bientôt renforcer nos équipes, qui comprennent déjà une vingtaine de salariés, mobilisés pour faire changer notre mode de consommation…

A lire : sur Le Cercle Les Echos, Edouard Dumortier vient de publier une tribune sur les performances de l’économie collaborative.

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